Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Le rôle de la Chine dans la gouvernance mondiale de l’agriculture



Jo Cadilhon, Céline Laisney et Catherine Rivoal,


Chargés de mission pour le Centre d’études et de prospective, ministère de l’Agriculture



La Chine est devenue un acteur incontournable de la scène économique, politique et stratégique internationale, et il en est désormais de même au sujet de l’agriculture. Comme le soulignent Jo Cadilhon, Céline Laisney et Catherine Rivoal du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture dans une étude récente dont nous publions ici un extrait1, la Chine s’est en effet imposée comme une puissance agricole majeure au cours de la dernière décennie, influençant de plus en plus l’évolution des marchés mais aussi les négociations internationales relatives à l’agriculture. Cet essor illustre plus généralement l’émergence de nouvelles puissances au sein de la gouvernance agricole mondiale, sur le terrain à la fois économique et politique, à l’instar de la Russie, qui mène actuellement une stratégie offensive de reconquête des marchés céréaliers et souhaite devenir un acteur clé du commerce agricole mondial, ou encore du Brésil, en voie de devenir l’une des « fermes du monde » et dont un ressortissant préside actuellement la FAO. Alors que cette question de gouvernance constitue, comme l’a encore rappelé le G20 sous Présidence française en juin 20112, un élément clé de la stabilité et de la sécurité alimentaire mondiales, c’est là une évolution à suivre attentivement. Cette montée en puissance des économies émergentes, pour lesquelles l’agriculture constitue un secteur économique clé mais également la base de leur stratégie de puissance, risque de s’accompagner, dans les années à venir, de nouveaux rapports de forces à l’échelle régionale et internationale, générant de profondes turbulences sur des marchés déjà fortement volatils. La mise en œuvre d’une organisation mondiale de l’agriculture effective n’en est donc que plus urgente.

La rédaction de momagri



L’accession de la Chine à l’OMC, en décembre 2001, quasiment au même moment que le lancement du cycle de négociations de Doha, était une étape fondamentale pour ce pays et pour le commerce international. D’abord très en retrait dans les négociations, elle est désormais non seulement très présente mais elle est devenue un acteur incontournable au sein de l’organisation internationale. En 2008, elle intervenait au sein du G20 et elle compte désormais dans les différents groupes de négociation à périmètre réduit et à pouvoir de décision fort de l’OMC.

Cependant, cette accession était soumise à un engagement de transparence de la part de la Chine. Le pays nouvellement admis doit fournir aux autres membres de l’OMC des données économiques, des informations sur les politiques économiques et sur leur incidence sur les échanges de marchandises et de services, sur les aspects de droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce (TRIPs). Or, dès 2002, des carences en informations ont été constatées dans différents domaines, dont celui de l’agriculture. Par ailleurs, si la Chine a d’abord joué le plein jeu des alliances avec les autres pays en développement, certains pays comme l’Inde et le Brésil la perçoivent aussi comme un concurrent fort dans la négociation commerciale internationale et, entre autres, sur les marchés agricoles et agroalimentaires.

Au sein de l’organisme de règlement des différends de l’OMC, la Chine, jusqu’à présent attaquée sur des questions commerciales, attaque elle aussi. Ainsi, en septembre 2010, l’OMC lui a donné raison dans sa plainte contre une loi américaine limitant les importations de volailles chinoises. En mars 2011, la Chine a porté plainte à l’OMC contre les mesures antidumping américaines sur les importations chinoises de crevettes tropicales congelées.

La stratégie chinoise à l’OMC est assez classique et défensive. Ses représentants invoquent régulièrement la clause de sauvegarde spéciale (CSS) pour l’agriculture, qui permet à un État d’élever ses droits de douane en cas d’augmentation massive du volume des importations ou en cas de baisse conséquente du prix de celles-ci, et ce afin de préserver certaines productions d’une forte pression concurrentielle extérieure. Cette stratégie, alliée à une politique de soutiens internes de minimis, comme par exemple sur le coton, permet à la Chine de protéger son marché interne, de se préserver une marge de manœuvre dans sa politique agricole nationale sur les importations. En parallèle, le gouvernement chinois encourage l’intégration des autres PED dans le processus de libéralisation des marchés, en contribuant pour un total de 621 000 dollars au Fonds global d’affectation spéciale pour le Programme de Doha pour le développement (FGASPDD), dans le cadre de l’initiative Aide pour le commerce de l’OMC.

La Chine est également de plus en plus active au sein de la FAO : participation croissante d’agronomes chinois ou même de paysans chinois aux multiples programmes nationaux ou régionaux de sécurité alimentaire de la FAO ; accord de coopération agricole avec plusieurs États africains ayant permis l’installation de 14 fermes-pilotes expérimentales ; mise à disposition de la FAO d’un fonds fiduciaire doté chaque année de 10 millions de dollars.

Enfin, la Chine joue un rôle croissant dans l’aide alimentaire internationale. Même si elles sont incomplètes, les statistiques établies par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont noté, en 2005, dès que la Chine a mis fin à son passé de pays céréalier déficitaire, l’octroi d’une aide de 577 000 tonnes de céréales. Cette contribution lui a permis d’accéder à la troisième place mondiale dans ce domaine, juste après les États-Unis et l’Union européenne. Depuis, sa contribution en valeur au PAM a baissé : elle se situe en 34e position en moyenne sur quatre ans.

En revanche, le pays se positionne sur les enjeux de sécurité alimentaire dans sa région. En 2009, la Chine a annoncé une contribution en nature de 300 000 tonnes de riz pour constituer une réserve de riz d’urgence en Asie orientale, qui servirait de stock à utiliser en cas d’urgence par les pays de l’Association des Nations du Sud-Est Asiatique (ANSEA), la Corée du Sud et le Japon.

Dans la région Asie, la Chine présente un poids économique énorme. La croissance chinoise a certainement tiré les économies des autres pays de la région pendant la crise économique de 2008, grâce à ses importations de produits bruts en provenance de pays avec lesquels elle détient des accords commerciaux.

Ainsi, depuis janvier 2010, l’accord de libre échange entre l’ANSEA et la Chine (CAFTA) accorde des tarifs douaniers réduits pour les produits agricoles entre pays émergents de l’ANSEA et la Chine. De plus, la Chine développe une coopération économique avec ses autres voisins. Le groupement ANSEA + 3 comprenant les nations de l’Asie du Sud-est, la Chine, la Corée du Sud et le Japon, se lance dans des actions de coopération renforcée autour des enjeux alimentaires comme le système d’information sur la sécurité alimentaire AFSIS. L’organisation de coopération de Shanghai avec la Russie et les pays d’Asie centrale d’une part, et la Coopération économique Asie Pacifique (APEC) comprenant tous les pays baignés par l’Océan Pacifique, d’autre part, placent la Chine au cœur de dispositifs de gouvernance économique régionale de plus en plus influents.

1 Vous pouvez lire la version intégrale de cet article sur le site du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture : http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Document_de_travail_CEP_Essor_de_la_Chine_dans_le_commerce_international_agricole.pdf
2 Cf le Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et sur l’agriculture : http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/2011-06-23_-_Plan_d_action_-_VFinale.pdf
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Paris, le mercredi 30 juillet 2014