Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

La grippe porcine amènera-t-elle un revirement
de la Commission européenne ?



Paul-Florent Montfort, chargé d’études de momagri



L’actualité internationale est clairement dominée par la grippe dite « porcine1» qui a pris naissance au Mexique, et menace de s’étendre au reste de la planète. Outre les réels risques pandémiques qui sont en discussion actuellement, cet événement ne vient pas aider la filière porcine française déjà en grave difficulté.

Provoquant une diminution des prix du porc sur les marchés internationaux2, et une possible contraction de la consommation de la viande de porc suite à des réactions de « panique », cette crise risque d’accentuer les difficultés que la filière traverse depuis deux ans déjà. En effet, d’après la Fédération nationale porcine, près de 15% des élevages sont depuis quelques mois proches de la cessation de paiements. Selon les calculs de cette dernière, chaque producteur perd aujourd’hui 13 euros par porc vendu en raison de la baisse régulière des cours et de la hausse parallèle des prix des intrants.

Le gouvernement français, dans ce contexte, a annoncé début avril la mise en place d’un plan de soutien à la filière de 33 millions d’euros. Souhaitant obtenir de l’aide de l’Union européenne, il a par ailleurs multiplié, conjointement avec l’Allemagne et l’Irlande, les appels auprès de la Commission européenne. Sans succès jusque-là : arguant d’une « stabilisation des prix, liée à une baisse de la production » selon les termes de la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, la Commission européenne a opposé vendredi 24 avril une fin de non recevoir aux demandes d’intervention.

Mais la grippe mexicaine pourrait renverser la donne. Si certains experts affirment que les « porcs ne sont pas vecteurs de la maladie, ni leur viande »3, les mesures d’embargo se multiplient sur la planète. Deux gros importateurs, la Chine et la Russie (2ème importateur mondial en 2008), ont d’ores et déjà interdit les viandes porcines en provenance des zones touchées par la grippe mexicaine, imités en cela par une série de pays (Thaïlande, Indonésie, Liban, Bahrein, Croatie, Serbie, Montenegro…). L’Egypte est allée encore plus loin en décidant le 29 avril l’abattage immédiat du cheptel porcin du pays, déclenchant des émeutes de la part des producteurs coptes du pays.

Face à ces réactions, qui sont susceptibles d’alimenter une réaction de panique de la part des consommateurs, le ministre de l’Agriculture français Michel Barnier, a réitéré dimanche 26 avril ses demandes d’aide auprès de la Commission européenne, réclamant des mesures adéquates à la gravité de la situation dans cette filière, notamment sous la forme de soutiens aux exportations.

Les événements récents vont-ils provoquer un revirement de la position de la Commission européenne ? Rien ne permet de l’affirmer. Toutefois, quelles que soient les décisions qui seront prises, il est intéressant de s’interroger sur les outils dont disposent les pouvoirs publics pour faire face aux bouleversements sur les marchés agricoles internationaux. Car l’exemple de la filière porcine face à la grippe mexicaine montre bien que, en situation de crise, la situation peut très vite dégénérer, d’autant plus si la filière est fragilisée.

1 Appelée « porcine » au moment de son déclenchement, le 24 avril, la grippe a été requalifiée de « mexicaine » puis de « nouvelle grippe », sous la pression de l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE), de la Commission européenne et des professionnels. Si elle semble toucher exclusivement des humains jusqu’à présent, l’origine du virus et le rôle des animaux dans sa propagation est encore en discussion.
2 Le 28 avril, une baisse de 7% des cours était enregistrée en deux jours aux Etats-Unis.
3 Selon les termes de la Commission européenne
Haut de page
Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012