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Nourrir les « affamés » dans les pays en voie de développement:
Une opportunité de développement du marché céréalier pour les Etats-Unis ?
Par Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer,
Agricultural Policy Analysis Center (APAC)
Les Etats-Unis sont l’une des principales puissances agricoles mondiales, aussi bien en termes de volumes produits, que de volumes échangés sur les marchés internationaux. Pourtant, comme le démontrent Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer, experts américains de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC), cette situation cache une réalité bien contrastée.
En effet, la part des exportations américaines dans le commerce agricole mondial ne cesse de décroître, et ces mêmes exportations n’augmentent plus que ponctuellement lorsque les pays importateurs et les autres puissances exportatrices connaissent des insuffisances d’offre.
Une nouvelle donne qui témoigne notamment de l’arrivée de nouveaux géants agricoles sur les marchés internationaux. Ces Etats, tels la Chine ou le Brésil, sont très compétitifs mais souffrent d’une volatilité quasi structurelle de leurs productions. Cette volatilité est due à la survenance d’aléas multiples, d’ordre naturels (épizooties, aléas climatiques) ou non (embargos, instabilité politique ou sociale) et peut, à terme, être source d’instabilité générale sur les marchés.
Il s’agit là d’un point crucial, rarement mis en avant, et qui mérite que la communauté internationale s’y intéresse profondément.
Aussi, nous vous invitons ainsi à lire la note de Daryll E. Ray et Harwood D. Schaffer, publiée ci-dessous.
La rédaction de momagri
Sur une boucle de ceinture des années 80, récemment trouvé, on peut lire : « L’agriculteur américain nourri le monde ». Pour de nombreux producteurs, cette déclaration illustre la majorité de leurs actions : de la prise de décisions sur leurs exploitations, aux politiques qu’ils soutiennent.
Pendant que nous débattions le Farm Bill de 1996, nous nous sommes souvenus d’avoir parlé aux agriculteurs qui voulaient « sortir le Gouvernement de l'agriculture ». Lorsqu’on leur a demandé quelles en étaient les raisons, ils ont fait valoir que les politiques gouvernementales en matière d’exportation leurs étaient défavorables.
Ils estimaient que le marché mondial des céréales n’avait pas besoin de l’intervention du Gouvernement parce que, disaient-ils, « nous sommes les agriculteurs les plus efficaces du monde. Laisser-nous et nous pouvons supplanter le reste du le monde ».
Durant la première décennie de ce siècle, certains grands groupes producteurs de céréales ont mis une pression sur les législateurs et les représentants du commerce international pour obtenir des accords commerciaux qui réduiraient les droits de douane sur les produits agricoles. La croyance était que, avec des conditions de concurrence équitable, les exportations de produits agricoles américains monteraient en flèche.
Lorsque les prix ont commencé à grimper il y a quelques années, on a cru à nouveau que pour nourrir les « affamés du monde », il suffirait d’appliquer des technologies de pointe pour produire des céréales dans les pays développés, principalement aux États-Unis. En revanche, on a peu évoqué le potentiel des pays en développement à augmenter leurs propres productions destinées à nourrir leurs populations aujourd’hui et dans le futur.
Sur la base de ces prévisions, on pourrait s'attendre à voir les exportations de céréales des Etats-Unis augmenter régulièrement au fil du temps ou au moins aussi rapidement ou même, plus rapidement, que les autres exportations. Certes, étant donné le discours dominant, on ne s’attend pas à ce que la part américaine, dans les exportations mondiales, reste stable. Alors, qu’est-il arrivé ?
Les exportations américaines de céréales (orge, maïs, avoine, riz et blé) ont culminé à 106,8 millions de tonnes lors de la compagne 1980-81. Elles sont estimées à 88 millions pour la campagne (2010-11), soit 82,4 pour cent des exportations de céréales des trois dernières décennies. Ainsi, pour cinq boisseaux de céréales exportés des Etats-Unis en 1980-81, quatre boisseaux seront exportés en 2010-11.
Bien que pas comparables aux céréales comme aliment de base, les exportations américaines de soja ont augmenté sensiblement au cours de la décennie. Si l'on ajoute les exportations de soja à celles des céréales, les exportations américaines 1980-1981 étaient de 126,5 millions de tonnes et celles prévues pour 2010-11 seront de 131,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 3,8 pour cent - non pas pour une année – mais une augmentation de 3,8 pour cent sur une période de trente ans.
Alors, comment comparer les exportations américaines aux exportations mondiales pour la même période ? Pour la compagne 1980-1981, les exportations mondiales des 5 céréales ont représenté 196,7 millions de tonnes. Pour la campagne 2010-11, il est prévu que les exportations mondiales de ces mêmes céréales représentent 261,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 37,6 pour cent. En 1980, les Etats-Unis représentaient 54,3 pour cent des exportations mondiales.
Avec une hausse des exportations mondiales de céréales de 37,6 pour cent par rapport à 1980-81 et une baisse des exportations américaines en baisse de 17,6 pour cent, la part des Etats-Unis a chuté de 54,3 pour cent en 1980-81 à 33,7 pour cent en 2010-11.
Si l'on ajoute le soja à ces calculs, les exportations mondiales passent de 217,5 millions de tonnes à 359,6 millions de tonnes au cours de cette même période, soit une augmentation de 65,3 pour cent par rapport à une augmentation de 3,8 pour cent des exportations américaines de soja et de céréales.
La part américaine des exportations mondiales de soja et des cinq céréales a diminué de 58,1 pour cent en 1980-81 à 36,5 pour cent en 2010-11.
La diminution de la part américaine dans les exportations mondiales entre les deux périodes est plus importante quand le soja est inclus, que lorsqu’on considère seulement les cinq céréales.
Que s’est-il passé ? Au cours des trois dernières décennies, les Etats-Unis se considéraient comme le « grenier du monde », les chiffres indiquent un rôle beaucoup plus modeste, celui d’un fournisseur résiduel. Nos exportations augmentent d’avantage lorsque les pays importateurs et nos concurrents à l'exportation sont à court dans leurs approvisionnements.
Un récent article de presse suggère qu’à l'avenir la situation restera la même. Dans cet article, nous lisons qu’une société chinoise planifie, en ce moment, le droit d’accéder à 500 000 hectares de terres agricoles en Argentine, Australie, Brésil, Philippines, Russie, Venezuela et au Zimbabwe. Dans certains pays, ils fourniront des machines et du travail pour une partie de la récolte, tandis que dans d'autres, ils achèteront des terrains. Dans d'autres encore, les terrains seront loués.
Les prix actuels élevés et le manque d’approvisionnements créent deux forces contraires. Ces deux forces ont démontré aux Chinois l'importance de garder les vivres dont ils ont besoin pour nourrir leur population. En même temps, certains pays limitent les exportations ou l’acquisition des terres par des étrangers. Cependant, les Chinois n'ont pas besoin d’agir dans tous les pays pour bloquer au moins une partie des récoltes pour leurs besoins, y compris leurs besoins en soja. Ce qui devrait être positif pour les exportations de produits de base américaines.
Parallèlement, certains concepts de développement agricoles assez répandus, mais tombés en disgrâce il y a 25 ans, reviennent en première ligne.
Les pays en voie de développement se développent généralement par l’agriculture, augmentant notamment leurs productions pour la consommation intérieure et assumer ainsi les besoins alimentaires de leur pays.
Quand on regarde les exportations de produits de base des Etats-Unis pour les deux prochaines décennies, nous ne serons pas surpris si la phrase de Yogi Berra : « C'est du déjà vu une fois de plus » s’avère vraie ; les Etats-Unis pourraient bien rester le fournisseur résiduel du monde pour les produits agricoles de base. |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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