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Les institutions financières internationales face à la crise alimentaire | La récente crise alimentaire mondiale et l’échec des dernières négociations de l’OMC ont mis en évidence la fragilité du système agricole mondial, et, plus généralement, des institutions financières internationales. Incapables d’anticiper ou d’apporter une stratégie effective de sortie de crise, leur légitimité est de plus en plus remise en cause. Si en 2005, rares étaient ceux qui, à l’instar de momagri, soulignaient l’inadéquation des propositions formulées par la Banque mondiale et le FMI, aujourd’hui, de plus en plus d’experts internationaux posent la question du bien-fondé de leurs politiques de régulation et de développement. Signe du changement en cours, ces institutions ont par ailleurs d’elles-mêmes mandaté en interne une série d’études et d’audits, dont les conclusions critiques laissent espérer une rupture dans les préconisations des politiques mises en œuvre. Le think tank britannique Bretton Woods Project1 fait partie de ceux qui se sont donnés pour tâche d’évaluer et influencer les projets et politiques des institutions financières internationales. L’article « The food crisis and the IFIs »2, dont nous publions ici un extrait, a le mérite de revenir sur le rôle de la Banque mondiale et du FMI dans l’émergence de la crise alimentaire, tout en soulignant le scepticisme qui accompagne leurs propositions de réponses. Les causes avancées pour expliquer la crise alimentaire mondiale et les remèdes envisagés pour l’endiguer sont fortement contestés. La manière dont cette rupture du statu quo sera résolue aura des implications décisives sur les rôles des Institutions Financières Internationales (IFI) et, plus largement, sur la sécurité alimentaire mondiale et le développement durable. L’Organisation des Nations Unies estime que les récentes hausses des prix agricoles vont accroître de 100 millions le nombre de personnes qui souffrent déjà de la famine, aujourd’hui évalué à 850 millions. Selon les Institutions Financières Internationales, la hausse des prix agricoles s’explique à 15% par des prix plus élevés de l’énergie et des fertilisants du fait de la forte hausse des prix du pétrole, et de 15 à 30% par les biocarburants. Elles sont en revanche restées silencieuses sur le rôle des investisseurs et spéculateurs financiers internationaux qui sont, selon Peter Rosset, chercheur au Centro de Estudios para el Cambio en el Campo Mexicano, « l’une des causes les plus importantes » à court terme. D’autres facteurs ont également joué un rôle, comme les stocks alimentaires mondiaux, dont les niveaux sont au plus bas, et les aléas climatiques tels que la sécheresse en Australie l’année dernière. Les commentateurs considèrent également que le déclin des investissements dans le secteur agricole depuis deux décennies explique dans une certaine mesure le développement de la crise, en affectant le potentiel de croissance de la production agricole dans un grand nombre de PED. L’aide multilatérale pour l’agriculture africaine est, par exemple, passée de 32% de l’aide globale en 1981 à seulement 7% en 2001, selon le département d’évaluation de la Banque Mondiale. Enfin, les Institutions Financières Internationales et l’OMC, soutenue par quelques ONG et intellectuels cherchant à libéraliser les échanges, pointent du doigt les subventions agricoles américaines et européennes, qu’ils accusent de porter préjudice à la capacité des pays à se nourrir eux-mêmes. Henk Hobbelink, de l’ONG GRAIN, a déclaré que « de nombreux pays sont devenus dépendants des importations agricoles car les agriculteurs locaux ne peuvent plus soutenir la concurrence des produits subventionnés du Nord. Ceci est l’une des raisons principales de la crise alimentaire actuelle pour laquelle le FMI est directement responsable." Toutefois, de nombreuses critiques ont émergé à l’égard des conseils prodigués par les Institutions Financières Internationales, à l’instar de l’ambassadeur Indien à l’ONU, Nirupam Sen. Selon lui, leur souhait d’exposer davantage les différents pays du monde au Commerce International, en privilégiant les cultures d’exportation aux cultures destinées à l’autoconsommation, est plus nuisible qu’autre chose. Cet avis est partagé par Deborah Bryceson, de l’Université d’Oxford, qui dans un article du Nordic Africa Institute, apparente la stratégie des Institutions Financières Internationales à une « dé-paysannisation », qui ferait de la campagne un lieu privilégié pour l’accumulation intensive du capital. (…) Tout cela reflète en réalité la complexité de la relation qui unit les prix agricoles, le type de développement, et la réduction de la pauvreté. Les dernières études de la Banque Mondiale conduites par Maros et Will aboutissent à une conclusion mitigée : « à court terme, les impacts de la hausse des prix sur la pauvreté diffèrent considérablement selon les matières premières et les pays » mais, elles révèlent que « dans la majorité des cas, on observe une aggravation de la pauvreté ». Certains analystes restent persuadés que dans le long terme, des prix plus élevés pourraient profiter aux producteurs agricoles, ralentir l’exode rural, et concourir au développement durable. (…) Si la plupart des organisations de la société civile partagent l’idée développée par les Institutions Financières Internationales, selon laquelle il faudrait accroître l’investissement dans la recherche et mettre un terme aux subventions des biocarburants, il n’existe pas d’autres convergences. Pour l’Institute for Agriculture and Trade Policy, le Cycle de Doha en effet conduirait à la fois à une dépendance accrue des pays pauvres aux importations alimentaires, et à une plus grande volatilité des prix. Il existe donc un scepticisme croissant par rapport aux bienfaits du modèle agricole international tel qu’il existe aujourd’hui, mais qui ne reste pas sans réaction de la part des Institutions Financières Internationales. L’ International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development (IAASTD) a ainsi été mis « sous forte pression », selon un membre de la direction, pour confirmer les conclusions du Rapport sur le Développement dans le Monde de la Banque Mondiale. En effet, contrairement à ce dernier, l’IAASTD mettait l’accent sur la sécurité alimentaire, le développement durable, les savoirs traditionnels et le besoin de « préserver la flexibilité des politiques nationales » ; il critiquait à cet égard la libéralisation du commerce, coupable selon lui de miner le secteur agricole… La crise alimentaire internationale est une tragédie, qui donne néanmoins aux décideurs internationaux l’opportunité unique de repenser les termes du débat, et d’envisager la gouvernance agricole internationale, sous un regard nouveau. Il est important d’en tirer les leçons dès aujourd’hui, notamment en matière de libéralisation des échanges car désormais, plus personne ne pourra dire, et surtout pas les Institutions Financières Internationales, qu’il n’était pas au courant des risques encourus. C’est dans ce sens que nous travaillons depuis 2005, et que nous avons élaboré dix propositions pour une nouvelle vision stratégique de l’Agriculture. L’équipe éditoriale de Momagri | 1 http://www.brettonwoodsproject.org/ 2 « La crise alimentaire et les institutions financières internationales » | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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