Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

La politique commerciale des États-Unis au service
des objectifs mondiaux de la sécurité alimentaire



Par Karen Hansen-Kuhn,
Institute for Agriculture and Trade Policy



Que ce soit lors du Forum Economique de Davos ou du rassemblement de 50 ministres de l’Agriculture à Berlin en janvier, la question de la libéralisation du commerce agricole occupe le devant de la scène internationale.

Face aux nouvelles menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire de nombreux pays en voie de développement, la plupart des Etats déclarent qu’il est important de relancer les négociations du Cycle de Doha à l’OMC. C’est notamment ce que réclament les Etats-Unis.

Or, comme le rappellent les chercheurs de l’IATP (Institute for Agriculture and Trade Policy), la politique américaine est aujourd’hui contradictoire : alors que le Président Barack Obama a créé un programme d’aide visant à développer l’agriculture locale dans les pays en voie de développement afin de mieux assurer leur sécurité alimentaire, celui-ci plaide en même temps pour une libéralisation plus poussée des échanges agricoles qui conduirait ces pays à importer massivement des produits à bas prix et donc empêcherait leur agriculture de se développer de manière efficiente.

Aussi, dans son dernier rapport « Making US trade policy serve global food security goals », Karen Hansen-Kuhn estime que le gouvernement américain doit non seulement repenser en priorité les objectifs de la sécurité alimentaire avant de débattre des politiques commerciales, mais également repositionner les débats agricoles dans le nouveau contexte stratégique post-crises qui est le nôtre.

Un point de vue intéressant qui ne caractérise pas uniquement l’approche américaine, mais celle de la plupart des décideurs internationaux. Nous vous invitons à lire ce rapport1, dont vous trouverez ci-dessous l’introduction.

La rédaction de momagri




Plus que n'importe quel président de l’histoire des États-Unis, Barack Obama a attiré l'attention du grand public sur la faim et la nécessité de renforcer la production alimentaire des petits agriculteurs dans les pays en développement. Il a défendu cette cause lors de la réunion du G-8 à L'Aquila, en Italie en 2009, d’où il a lancé un appel aux dirigeants du monde à consacrer 20 milliards de dollars pour la sécurité alimentaire, promettant 3,5 milliards de dollars des États-Unis. Après une série de consultations auprès des divers organismes gouvernementaux et les organisations de la société civile, l'administration Obama a lancé en mai 2010, l'initiative alimentaire pour l’avenir. Ce programme met l'accent sur l'importance des petits agriculteurs, en particulier les femmes, dans des programmes pilotés par les pays, avec une approche multi-agence « pangouvernementale » de la sécurité alimentaire mondiale.

Et c'est là que le bât blesse.

Bien que le programme de développement des États-Unis met l'accent sur l'augmentation de la production alimentaire locale dans les pays en développement, le programme commercial pousse dans l'autre sens, afin de doubler, dans les cinq prochaines années, les exportations des États-Unis, y compris celles des produits agricoles. Alors que les pays en développement essaient de reconstruire les systèmes agricoles locaux, affaiblis par des décennies de réductions budgétaires dans les services de la vulgarisation agricole, dans les crédits et dans les autres services publics, ils sont confrontés à une pression croissante d’ouverture de leurs marchés aux produits américains provoquant ainsi une inondation des importations bon marché et nuisant à la production alimentaire locale.

Les négociations commerciales prennent une nouvelle ampleur. Après une accalmie de deux ans faisant suite à l'effondrement des discussions de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2008, les dirigeants du G-20 ont appelé à une reprise des négociations en 2011. Pascal Lamy, Directeur général de l'OMC, a demandé l'aboutissement d’un projet de texte de modalité pour la fin Mars. Les États-Unis font également la promotion de leur propre programme issu de groupes de discussions commerciales régionales et bilatérales. Les négociations pour un partenariat trans-Pacifique continuent de progresser et de s’étendre davantage aux pays d’Asie du Sud. Les gouvernements américain et sud-coréen ont récemment réglé les différences qui subsistaient sur l'accès aux marchés pour les produits laitiers, la viande bovine et les automobiles dans leur accord de libre-échange (ALE). Cet accord, ainsi que les accords bilatéraux en attente avec le Panama et la Colombie, pourrait être présenté à l'approbation du Congrès en 2011.

Les crises alimentaires, financières et climatiques sont autant de preuves de la manière dont le monde a changé depuis les débuts des accords de libre-échange. Mais le programme américain du commerce agricole reste essentiellement le même que celui adopté dans les années 1990 dans le cadre du libre-échange nord-américain (ALENA). Des rapports récents sur la hausse des prix des denrées alimentaires et les émeutes dans certains pays ajoutent une nouvelle urgence à l'impératif de réussir ces politiques.

La politique commerciale des États-Unis doit commencer à partir de nos objectifs plutôt que de nos tactiques. Eliminer la faim, améliorer les revenus et l'emploi et encourager une transition vers une agriculture respectueuse du climat devraient être les objectifs des politiques américaines agricoles, économiques et de développement. La politique commerciale devrait être un outil à l'appui de ces objectifs plutôt qu’un élément imprévisible nuisant.

Résumé des recommandations
    ¦ Examiner les dispositions des accords commerciaux existants qui portent atteinte à la sécurité alimentaire et lancer un processus visant à les réformer.

    ¦ Exonérer explicitement les pays les moins développés des objectifs de promotion des exportations américaines.

    ¦ Collaborer avec les pays en développement afin d’établir des règles commerciales qui soutiennent les catégories de prix et d'autres mécanismes, pour favoriser un approvisionnement alimentaire stable.

    ¦ Soutenir les propositions auprès de l'OMC et les négociations pour un partenariat trans-Pacifique sur les produits et les mécanismes de sauvegarde spéciaux visant à favoriser la sécurité alimentaire et la subsistance des populations rurales dans les pays en développement.

    ¦ Établir des exceptions aux dispositions d’investissement des marchés dans le partenariat trans-Pacifique et d'autres négociations commerciales bilatérales en cours, afin de protéger la santé publique et la sécurité alimentaire.

1 Intégralité du rapport sur le site de l’IATP : http://www.iatp.org/iatp/publications.cfm?accountID=451&refID=107901
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012