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Le rôle des économies émergentes dans la sécurité alimentaire mondiale
Par Shenggen Fan et Joanna Breska,
International Food Policy Research Institute
La Chine, l’Inde et le Brésil font partie du groupe dit des « BRIC », pays devenus des superpuissances émergentes en seulement quelques années. Ces « nouveaux géants », qui sont aujourd’hui des acteurs incontournables sur la scène internationale, participent dorénavant à la nouvelle réalité économique mondiale et pèsent de plus en plus dans les négociations commerciales.
C’est notamment le cas dans le secteur agricole. Aujourd’hui, la Chine, l’Inde et le Brésil sont considérés comme de véritables « puissances agricoles » en termes de production, d’exportations ou d’importations, et feront le jeu de l’agriculture de demain au côté des acteurs historiques que sont les Etats-Unis et l’Europe.
Au niveau politique, ces trois pays pèsent de plus en plus dans les négociations commerciales de l’OMC. Au niveau économique, leurs décisions concernant leurs politiques agricoles ou leurs volumes d’importations et d’exportations ont de fortes répercussions sur le commerce international. Enfin, au niveau de la sécurité alimentaire, la Chine, l’Inde, et le Brésil seront des acteurs incontournables de la lutte contre la faim dans le monde, du fait des points précédents, de leur poids démographique, et de leurs caractéristiques sociales.
C’est ce que rappellent les chercheurs de l’IFPRI dans leur récent rapport « The Role of Emerging Countries in Global Food Security »1 et dont nous vous invitons à lire un extrait.
La rédaction de momagri
Le rôle des économies émergentes dans la sécurité alimentaire mondiale
Les pays émergents peuvent jouer un double rôle dans la lutte contre l'insécurité alimentaire mondiale. Premièrement, étant donné la part importante des personnes sous-alimentées vivant en Inde et dans une certaine mesure en Chine, des politiques et des initiatives pour luter contre la faim et accroître la sécurité alimentaire mondiale est particulièrement pertinente au sein de ces pays émergents.
Deuxièmement, les pays émergents affectent de plus en plus directement les perspectives de la croissance et du développement, à travers l'aide, le commerce et l'investissement étranger direct (IED), et indirectement, par le biais du prix des matières premières et de la concurrence sur les marchés tiers.
La production agricole et la croissance de la productivité
La Chine et l'Inde, ainsi que le Brésil, jouent un rôle dominant dans la production mondiale de produits alimentaires, y compris les cultures de base comme le blé, le maïs et le riz. La Chine et l'Inde, sont les plus grands producteurs mondiaux de blé et de riz, et avec le Brésil ils ont été parmi les cinq plus grands producteurs de maïs en 2008. Leur production et croissance de la productivité ont un impact décisif sur la sécurité alimentaire mondiale.
Les trois pays émergents, en particulier le Brésil et la Chine, ont connu une croissance vigoureuse et soutenue de la productivité dans le secteur agricole depuis les années 1970, avec l'évolution technologique et la recherche agricole (ainsi que la stabilité macro économique et les réformes institutionnelles) qui jouent un rôle important. Ces trois pays émergents ont augmenté leurs dépenses agricoles depuis les années 1980 et ont investi massivement dans leurs systèmes de recherche agricole.
En conséquence, en 2000, elles représentaient 41 pourcent de la recherche publique agricole mondiale et 19 pourcent de la recherche et développement (R&D) agricole mondiale. L’an 2000 est la dernière année pour laquelle des comparaisons globales sont disponibles. Les technologies et le savoir-faire de ces économies émergentes ont le potentiel de s'étendre à d'autres pays en développement. La Chine a déjà mis en place de nombreuses stations de démonstration en Afrique, et le Brésil a mis en place plusieurs initiatives visant à transférer les technologies du Brésil à l'Afrique.
Le rôle croissant du commerce international
Les flux commerciaux entre pays émergents et les pays en développement ont été à la hausse, dépassant ces dernières années, les niveaux des échanges commerciaux entre les pays émergents et les pays développés. Les relations commerciales avec les pays émergents ont une dimension importante sur la sécurité alimentaire. Ces trois pays sont parmi les principaux exportateurs d'un certain nombre de cultures vivrières principales, et en conséquence, leurs politiques d’exportation et de production ont un effet significatif sur les prix alimentaires et les vivres dans de nombreux pays en développement.
L'accroissement du commerce avec les pays émergents offre aux pays en développement la possibilité d'élargir les marchés pour les exportations et d’obtenir des importations moins coûteuses. Il pose également, toutefois le risque de déplacer les producteurs nationaux en perpétuant les vieux modèles du commerce nord-sud qui augmentent la dépendance des pays en développement aux exportations de produits de base plutôt que de promouvoir le développement de plus de produits à valeur ajoutée pour l’exportation ou les activités manufacturières. Étant donné la demande croissante de ressources naturelles parmi les pays émergents, il y a un large consensus sur les principaux pays en développement «gagnants» du commerce avec les pays émergents (en particulier la Chine) qui sont producteurs et exportateurs de produits primaires, tandis que les «perdants» sont les pays et les producteurs impliqués dans des filières de production qui nécessitent une main-d'œuvre importante.
Les puissances émergentes ont exigé davantage de parole au sein du système commercial mondial et sont devenues des acteurs majeurs dans les récentes négociations du Cycle de Doha sur la libéralisation de l'agriculture. Alors que le Brésil a joué un rôle plus conciliant au cours du processus de négociation, le soutien indéfectible de la Chine et l'Inde pour les tarifs d'urgence (en opposition directe avec les Etats-Unis et l'Union européenne) a été cité comme un facteur contribuant à la rupture des négociations commerciales en 2008.
La crise des prix alimentaires de 2007-2008 a illustré l'impact des politiques commerciales sur la sécurité alimentaire. Les restrictions à l'exportation, combinées aux achats de panique, ont représenté la majorité des hausses des prix alimentaires mondiaux à cette époque. Par exemple, en réponse à l'augmentation rapide des prix des produits alimentaires, l'Inde (généralement le troisième pays exportatrice de riz) a imposé une série de politiques de contrôle – de taxes, de prix minimum, et des interdictions - sur les exportations de riz, ce qui accentue la volatilité des prix mondiaux en vue de stabiliser les prix et l’inflation intérieurs.
On le voit bien, toute décision prise par la Chine, l’Inde et le Brésil concernant leurs politiques agricoles, ont des répercussions sur l’ensemble du commerce international.
Alors que le contexte mondial se fait de plus en plus turbulent, il est indispensable que la communauté internationale dispose de mécanismes de régulation adaptés pour anticiper et réagir face à toute décision unilatérale qui pourrait être prise par l’un de ces « géants » et perturber l’ensemble des marchés internationaux.
Ce fut le cas en 2010 avec la Russie, autre pays du groupe des BRIC, et sa décision de stopper ses exportations de céréales après avoir été touchée par une vague de sécheresse qui a détruit une partie des récoltes.
Cela passe notamment par une meilleure transparence sur les niveaux de production agricole, et par un système d’alerte efficace, coordonné au plus haut niveau par des instances compétentes.
La rédaction de momagri
1 http://www.ifpri.org/sites/default/files/publications/bp015.pdf |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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