Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Ne cherchez pas qui est l’homme le plus puissant du monde,
C’est une femme !



Thierry Pouch,

Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA)



Les Etats-Unis devront-ils s’incliner devant la puissance hégémonique de la Chine? Rien n’est moins sûr, car le continent nord-américain possède de solides atouts qui, malgré un ralentissement de son économie, lui assurent une solide assise internationale. A l’instar de la Fed, la banque centrale américaine, une des institutions les plus puissantes du monde. Comme l’explique Thierry Pouch, dans un récent éditorial que nous reproduisons ici
1. Elle peut faire basculer dans un sens ou dans un autre l’économie mondiale, affoler ou apaiser les marchés financiers, notamment les marchés des matières premières agricoles.

Intronisée le 3 février dernier, c’est aujourd’hui une femme qui prend la tête de la Fed, Janet Yellen, et dont chaque déclaration, tout comme pour son prédécesseur dont elle compte poursuivre la politique monétaire, feront vibrer et frémir les marchés. Pour l’illustrer, le 14 septembre dernier la Fed publiait un communiqué de politique monétaire très attendu par les marchés financiers. Un communiqué d’autant plus crucial que l’institution annonçait, contre toute attente, la poursuite de ses injections de liquidités dans l’économie américaine, alors que les marchés s’affolaient quelques mois plus tôt à l’annonce d’une possible restriction des injections. Depuis le mois de janvier, la Fed a cependant commencé à réduire progressivement ces injections.

Cette toute puissance de la Fed sur les marchés financiers est l’une des illustrations les plus parlantes du poids de la psychologie des acteurs intervenants notamment sur les marchés agricoles financiarisés. Elle joue un rôle de plus en plus important dans la formation et l’évolution des cours, contribuant à exacerber la volatilité structurelle des prix agricoles.


La rédaction de momagri






La crise actuelle est perçue par certains observateurs comme une phase de transition hégémonique. La Chine va-t-elle succéder aux États-Unis comme ces derniers l’avaient fait lorsque l’Angleterre déclinait ? Plusieurs indicateurs le laissent penser, même si le processus peut être long. Sauf qu’il existe une institution qui, aux États-Unis, demeure l’une des plus puissantes du monde, et qui peut faire basculer dans un sens ou dans un autre l’économie mondiale. Elle vient de célébrer son centenaire et s’apprête à être dirigée par une femme. Il s’agit de la Banque centrale américaine, ou Federal Reserve, plus connue sous les trois lettres FED.

Plusieurs indicateurs macroéconomiques permettent de montrer que l’économie américaine se situe sur une trajectoire de déclin relatif. Moindre importance dans la production industrielle mondiale, recul de la part des exportations dans le commerce mondial, baisse du pourcentage de dollars détenus par les banques centrales au titre des réserves... L’affirmation de la Chine sur l’échiquier économique international pose du même coup la question de la succession des États-Unis au statut de puissance hégémonique. Questionnement qui a d’ailleurs pris une certaine épaisseur depuis le début de la crise en 2007.

Il est toutefois une institution qui maintient intact le pouvoir américain sur l’économie mondiale. Il s’agit de la FED, la puissante Banque centrale. Puissante dans la mesure où il suffit d’une seule déclaration pour faire vaciller ou rendre euphorique les marchés financiers. L’illustration la plus récente réside dans le propos tenu par Ben Bernanke, le directeur sortant, en mai dernier, selon lequel la FED pourrait restreindre ses injections de liquidités, déclenchant une bourrasque financière et la chute de certaines devises, comme le real brésilien, la livre turque ou encore la roupie indienne. A rebours du pouvoir international détenu par le Fonds Monétaire International (FMI), la FED ne détient aucune mission dépassant les frontières américaines. En tant qu’institution monétaire, elle n’a d’autre objectif que de veiller sur l’inflation et sur l’emploi (ce qui la distingue au passage de son homologue de la zone euro, dont la seule mission est de préserver la stabilité des prix !). Autre illustration de l’influence détenue par la FED sur l’économie mondiale, sa réactivité. Grand spécialiste de la crise de 1929 – ses recherches doctorales portaient sur ce thème – Ben Bernanke a vite réagi en procédant à des injections massives de liquidités dans les circuits bancaires américains qui étaient grippés depuis la crise des subprimes en août 2007. Ce que l’on a appelé le Quantitative Easing (assouplissement quantitatif) fut des plus efficaces, permettant au système bancaire de continuer à prêter de l’argent, au point même de faire redémarrer l’activité dans le secteur immobilier.

Créée le 23 décembre 1913, à la suite précisément de la grave crise financière de 1907, la FED est donc une institution – un prêteur en dernier ressort – à la fois crainte et dont on attend beaucoup au plus fort des crises. Pourquoi cette capacité à influencer le cours de l’économie mondiale ? Parce qu’elle reflète le statut de l’économie américaine laquelle, même sur le déclin, demeure encore la puissance hégémonique.

Dans le prolongement de cela, le pouvoir de la FED tient également au rang occupé par le dollar, qui est la devise véhiculaire depuis 1944. Le dollar libelle l’essentiel des prix des matières premières, est la monnaie facturant encore près de 90 % des transactions commerciales, constitue 62 % des réserves de change dans le monde. Last but not least, la FED incarne aussi le poids de la capitalisation boursière américaine (près de 15 000 milliards à Wall Street de $ contre 3 850 à la City de Londres et seulement 3 400 à Tokyo).

C’est cette institution que quitte Ben Bernanke, sans doute, comme ses prédécesseurs, l’un des hommes les plus puissants du monde. Il cède la place à Janet Yellen, qui prendra la destinée de la FED en mains dès février 2014, et qui devient par la même occasion la femme la plus influente du monde. Il faut se préparer à une révision de la politique monétaire car l’injection de 85 milliards de dollars par mois depuis plusieurs années a aussi ses détracteurs. Outre que la reprise de l’économie américaine le justifie, l’outil de Quantitative Easing a été à l’origine de bulles spéculatives ayant peu ou prou touché les prix agricoles. En toile de fond, l’expansion amorcée du Renminbi (Yuan), la devise chinoise…


1 Retrouvez l’intégralité de l’éditorial de Thierry Pouch en suivant ce lien http://www.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/thematiques/Economie/LetEco1401.pdf
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Paris, le samedi 23 septembre 2017