Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Moteurs et déclencheurs de l’instabilité et volatilité
des prix alimentaires agricoles au niveau international



Getaw Tadesse, Bernardina Algieri, Matthias Kalkuhl, Joachim von Braun1,

Food Policy2



Nous sommes de plus en plus nombreux à le constater: les effets de la fluctuation et de la volatilité des prix sont particulièrement dévastateurs pour la sécurité alimentaire mondiale. C’est ainsi que trois chercheurs se sont récemment penchés sur les moteurs et les déclencheurs de cette instabilité intrinsèque aux marchés agricoles, dont ils nous livrent les conclusions dans un rapport, dont nous reproduisons ici un extrait
3.

La volatilité des prix agricoles s’explique par la conjonction unique de risques exogènes et endogènes. Ainsi, la spéculation excessive sur les marchés à terme, la déconnexion croissante des fondamentaux économiques, et l’hypervolatilité structurelle des prix, observées sur les marchés agricoles depuis 2008, facilitent la formation de bulles agricoles et mettent en danger non seulement l’Agriculture mais également la sécurité alimentaire.

Depuis 2008, réduire l’hypervolatilité des prix et remédier à l’insécurité alimentaire sont devenues des priorités pour la communauté internationale et les stocks alimentaires, notamment, une variable stratégique. Toutefois, les efforts consentis sont encore insuffisants. Cette difficulté dans la lutte contre la volatilité des prix peut également s’expliquer par le manque de coopération internationale, même si certaines initiatives sont particulièrement louables, ainsi que le relève les experts du rapport.

Cet appel à une meilleure coopération au niveau international ne peut être que saluée, car le vrai défi consiste à réussir à aborder de manière globale les différents enjeux liés à l’agriculture, et ainsi à instaurer une gouvernance agricole mondiale à même de lutter efficacement contre les fléaux naturels et endogènes qui menacent notre sécurité alimentaire.


La rédaction de momagri



Cette étude examine les principaux moteurs de la flambée des prix alimentaires ainsi que la volatilité des prix du blé, du maïs et du soja, et montre comment les variations de prix extrêmes déclenchent des crises. L'analyse indique que les chocs exogènes ainsi que les liens entre l'alimentation, l'énergie et les marchés financiers, jouent un rôle important dans l'explication de la volatilité et des pics des prix alimentaires.

En plus des chocs de l’offre et la demande, la spéculation est un facteur important dans l'explication et le déclenchement des pics de prix extrêmes.
La spéculation excessive est d’avantage associée aux pics de prix lors de variations positives de prix extrêmes que lors de variations négatives de prix. Ce qui implique que les conséquences de la stabilité de la spéculation dans le mécanisme de détermination des prix sont moins importantes que l’impact déstabilisant des bulles des marchés.

Les résultats confirment également que les chocs entre les différentes offres reflètent des hausses de prix et que les conséquences des chocs des prix du pétrole influent plus sur les risques de prix que sur les crises alimentaires. L'influence des prix du pétrole sur les pics des prix alimentaires a augmenté au cours des dernières années. Les crises financières impactent la volatilité des prix des denrées alimentaires, ce qui confirme le lien croissant entre marchés financiers et matières premières.

Sur la base de résultats empiriques, les décideurs politiques devraient prévenir les comportements spéculatifs excessifs sur les marchés des produits de base afin de réduire les hausses de prix et anticiper à court terme les crises alimentaires. Dans ce contexte, il pourrait être mis en œuvre : un plafonnement des échanges lors de situations extrêmes de marché, ou des taxes sur les contrats à terme de matières premières alimentaires, similaires à la taxe Tobin.

L'élaboration de politiques flexibles en matière de biocarburants répondant à l'offre alimentaire peut également aider à stabiliser les prix et réduire les retombées de la volatilité des marchés du pétrole en temps de crise alimentaire. Dans cet esprit, les modifications récentes du mandat américain sur les biocarburants intègrent des mécanismes de flexibilité qui permettent d'assouplir les exigences sur le mélange durant une année, compensées l’année suivante.

Améliorer les informations relatives au marché permettrait aux acteurs du marché de faire des anticipations fondées sur des principes fondamentaux et détecter en amont les pénuries. Bien que le Système d'Information sur les Marchés Agricoles (AMIS) du G20 s'efforce à plus de transparence, les contributions de certains Etats membres sont insuffisantes.

Les initiatives de nombreux pays pour accroître les stocks nationaux de céréales afin de réduire la volatilité et la dépendance à l'importation entrainent la raréfaction des céréales et donc à court terme, des prix plus élevés. Les niveaux internationaux des stocks ne sont cependant qu’une option pour réduire la volatilité, option qui s'est avérée être le moins pertinente dans les analyses.

Un autre élément est l’absence de coopération. Ainsi les gouvernements qui construisent des stocks à destination de leurs citoyens complètent ces politiques de stockage avec des restrictions commerciales, ce qui a pour effet de retirer leurs stocks du marché mondial des céréales. Un tel échec de l'action collective doit être abordé dans les discussions sur le commerce régional et mondial et prendre en considération les conséquences internationales des politiques nationales de stockage.

Outre les politiques visant à réduire la volatilité et les pics de prix extrêmes, les gouvernements peuvent augmenter la résistance des producteurs et des consommateurs face aux changements de prix. Cela peut se faire en soutenant l’agriculture contractuelle et les mécanismes d'assurance des prix à la production et en améliorant les filets de sécurité et l'accès aux services financiers au niveau du consommateur.

Les gouvernements et leurs associations internationales telles que le G20 doivent donc analyser soigneusement toutes les options disponibles afin de prévenir les pics de prix alimentaires et la volatilité - depuis les interventions sur les marchés financiers jusqu’aux politiques de biocarburants - et ils devraient également faciliter l'information du marché.


1 Respectivement chercheurs à l’IFPRI, à l’Universita della Calabria, et Center for Development Research (ZEF)
2 Revue éditée par la maison d’édition Elseiver
3 Retrouvez l’intégralité du rapport en suivant ce lien http://ac.els-cdn.com/S0306919213001188/1-s2.0-S0306919213001188-main.pdf?_tid=6440e3ca-f185-11e3-ae1a-00000aab0f6b&acdnat=1402504276_664cda99b7fbcaea86b7c8f1b15bc555
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Paris, le samedi 23 septembre 2017