Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Le Brésil souhaite devenir le plus grand exportateur
de produits agricoles au monde



Daryll E. Ray, Harwood D. Schaffer, APAC



Le Brésil devrait devenir le premier exportateur de produits agricoles et alimentaires dans le monde, selon le rapport annuel sur les perspectives agricoles 2015-2024 de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), publié le 16 juillet. Selon les statistiques des deux organisations, les exportations agricoles et alimentaires brésiliennes s'élevaient à 89,5 milliards de dollars en 2013, soit 6 fois plus qu'en 2000, date à laquelle elles atteignaient 14,3 milliard de dollars. Une fois de plus, ces statistiques confirment l’importance stratégique majeure de l’agriculture, désormais première source de devises du pays. La Ferme monde n’aura ainsi jamais aussi bien portée son nom, détronant, à terme, les Etats-Unis.

Les clés d’une telle réussite ? Entre autres, une sécurisation de sa production nationale par la stimulation de la demande alimentaire et non alimentaire, mais également par le biais de mécanismes contracycliques couplés et d’outils assuranciels des risques de marchés.

Pour Daryll E. Ray et Harwood D. Schaffer de l’APAC, la hausse de la production de soja tirée par la demande chinoise est également l’un des facteurs expliquant les raisons pour lesquelles le Brésil pourrait devenir le garde-manger du monde d’ici 2024. Mais il y a un bémol, précisent les experts dans un article que nous reproduisons ci-après
1, la dépendance du Brésil au marché chinois et à la poursuite de sa croissance économique. Si la demande chinoise venait à baisser il faudra au Brésil rapidement s’adapter pour trouver d’autres marchés porteurs.


La rédaction de momagri



Fin des années 2000, nous rédigions cette colonne depuis un an et un constat s’imposait à nous, à savoir, l'expansion de la production de soja au Brésil. A cette époque, la production représentait 53 pour cent des 75,1 millions de tonnes métriques (MTM) des Etats Unis, bien au-delà des 7 pour cent de la production américaine des années 70. Alors qu’autrefois les États-Unis dominaient la production mondiale de soja, le Brésil devenait un sérieux concurrent.

Dans la compétition pour les marchés mondiaux, les Etats-Unis exportaient en 2000, 35,1 MTM de soja (fèves, farine et huile compris) et le Brésil 28,2 MTM, soit 80,5 pour cent des exportations américaines. Trente ans plus tôt, les exportations brésiliennes (fèves, farine et huile compris) ne représentaient que 7,3 pour cent des exportations des Etats-Unis. Il devenait clair que l'agriculture brésilienne était en mouvement.

La production brésilienne de soja au cours des trois dernières années de commercialisation des cultures (2012-2014) représentait 93,3 pour cent de la production américaine. Cependant quand il s’agit d’exportations de soja (fèves, farine et huile compris) le Brésil compte 10 pour cent d'avance sur les Etats-Unis. Par conséquent les États-Unis ne dominent plus le marché mondial du soja.

Lors de la lecture des Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO, 2015-2024 (http://tinyurl.com/nqtzopg) il est rappelé que non seulement le Brésil est actuellement « le deuxième plus grand fournisseur mondial de produits alimentaires et agricoles », mais qu’il « est, dans les dix prochaines années, prêt à devenir le premier fournisseur susceptible de satisfaire la demande mondiale supplémentaire. Une grande partie de la demande mondiale supplémentaire venant d’Asie.

Selon ce rapport, pour atteindre cette prévision le Brésil doit réduire la pauvreté et les inégalités nationales et « répondre aux besoins d'une population en expansion et de plus en plus riche » et dans le même temps « le faire de façon durable ».

Grâce à ses « vastes territoires disponibles pour produire du soja », le Brésil bénéficie d’un véritable potentiel pour augmenter sa production de soja et ses exportations face à ses deux principaux concurrents, les États-Unis et l'Argentine. Ses rendements sont égaux à ceux des États-Unis et les recherches prévoient une légère augmentation d'ici à 2024. Plus de la moitié de sa production vise les marchés d'exportation, la Chine étant son plus gros client.

La croissance des exportations de soja du Brésil est intrinsèquement dépendante du taux de croissance économique de la Chine et de sa politique d'importation. « Si [les importations de soja de la Chine] faiblissent, ou si pour satisfaire sa sécurité alimentaire la Chine cherche à diversifier ses sources d’importation, le Brésil va devoir ajuster sa production compte tenu de la taille [nettement plus petite] des marchés alternatifs d'importation ». La demande intérieure pour la trituration devrait augmenter au cours des dix prochaines années, notamment la farine nécessaire « aux élevages nationaux de porc et de volaille ». L'exportation d’huile de soja devrait doubler entre 2017 et 2024. L’augmentation de la demande intérieure d’huile de soja d'ici 2017 viendra de la demande de biodiesel plutôt que de l'utilisation domestique.

Une grande partie de la production de maïs du Brésil va vers le marché de l'alimentation animale dont le niveau des exportations en 2024 sera inférieur au niveau de la campagne agricole de 2013. La consommation intérieure de blé représente 95 pour cent de la production du Brésil. Avec une petite augmentation annuelle des rendements du blé liée à une utilisation intérieure, les importations brésiliennes devraient rester stables au cours des dix prochaines années. Il est prévu que le Brésil passe du statut d’importateur de riz pour devenir exportateur d'ici 2024.

« Le Brésil... continuera à être le plus grand producteur et exportateur de sucre au monde », même si ses rendements sont inférieurs à la moyenne. Dans le même temps, une grande partie de la canne à sucre produite au Brésil sera utilisée pour la production d'éthanol mélangé à l'essence pour un usage domestique, ce qui fait moins de 10 pour cent réservés à l’exportation. Les exportations nettes brésiliennes d'éthanol en 2024 devraient être inférieures au niveau de 2012.

Avec des rendements du coton plus du double que les rendements mondiaux et une demande intérieure relativement basse, le Brésil devrait prendre 14 pour cent du marché mondial.

« Le Brésil est [actuellement] parmi les plus grands producteurs et exportateurs au monde de volailles, de viande bovine, et [de porc] ». Une grande partie de cette production répond à la demande intérieure, mais « une part croissante doit aller aux consommateurs d'outre-mer, permettant ainsi au Brésil de saisir une part du marché international de la viande bovine et de la volaille ». L'ouverture du marché américain au boeuf brésilien était à l'ordre du jour lors de la récente visite du Président Dilma Rousseff au Président américain Barak Obama. La part des exportations de volailles brésiliennes au niveau mondial devrait dépasser les 31 pour cent d'ici 2024.

Les exportations du café et de jus d'orange concentré congelé devraient rester fortes au cours de la prochaine décennie alors que la plupart de la production de fruits sera utilisée pour le marché intérieur.

Alors que le Brésil dispose d'un solide programme de recherche agricole, il est en retard dans l'amélioration de son secteur des transports. « Lors de la récolte 2013 de soja, [les camions] faisaient la queue sur 25 kilomètres pour se rendre au port de Santos ».

« Le Brésil soutient plus faiblement les agriculteurs que la moyenne de l'OCDE, ou que la plupart des économies émergentes couvertes par la surveillance et l’évaluation annuelle de l'OCDE... En 2012-2014, la part des recettes brutes des agriculteurs provenant de l'aide [Estimation du soutien aux producteurs] était au Brésil en moyenne de 4 pour cent... Ce qui est inférieur à la moyenne de 8 pour cent aux États-Unis, son principal concurrent pour plusieurs produits ».

Après une longue période de domination sur les marchés agricoles mondiaux, les producteurs américains vont devoir faire face à de nouveaux défis tandis le Brésil cherche à devenir le plus grand exportateur de produits agricoles au monde.



1 Retrouvez l’intégralité de l’article en suivant ce lien
http://agpolicy.org/weekcol/780.html



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Paris, le samedi 23 septembre 2017