Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Pas de politique cohérente face à la crise du secteur laitier



Communiqué de presse de l’European Milk Board (EMB)



En dépit de la période estivale où les volumes de production sont structurellement moindres, la crise laitière demeure toujours aussi aïgue. La collecte européenne de lait a progressé de 5,6% au cours des quatre premiers mois de l’année alors que le prix du lait poursuit sa chute et se rapproche dangereusement des niveaux les plus bas observés lors de la crise précédente de 2009, sous les 25 centiments le litre, soit une baisse de près de 40% en deux ans.

C’est dans ce contexte que sur proposition de la Commission, le Conseil des Ministres de l’Agriculture a débloqué, le 18 juillet dernier, une deuxième rallonge de 500 millions d’euros qui se répartit entre une enveloppe de 150 millions d’euros visant à encourager une réduction volontaire de la production laitière européenne sur la base des articles 219 à 222, et une seconde de 350 millions d’euros, pour financer également des réductions de production ou des mesures plus structurelles pouvant concerner d’autres secteurs que le lait, notamment la viande bovine, touchée par ricochet par la décapitalisation du troupeau laitier.

Or, pour de nombreux producteurs, organismes et hommes politiques ces mesures sont loin d’être satisfaisantes et relèvent davantage d’un énième saupoudrage de la Commission.

Ainsi, pour l’European Milk Board, dont nous reproduisons ci-après un communiqué de presse
1 , si ce train de mesures prend la bonne direction il ne suffira pas à faire face à la gravité de la crise . Pour le syndicat européen cette décision consacre surtout un système à deux vitesses en laissant ceux qui le souhaitent poursuivre leur production sans qu’aucun plafonnement de volume ne soit établi sur cette période de trois mois durant laquelle cette indemnité sera abondée, une durée par ailleurs estimée trop courte par l’EMB. Enfin, l’indemnisation se situe entre 11 et 14 centimes le litre de lait, un montant jugée bien loin d’être suffisant au regard des propositions concrètes portées par l’EMB via le « Programme de Résponsabilisation face au Marché » (PRM) qu’elle porte depuis 2010. Reposant sur des mesures incitatives permettant aux producteurs de lait de pouvoir ajuster leurs volumes de production au marché, de même que prévenir la survenance d’une crise, on retrouve dans les annonces du 18 juillet le même objectif que celui du PRM. D’après une étude commanditée récemment par le Comité des Régions, portant sur la faisabilité d’un tel programme2, il apparaît qu’avec une réduction de 6% des volumes de lait sur un an, la marge brute des producteurs augmentrait de l’ordre de 6 milliards d’euros du fait d’une remontée du prix du lait de 14.6% et de la marge brute de 38%.

Quatre mois après avoir annoncé qu’elle utiliserait les outils à sa disposition en vertu des articles 219 à 222, la Commission a donc franchi le pas vers un traitement pragmatique d’une crise de surproduction : aider les producteurs tout en les incitant à réduire leur production pour sortir de la crise. Alors que la crise a débuté depuis plus d’un an, impossible de prédire si ces mesures seront suffisantes pour sortir du marasme ou pour gagner le temps nécessaire à une éventuelle reprise des achats chinois ou si, au jeu de dupe, chacun sera perdant en attendant la reprise, en vain, et en maintenant sa production. Dans tous les cas, les coûts budgétaires et humains de la sortie des quotas sans garde-fous continuent de déraper, comme le discrédit politique des promoteurs de cette réforme.


La rédaction de momagri



Les mesures décidées par le Conseil européen des Ministres de l’Agriculture ne suffisent absolument pas pour maîtriser la crise.

Bruxelles, 19.07.2016 : La pression sur les producteurs laitiers est immense. La crise prolongée à laquelle se trouve confronté le secteur avec des prix du lait continuellement à la baisse a épuisé les exploitations laitières dans l’ensemble de l’Europe. C’est pourquoi il était d’autant plus important que le Conseil des Ministres de l’Agriculture qui s’est tenu hier prenne des décisions efficaces en vue de réduire la surproduction qui caractérise le marché. Or les mesures décidées hier ne vont pas dans le sens d’un changement d’orientation dont le secteur a pourtant cruellement besoin. Au lieu de poursuivre une politique cohérente au niveau européen en offrant à tous les producteurs la possibilité d’une renonciation volontaire de livraison, une grande partie du train de mesures de 500 millions d’euros, soit 350 millions d’euros, a été prévue pour des mesures qui ne sont pas bien définies.

Romuald Schaber, Président du European Milk Board (EMB), exprime sa déception : « Certes la réduction de la production est un des mots-clés utilisés pour promouvoir le train de mesures actuel. On ne s’aventure toutefois pas sur la voie d’une mise en œuvre appropriée. 150 millions d’euros seulement seraient consacrés aux mesures visant à réduire la production. Un montant largement insuffisant vu la gravité de la crise actuelle. »

Période de réduction trop brève et pas de plafonnement simultané

En outre, aucun plafonnement des volumes n’est prévu pour les producteurs ne participant pas à la mesure pendant la période de trois mois, trop courte par ailleurs, durant laquelle les producteurs réduisant leurs volumes recevront une compensation financière. Le risque que la baisse de production obtenue soit neutralisée par un surcroît de production des autres producteurs est important ; et il y a dès lors de fortes chances que l’impact sur le prix du lait soit minime, voire imperceptible. Les 14 centimes environ par litre de lait non produit ne suffisent pas non plus comment incitant. Il conviendrait de verser un montant supérieur de façon à inciter un maximum de producteurs à réduire leur production afin d’obtenir le volume escompté.

« La crise qui touche le secteur laitier européen avec des prix parfois inférieurs à 20 centimes par litre de lait est grave et profonde. Une politique cohérente et claire est indispensable pour y faire face », a déclaré Romuald Schaber. Depuis des mois déjà, la Commission européenne et certains Etats membres semblent ignorer cette conclusion. Les mesures décidées hier en sont malheureusement de nouveau la preuve.


1 Retrouvez l’intégralité du communiqué de presse sur le site internet de l’EMB ou en cliquant sur ce lien
http://www.europeanmilkboard.org/fr/special-content/actualites/news-details/article/no-consequent-action-to-combat-the-crisis-in-the-dairy-sector.html?cHash=e4b44ed383495039e521138a159acbae

2 “Evaluation of the Market Responsibility Programme put forward by the European Milk Board taking 2014 as a test year”
http://cor.europa.eu/en/documentation/studies/Documents/Market%20Responsibility%20Programme%20-%20European%20Milk%20Board.PDF



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Paris, le lundi 25 septembre 2017