Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Le Ghana fait évoluer son agriculture



Par John Agyekum Kufuor,
Ambassadeur mondial contre la faim pour le Programme alimentaire mondial



John Kufuor a été Président de la République du Ghana entre 2001 et 2008, Président de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de 2003 à 2005, et Président de l’Union africaine en 2007-2008. Il est actuellement Ambassadeur mondial contre la faim pour le Programme alimentaire mondial (PAM).

Dans un article publié par l’International Food Policy Institute (IFPRI)1 dont nous reprenons ici un extrait, l’ancien président ghanéen revient sur le plan de développement agricole et rural qui avait été lancé par son administration. Prenant l’exemple du cacao, dont la production nationale a doublé entre 2002 et 2005 et pour lequel le Ghana est le second exportateur mondial, il montre que les rendements et la production peuvent être considérablement accrus lorsque le gouvernement investit dans la recherche et met en place des politiques favorables au secteur agricole : développement des systèmes d’irrigation, éducation des producteurs, distribution gratuite de pesticides ou encore facilitation de l’accès au crédit.

La rédaction de momagri




J'ai vu au Ghana et dans toute l'Afrique, l'ampleur du défi que nous devons relever et aussi comment les gouvernements peuvent utiliser la science et la technologie pour le surmonter. Plus que tout autre continent, l'Afrique a besoin de solutions pour répondre à l’ensemble des défis dans l'agriculture, la nutrition et la santé. De tous les continents du monde, l’Afrique seule, ne produit pas suffisamment pour se nourrir. Il ne s’agit pas d’un manque de volonté ou d’un manque de terres. En fait, environ 60 pour cent des terres arables, non cultivées dans le monde, sont en Afrique. Le déficit alimentaire dévastateur du continent provient, au contraire, du manque de connaissances, de ressources et d’opportunités.

En 2000, l'agriculture pratiquée au Ghana, est la même que celle pratiquée depuis des décennies, voire depuis des siècles. Les pratiques sont éreintantes et peu gratifiantes pour attirer suffisamment les jeunes éduqués. La révolution qui a transformé l'agriculture dans le monde entier a largement contourné l'Afrique.

L'agriculteur moyen n'a pas pu profiter des progrès faits dans l'irrigation et dans les semences, améliorations qui ont, ailleurs, révolutionné les rendements. Notre agriculture est liée à la pluviométrie. Une météo extrême est devenue la norme à travers l'Afrique et les pluies de plus en plus imprévisibles ; et sans pluie, nous avons de mauvaises récoltes. Et même lorsque les pluies arrivent avec l'intensité attendue, les ravageurs et les maladies peuvent encore détruire nos cultures car les agriculteurs utilisent rarement les pesticides et les engrais. Il n'y a peu de diversification, qui, avec les pratiques agricoles dépassées, réduit la fertilité et la qualité du sol. Les familles sont contraintes de se déplacer, débroussaillant et brûlant sur leur passage, causant des dommages graves et durables sur notre environnement. Les jeunes éduqués quittent les zones rurales pour aller vers les villes à la recherche d’emplois inexistants.

L'échec de l'agriculture a contraint le Ghana à importer la nourriture, dépouillant le pays des ressources nécessaires pour le développement. Mais trop souvent cette nourriture importée était d'une qualité nutritionnelle douteuse. L’Europe et l’Asie ont déversé des morceaux de poulet et un riz de mauvaise qualité en Afrique, en imposant la baisse des prix de nos cultures nationales. Mais la preuve démontre que, si nos agriculteurs acquièrent les connaissances et les ressources que leurs homologues dans d'autres parties du monde tiennent pour acquis, ils peuvent rapidement augmenter leurs rendements. Je l’ai vu au Ghana avec des cultures à bons rendements comme le cacao et dans la production alimentaire.

Dans le cadre du plan de réaménagement rural de mon administration, les services de vulgarisation agricole ont accordé une attention particulière à l'éducation des cultivateurs de cacao concernant de meilleures pratiques. Le Ghana est le deuxième exportateur de cacao dans le monde, mais il a toujours été clair que, avec le soutien du gouvernement et la propagation de meilleures pratiques, les rendements pouvaient être augmentés.

Dans mon administration, nous avons adapté les connaissances les plus récentes provenant d'universités, d'instituts de recherche, d’experts, et d’agriculteurs à travers le monde. L'accès des agriculteurs au crédit abordable est la base de notre politique. Le gouvernement pulvérise gratuitement les plantations de cacao avec des pesticides et fournit si nécessaire, de l’engrais. Il a surtout incité les agriculteurs à accroître la production en augmentant la part du prix à l'exportation internationale de 40 pour cent en 2002, à environ 70 pour cent en 2004. Le résultat a été spectaculaire. Entre 2002 et 2005, la production de cacao au Ghana a doublé, passant de 350 000 tonnes à 734 000 tonnes, un record depuis plus d'un siècle de culture du cacao dans ce pays. Le gouvernement a réussi à utiliser de nombreuses techniques destinées à améliorer la production de cultures vivrières comme le maïs, l'igname et la banane plantain, ainsi que celle du bétail et des poissons. Mon administration a également soutenu le Conseil de Développement des céréales et des légumineuses afin de fournir aux agriculteurs des semences de qualité et un bon matériel de plantation. Une stratégie visant à améliorer la quantité et la qualité des produits agricoles du Ghana.

Alors que l'accroissement des rendements des cultures est vital, il est peu utile si les produits ne peuvent pas être stockés en sécurité ou s’ils ne peuvent pas être transportés vers les marchés. Par conséquent, tout en soutenant l'irrigation, des semences de meilleure qualité et la diversification des cultures, le gouvernement a poursuivi une politique de développement rural intégré en y construisant des routes de desserte, des silos et des entrepôts frigorifiques pour les cultures horticoles (tels que les ananas, les mangues et les bananes). Le gouvernement a également rendu les machines comme les tracteurs plus abordables pour les agricultures, grâce à des conditions de prêts avantageuses. Des sites d’atterrissage ont été développés pour la pêche en mer sur la plage et pour l'aquaculture le long du lac Volta. Le résultat est que, malgré les problèmes rencontrés par la nation, surtout en 2006, 2007 et 2008, la nourriture est maintenant plus abondante au Ghana.

1 www.ifpri.org
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le lundi 21 mai 2012