Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Le moment est venu de proposer un nouveau «New Deal», de portée internationale



Extrait du rapport sur le commerce et le développement, CNUCED, 2014



La croyance aveugle dans l'infaillibilité du marché et dans le libre-échange non régulé a connu son moment de gloire et continue de rencontrer un certain succès. Ce fondement acquis pour absolu a même été étendu à « l'amélioration miraculeuse » qui toucherait les pays pauvres censés alors exporter sans entraves (puisqu’ il n y aurait- plus de droits de douane à l'entrée des pays riches).

Mais la vieille antienne des vertus miraculeuses du libre-échange total et sans entrave ne fait plus autant d’adeptes. Les voix sont de plus en plus nombreuses pour admettre que la croissance mondiale ne rime pas forcément avec le libre-échange. La CNUCED, qui vient de fêter son demi-siècle, l’admet volontiers dans son rapport 2014 sur le commerce et le développement, dont nous reproduisons ici un extrait
1. Ceci est notamment vrai pour les pays en développement qui ont besoin de marges de manœuvre afin de décider quelles politiques économiques mener en dehors des restrictions imposées par les accords de libre-échange bilatéraux, régionaux ou mondiaux.

La CNUCED préconise ainsi un nouveau « New Deal » qui permettra de relever au mieux les défis liés au développement. Un défi qui devra également s’étendre à la sécurité alimentaire. Dans cette optique, un « New Deal » agricole doit être instauré afin d'initier les conditions d'émergence d'une gouvernance mondiale de l'agriculture, seule à même de garantir :
      - La liberté des marchés grâce à une régulation appropriée à l'échelle internationale,
      - Une sécurité alimentaire essentielle à la survie des plus démunis et à l'équilibre du monde.


La rédaction de momagri



La CNUCED célèbre son cinquantième anniversaire alors que, une nouvelle fois, des changements sont réclamés dans l’organisation et la gestion de l’économie mondiale. Il ne fait guère de doute que, durant les cinq dernières décennies, les nouvelles technologies ont aboli les frontières traditionnelles entre nations et ouvert de nouvelles perspectives économiques, ni qu’une certaine dépolarisation politique du monde a offert de nouvelles possibilités de dialogue constructif à l’échelle internationale.

Le pouvoir économique a aussi été plus largement distribué, principalement sous l’effet de l’industrialisation et de la croissance rapide de l’Asie de l’Est, ce qui a eu des répercussions sur le fonctionnement du système commercial international. Pourtant, ces changements technologiques, politiques et économiques n’ont pas forcément rendu le monde plus prospère, plus pacifique et plus durable.

De fait, face aux déséquilibres économiques mondiaux qui se creusent, à la situation sociale et environnementale qui devient plus précaire et à l’instabilité financière qui persiste, au point de provoquer parfois de véritables crises, il convient de s’arrêter pour réfléchir et discuter des orientations à prendre. Des centaines de millions de personnes, et notamment des enfants, continuent de souffrir chaque jour de la faim, en particulier dans les zones rurales. L’urbanisation rapide de nombreux pays en développement s’est accompagnée d’une désindustrialisation prématurée et d’une détérioration du secteur public, entraînant une dégradation des conditions de travail et un sentiment d’insécurité grandissant. Là où ces tendances se sont heurtées aux ambitions d’une population jeune, les frustrations économiques ont dégénéré en troubles politiques.

En 1964, la communauté internationale estimait que, «[si] les privilèges, la richesse et la pauvreté extrêmes, ainsi que l’injustice sociale [persistaient], l’objectif de développement ne [pouvait] être atteint». Or, ces dernières années, quasiment partout, l’expansion du libéralisme économique a coïncidé avec des structures très inégalitaires de distribution des revenus et des richesses. Un monde dans lequel les 85 personnes les plus riches de la planète posséderaient davantage que les trois milliards et demi les plus pauvres n’était pas celui qui était envisagé il y a cinquante ans.

Il n’existe pas de raccourci ni de chemin tout tracé pour parvenir à un développement durable et équitable. Mais les événements des trente dernières années ont démontré qu’il y avait peu de chances d’obtenir des résultats avec une politique économique uniformisée, qui cède de plus en plus de terrain aux ambitions de rentabilité des entreprises mondiales et aux forces du marché. En fin de compte, les pays devraient s’en remettre à eux-mêmes pour mobiliser des ressources productives et, surtout, pour accroître leur investissement intérieur (privé et public) et renforcer leur capital humain et leur savoir-faire technologique. Cela requiert toutefois que leur marge d’action soit aussi étendue que possible afin qu’ils puissent déterminer les mesures adaptées à leur situation, et non qu’elle soit sans cesse réduite par les institutions internationales qui ont été créées précisément pour contribuer à plus d’équilibre et d’équité.

Insister sur l’importance des institutions et des politiques nationales ne veut pas dire adopter une attitude de repli sur soi face aux nombreux problèmes de développement. Au contraire, l’accès à des ressources financières et à un savoir-faire technologique extérieurs reste crucial pour libérer le potentiel de développement de bon nombre des pays les plus pauvres et vulnérables. De plus, les obstacles qui s’opposent encore au développement - parce qu’il reste à régler les problèmes de dette souveraine, à améliorer l’accès aux marchés et à rendre le système commercial international plus juste, ou encore à stabiliser les prix des produits de base et à mettre les marchés financiers au service de l’économie réelle - ne pourront être levés que par la voie d’institutions multilatérales efficaces et (ce n’est pas la moindre des conditions) portées par une volonté politique suffisante de la part des grandes puissances économiques. À ces problèmes chroniques s’ajoutent des problèmes nouveaux, propres au monde interdépendant d’aujourd’hui, tels que les pandémies, l’insécurité alimentaire et le réchauffement climatique, qui exigent des orientations multilatérales et des actions collectives encore plus audacieuses.

Agir de concert et avec audace à l’échelle internationale pour corriger les inégalités profondes entre les pays, tout en mettant en œuvre des mesures ciblées et innovantes à l’échelle nationale, telles étaient les motivations des participants à la conférence de Bretton Woods il y a soixante-dix ans et à la conférence de Genève il y a cinquante ans. Henry Morgenthau, le Secrétaire au Trésor américain, l’avait bien compris lorsqu’il déclara, à Bretton Woods, que «la prospérité, tout comme la paix, est indivisible. Nous ne pouvons pas nous permettre de la semer aux quatre vents pour le profit des plus chanceux ou d’en jouir au détriment des autres. La pauvreté, où qu’elle soit, constitue pour nous tous une menace et met en péril le bien-être de chacun d’entre nous».

Alors que la communauté internationale définit un ambitieux programme de développement pour l’après-2015, le moment est venu de proposer un nouveau «New Deal», de portée internationale, qui pourra traduire en actes la promesse d’une «prospérité pour tous».


1 Retrouvez l’intégralité du rapport en suivant ce lien http://unctad.org/fr/PublicationsLibrary/tdr2014overview_fr.pdf


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Paris, le lundi 25 septembre 2017