Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Les politiques agricoles supposent que les conditions économiques à court terme persisteront dans l'avenir



Daryll E. Ray, Harwood D. Schaffer, APAC



Il est aujourd’hui impossible de jouer les pythies sur des marchés agricoles de plus en plus financiarisés, incontrôlés et volatils. Cette imprévisibilité des cours et la possibilité qu’ils se retournent brusquement du jour au lendemain, enraye le développement du secteur agricole et menace la sécurité alimentaire. Les marchés agricoles sont devenus des marchés à anticipation complexe où la psychologie des acteurs joue tout autant que l’hypervolatilité structurelle.

La réalité est telle que les experts de l’APAC, dans cet article que nous reproduisons ici1, préfèrent parler de différentes « ères agricoles » tant la seule certitude dont on puisse se prévaloir est la permanence de fluctuations erratiques des marchés agricoles.
Les visions courtermistes, poursuivent-ils, sur lesquelles reposent les politiques agricoles, visant notamment à extrapoler un contexte économique pour en faire une tendance sur le long terme, s’avèrent non seulement biaisée mais dangereuse quant à l’avenir même du secteur agricole.

Ainsi, même si la mise en place de filets de sécurité ou de stocks d’urgence est utile, les niveaux envisagés sont inadaptés. En effet, elle ne reviendrait qu’à apporter des changements cosmétiques à un secteur qui, nécessite plus que jamais des mesures durables portées par des politiques agricoles globales et solidaires, fondées sur des modèles de prévision adaptés à la réalité et non l’inverse.


La rédaction de momagri



Dans le texte qui suit, nous analysons les trois polarités issues des différentes politiques agricoles étudiées par les analystes politiques. Dans le texte précédent (http://agpolicy.org/weekcol/746.html) nous avions montré la différence entre analyse microéconomique et macroéconomique. Et notamment le risque pour les agriculteurs qui utilisent les outils microéconomiques pour leurs exploitations d’être en porte-à-faux avec les analystes politiques qui ne peuvent ignorer l'environnement macroéconomique dans lequel les agriculteurs, en tant que groupe, cherchent à maintenir les exploitations rentables.

La seconde polarité que les analystes traitent porte sur les tendances à long terme contre le court terme. Car ce que nous réserve l’avenir n’est pas clair. La tendance est de supposer que demain sera comme aujourd'hui, sauf que nous serons plus vieux d’un jour, et, qu’il n’y a pas énormément de différence.

La mini dépression, encore récente, contre laquelle nous continuons de nous battre nous donne une leçon sur la différence entre planification à court terme et à long terme. Pour ceux qui détiennent des actions, la crainte de voir leur valeur baisser de 50 pourcent n’est pas envisageable. Au même titre que le marché déclinait, la vision à court terme sombrait. Personne n’était en mesure d’imaginer la limite, et nombreux sont les investisseurs qui ont laissé les actions pour des obligations, fixant ainsi les pertes.

Ceux qui ont eu une vision à long terme - et qui avaient du temps avant d’avoir besoin des gains provenant de leurs investissements - se sont rappelés que même la Grande Dépression a pris fin et que les pertes au niveau des actions ont été récupérées et que la tendance à la hausse malgré certains contretemps à été poursuivie. En adoptant une vision à long terme, ils ont mieux réussi que s’ils avaient vendu.

Les membres du Congrès extrapolent les conditions économiques actuelles, et conçoivent des politiques qui protègent les agriculteurs contre les écarts relativement mineurs par rapport au statu quo. Cette extrapolation à court terme ne tient pas compte de la dynamique historique du long terme à laquelle les producteurs doivent faire face. Ainsi, parallèlement au projet de loi sur l'agriculture, alors que les prix sont élevés, la tendance des dirigeants du Congrès, et de bien d'autres, est de supposer que nous sommes entrés dans une nouvelle ère et le problème principal auquel les agriculteurs sont confrontés est la variation d'un prix rémunérateur d'une année sur l’autre. Dans cette situation, le principal objectif est souvent d’étendre la variation.

Considérerons la vision à long terme. Si nous optons pour des politiques qui embellissent les prix élevés et que les prix baissent pendant plusieurs années, les agriculteurs seront dans une grande difficulté. En conséquence, le pire moment pour élaborer des politiques agricoles est lorsque les prix sont au plus haut, parce que les décideurs et leurs partisans ne prennent pas les risques à la baisse au sérieux.

Considérons également la situation lorsque les prix sont bas au moment du projet de loi agricole. Même si les dirigeants du Congrès et d'autres adoptent une vision à court terme et conçoivent des politiques pour répondre aux prix bas chroniques, et que les prix montent, il n'y a aucun problème. Les instruments politiques restent inutilisés. Les agriculteurs bénéficient des prix plus élevés et les contribuables bénéficient d'une réduction des dépenses.

Pour permettre aux décideurs politiques et aux groupes de défense de se concentrer sur le court terme - la durée de la prochaine loi agricole - les analystes de politiques doivent se concentrer sur un examen des tendances à long terme et des risques auxquels les agricultures seront confrontés. A noter parmi les risques : les longues périodes de prix bas, ponctuées par de courtes périodes de demande accrue et des prix élevés qui en résultent.

Lorsque les première et seconde guerres mondiales prennent fin, lorsque les pétrodollars s’épuisent, lorsque les prêts deviennent trop élevés (cf les années 1970), lorsque la demande est satisfaite et que l'offre augmente encore plus vite que la demande (cf boom de l'éthanol), les producteurs font face à des prix élevés avec des coûts de production élevés - les coûts de production augmentent alors que les prix sont élevés - et le prix des matières premières tombent en dessous des coûts de production.

A plusieurs reprises on nous a signalé que notre analyse ne tenait pas compte de la dynamique de la « nouvelle ère pour l'agriculture », cependant depuis de nombreuses années de « nouvelles ères pour l'agriculture » ont été identifiées et elles se sont toutes mal terminées.

De même, nous ne comptons plus le nombre de fois ou les agriculteurs à travers le monde ont été informés par d'autres que les prix du maïs avaient atteint un nouveau plateau au-dessus de $4,00/boisseau et que les prix bas n’étaient plus un problème. Fin novembre 2014, le prix à terme du maïs était en moyenne de $3 avec des prix locaux bien inférieurs à celui-ci. Selon les données historiques d’une perspective à long terme la situation concernant les prix ne pouvait que s’aggraver. La seule inconnue était le moment ou cela devait arriver.

Sauf problèmes climatiques ou maladies concernant les récoltes 2015, les prix pourraient rester bas pendant une longue période.



1 Retrouvez l’intégralité de l’article en suivant ce lien
http://agpolicy.org/weekcol/747.html


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Paris, le samedi 18 novembre 2017