Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Le rôle de l'agriculture au sein des négociations climatiques de l'ONU : Comment les COP 20 et COP 21 peuvent assurer une meilleure sécurité alimentaire dans l’avenir ?



Consortium du CGIAR



L’agriculture et la sécurité alimentaire sont l’un des enjeux phares de la 20e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 20) qui s’est tenue à Lima et de la Conférence Climat 2015 (COP 21) qui se tiendra à Paris l’année prochaine. Ces enjeux sont notamment au cœur de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Mais, ainsi que l’exposent une récente note du partenariat mondial de recherche agricole pour un futur sans faim CGIAR, dont nous reproduisons ici des extraits
1, aucun arrangement formel concernant les défis spécifiques liés à l’agriculture n’y sont exposé.

Les aléas exogènes auxquels sont soumis les Agriculteurs, et surtout les petits exploitants agricoles, représentent un réel défi pour les décideurs des pays industrialisés, des PED et des PMA. Les effets destructeurs du changement climatique sont par ailleurs amplifiés par les risques endogènes, c’est-à-dire les défaillances intrinsèques et structurelles des marchés agricoles : diminution des stocks mondiaux, le non ajustement automatique de l’offre et de la demande sur les marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières agricoles. Quelle justice climatique si des marchés dérégulés cèdent aux sirènes courtermistes au détriment de la sécurité alimentaire mondiale ?

L’accès aux ressources agricoles est un enjeu stratégique pour la période à venir. La raréfaction des ressources pourraient s’accentuer sous l’effet des modifications du climat, et nécessitent de concevoir de nouvelles stratégies pour appréhender les défis futurs. Finalement l’enjeu n’est pas de jouer les pythies sur l’ampleur et l’échéance des changements climatiques, mais de savoir si la stratégie agricole menée par les institutions internationales est appropriée pour relever ces défis.


La rédaction de momagri



Selon les dernières recherches du GIEC (Porter et al. 2014) l’agriculture, et par conséquent la sécurité alimentaire et les moyens d'existence sont déjà affectés par le changement climatique. Le GIEC a constaté qu’il faudrait produire au moins 50% de plus de nourriture pour pouvoir nourrir 9 milliards de personnes d'ici 2050. Cet objectif doit être réalisé en dépit de la volatilité et du changement climatique, des contraintes croissantes qui pèsent sur l’eau et la terre pour les cultures et le bétail, et de la baisse des stocks de pêche de capture.

Bien que la protection de la sécurité alimentaire s’inscrive dans l'objectif principal de la convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) (article 2), aucun dispositif formel pour traiter spécifiquement de l'agriculture dans les négociations n’a été prévu. Le Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale (GCRAI) reconnaît que tout nouvel accord sur le climat a peu de chance de contraindre le secteur agricole de s’adapter et de contribuer à la réduction des émissions, car ces questions sont contestées.


Les préoccupations essentielles

Le GCRAI appelle à une plus grande cohérence afin de renforcer les travaux sur l'agriculture dans le processus de la CCNUCC déjà en cours. Nous poursuivons le développement technique afin de donner un rôle plus précis à l'agriculture notamment dans l’aménagement des territoires. Chaque pays devra déterminer son propre périmètre d'actions qui sera soutenu au fur et à mesure par de nouvelles connaissances. Chaque pays devra déterminer son propre périmètre qui sera soutenu au fur et à mesure par de nouvelles connaissances.

Le GCRAI continuera de soutenir le concept de « l'agriculture intelligente face au climat » (climate-smart agriculture - CSA), une approche globale pour la transformation et la réorientation des systèmes agricoles destinée à soutenir la sécurité alimentaire dans le cadre du changement climatique (Lipper et al. 2014). Les menaces du changement climatique peuvent être réduites dans certaines régions si on permet aux agriculteurs de mieux s’adapter à ce changement en utilisant de manière plus efficace les ressources dans les systèmes de production agricole, les paysages et les systèmes alimentaires. Dans d'autres régions, en revanche, ces principes peuvent être insurmontables. Nous soutenons l'idée que la CCNUCC doit être le principal forum international et intergouvernemental basé sur la lutte contre le changement climatique.

Nous pensons que l'accord 2015 doit renforcer la référence à la production alimentaire dans l'article 2, car le GIEC à d’ores et déjà prouvé que la production et la sécurité alimentaire sont déjà compromises. Un accord 2015 devrait permettre aux pays de concevoir des actions ambitieuses pour le secteur agricole, fournir un soutien financier et technique pour un renforcement des capacités, et aider les pays en développement à mettre en œuvre des stratégies d'adaptation et un développement agricole émettant de faibles émissions. L'investissement dans ce soutien devrait permettre à l'agriculture d’atteindre les objectifs d'atténuation, mais également la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique. Il convient de préciser les formules techniques de toutes sources de financement pour le soutien de ces objectifs. Nous convenons que les mesures d'atténuation seront conditionnées par les priorités de développement national, dans le respect du développement durable.

Nous espérons que le nouvel accord climatique soit compatible avec les objectifs du développement durable (ODD) et une vision partagée d’un développement de l'économie faible en carbone.

Bien que le cadre final soit encore à négocier, le changement climatique sera intégré à tous les ODD, au moins implicitement, et il pourrait y avoir un ODD spécifique au climat. Il faut par conséquent relier les actions et les ambitions de la CCNUCC à l'ordre du jour des ODD. Un texte introductif dans l'Accord de Paris serait approprié pour faire ce lien, en particulier un lien vers les objectifs liés à la sécurité alimentaire, la nutrition, la réduction de la pauvreté, la croissance économique et la durabilité environnementale. Un tel texte améliorerait le profil de l'agriculture et entraînerait des efforts qui garantiraient la stabilité des systèmes alimentaires face au changement climatique. Rappelons que l’agriculture joue un rôle clé dans l'écosystème, dans la société et soutient le développement par ses débouchés économiques.

Le progrès des accords de Lima vers Paris dépendra d'un programme de financement et de la technologie. Les engagements récents aux Fonds vert pour le climat (FVC) sont encourageants, mais l’élan doit être maintenu. Pour de nombreux pays en développement qui seront touchés par le changement climatique (ils ont pour la plupart de faibles émissions de GES), l’argent et le soutien technologique seront cruciales si on propose des contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN). Un accord 2015 devrait créer des mécanismes qui favorisent les contributions ambitieuses du secteur agricole, tout en fournissant un appui financier, technique et un renforcement des capacités nécessaires pour aider les pays en développement à mettre en œuvre un développement agricole à faibles émissions.


Le point de vue du GCRAI sur les enjeux actuels

Malgré des contours peu précis, l'agriculture est dorénavant intégrée dans des domaines clés des négociations de la CCNUCC. Le GCRAI reconnaît les contraintes, mais estime que les enjeux sont trop importants pour retarder les travaux de développement de l'agriculture et ce en raison du temps pris pour la recherche, l'analyse technique, l’élaboration des politiques et le développement institutionnel nécessaires aux changements sur le terrain. Idéalement, ceux-ci seront activés par le prochain plan d’action international sur le climat lors de la conférence qui se tiendra à Paris.

Pour répondre à l’urgence et se préparer à d'autres défis liés au changement climatique à venir, le GCRAI a identifié quatre domaines d'actions prioritaires sur le changement climatique : (i) des pratiques agricoles intelligentes respectueuses du climat, (ii) des services d'information climatique et des filets de sécurité basés sur le climat, (iii) le développement de l’agriculture à faibles émissions, dont le lien entre l’utilisation des terres et le système alimentaire sera essentiel au succès, et (iv) des institutions et des politiques autour des systèmes alimentaires résistants au changement climatique.



1 Retrouvez l’intégralité de la note en suivant ce lien
https://cgspace.cgiar.org/bitstream/handle/10568/51665/Agriculture%20at%20COP20%20-%20CGIAR%20info%20note.pdf


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Paris, le samedi 23 septembre 2017