Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

La conférence sur la volatilité des prix alimentaires, la sécurité alimentaire
et la politique commerciale



Banque Mondiale



Outre les trois agences onusiennes basées à Rome – la FAO, le PAM et le FIDA – la Banque Mondiale, le FMI et, plus récemment, l’OMC ont l’ambition de jouer depuis quelques années un rôle accru dans la gouvernance agricole mondiale. La Banque Mondiale a ainsi organisé une conférence sur la volatilité des prix et la sécurité alimentaire dans les pays en développement (PED) du 18 au 19 septembre derniers à Washington, dont nous reproduisons ici un extrait du compte-rendu
1.

Pour les intervenants à la conférence, l’enjeu est d’appréhender la volatilité des prix de manière immédiate ainsi que ses conséquences sur le long terme, en s’appuyant sur une coopération mondiale à même d’impulser une dynamique vertueuse en matière de sécurité alimentaire. Le défi étant alors de trouver la combinaison parfaite des stratégies à mener, tant au niveau national que mondial afin de répondre au mieux à cet enjeu.

Si la tenue de cette conférence confirme l’intérêt grandissant des institutions internationales pour les questions agricoles et de sécurité alimentaire, on peut cependant regretter l’approche essentiellement commerciale de ces enjeux. Une approche qui rappelle ainsi que la Banque Mondiale continue de ne concevoir l’harmonisation des règles du jeu en matière de commerce agricole international qu’à travers une libéralisation totale et non-régulée des échanges.


La rédaction de momagri



En 2008 et 2011, les prix alimentaires mondiaux ont atteint des niveaux sans précédent, menaçant ainsi la sécurité alimentaire des populations vulnérables à travers le monde. La flambée des prix des denrées alimentaires est créée par les déficits de récoltes, les chocs de demande et les catastrophes mondiales. Du 18 au 19 septembre derniers, la Banque Mondiale organisait une conférence sur la volatilité des prix alimentaires, la sécurité alimentaire et la politique commerciale. Des échanges importants sur les défis politiques destinés à atténuer les menaces des chocs des prix sur les populations pauvres. Des experts, des représentants d'organisations internationales, y compris Will Martin et Kaushik Basu (Banque Mondiale), Peter Timmer, (Université de Harvard), Ashok Gulati, (Conseil Indien pour la Recherche sur les Relations Economiques Internationales), ainsi que David Hallam (l’Organisation de l’Alimentation et l'Agriculture) se sont réunis afin d’échanger sur les compromis élaborés par des décideurs politiques pour assurer la sécurité alimentaire de leurs populations, et identifier les politiques susceptibles d’augmenter la sécurité des moyens de subsistance et la sécurité alimentaire.

Kaushik Basu, premier vice-Président et économiste au sein de la Banque Mondiale, s’est inspiré de ses propres expériences en tant que conseiller économique auprès du Ministère des Finances du gouvernement Indien pour illustrer l'impact de la crise de 2007 sur les prix alimentaires. « Pour les personnes qui vivent dans un extrême dénuement, [les prix des denrées alimentaires] peuvent, en quelques jours, devenir une question de vie ou de mort.» Soulignant les challenges auxquels les gouvernements sont confrontés dans leurs politiques commerciales de lutte contre les prix alimentaires, Kaushik Basu a évoqué les travaux que Will Martin, Directeur de recherche à la Banque Mondiale, a réalisé concernant l'effet des mesures commerciales sur les prix alimentaires. Si les pays font face individuellement, cela relève un problème d’action collective, et « au final, on obtient rien qu’une légère détérioration ».

Maros Ivanic (Banque Mondiale) quant à lui parle de l'impact complexe des prix alimentaires sur les pauvres, à la fois consommateurs et producteurs de cultures vivrières. Une étude co-écrite par Maros Ivanic et Will Martin, intitulée - L’impact à court et à long terme des variations de prix alimentaires sur la pauvreté -, utilise des modèles domestiques basées sur les dépenses et les produits issus de l’agriculture afin de comprendre l'effet de la volatilité des prix alimentaires sur la pauvreté dans différents pays. Ils constatent qu’à court terme, l'augmentation des prix des denrées alimentaires aggrave la pauvreté ; une grande partie du revenu des pauvres étant consacrée à l'alimentation. À long terme, en revanche, les pauvres bénéficient de l'augmentation des salaires et les petits agriculteurs, de profits plus élevés. Maros Ivanic conclu que « bien que les variations des prix alimentaires soit une menace pour les pauvres, un haut niveau semble être réducteur de la pauvreté ». Brian Wright (Université de Californie à Berkeley) met en garde cependant sur le fait que les variations des prix alimentaires au cours de ces dernières années ont été plus intenses que la baisse des prix, et que ces pics présentent de graves risques pour les pauvres.

Le défi consiste donc à déterminer la meilleure politique, ou combinaison de politiques, pour atténuer les effets à court terme des hausses des prix alimentaires sur les pauvres, et prévenir, à long terme, les effets négatifs de la malnutrition sur la santé. Ruslan Yemtsov et Ugo Gentilini (Banque Mondiale) ont analysé les données afin de savoir à partir de quel niveau les filets de sécurité sociaux soutiennent les plus pauvres, ainsi que les données comparant les transferts en espèces ou alimentaires. Ils en conclu que les coûts liés aux transferts en espèces ou en forme de bons sont plus faibles et sont un moyen efficace pour aider les plus pauvres.

Christophe Gouel (INRA) a montré que, dans les pays où les décideurs se préoccupent de la volatilité des prix des denrées alimentaires, il y a une logique, souvent critiquée, à varier les politiques commerciales pour compenser les variations des prix mondiaux, et à encourager la détention de stocks. L'utilisation de mesures commerciales telles que les restrictions à l'exportation et la réduction des droits d'importation dénote un comportement du « chacun pour soi », qui semble avoir causé la moitié de l'augmentation du prix du riz de 2006 à 2008. L’étude réalisée par Kym Anderson, Maros Ivanic et Will Martin conclu qu’à cause de cela, cette politique n'a pas été efficace dans la réduction de la pauvreté mondiale entre 2006 et 2008, même si elle semblait efficace aux yeux des décideurs politiques.

Au niveau national, des experts en politique ont fait référence aux expériences menées en Inde, Chine, Afrique et Indonésie. Si on tient compte de la lutte que se livrent les experts depuis des décennies au sujet des mesures politiques pour combler l'écart entre les prix à court terme et à long terme, Peter Timmer résume la politique Indonésienne de stabilisation du prix du riz comme « un effort pour changer le prix de l'année suivante afin qu’il soit le plus proche du prix mondial ». Il a également plaidé pour une stratégie globale afin de « trouver le moyen, pays par pays, d’augmenter les stocks céréaliers et renforcer ainsi la sécurité alimentaire ». L’étude de Madhur Gautam (Banque Mondiale) sur la politique céréalière de l'Inde a connu un succès considérable dans la stabilisation des prix intérieurs, mais à quel coût ! La recherche portant sur les politiques africaines présentée par Thom Jayne (Michigan State University) et celle sur les pays à faibles revenus, importateurs net de produits alimentaires, réalisée par David Hallam ont indiqué que la plupart de ces pays n’ont pas été en mesure de compenser les effets des prix élevés des denrées alimentaires sur leurs marchés domestiques, laissant de beaucoup de pauvres vulnérables aux prix alimentaires plus élevés pendant les crises récentes.

L’idée d’une approche sur la nécessité de mettre en place des politiques multi-facettes qui tiennent compte de la sécurité alimentaire à tous les niveaux, régional, mondial et national, a fait consensus parmi les participants. Plus précisément, Will Martin a mis en garde contre certaines politiques commerciales telles que les restrictions à l'exportation aux effets négatifs sur d'autres pays. Les recherches de Will Martin indiquent que, bien que des politiques nationales aident les pauvres au niveau national et sur le long terme, elles peuvent néanmoins augmenter la pauvreté. « Nous devons être vigilants à toute action collective qui contribue à la flambée des prix et peut être préjudiciable aux pauvres du monde. Au quel cas, nous reviendrions à la situation de 2008, où les prix n’ont cessés d'augmenter. Nous devons réfléchir aux différents moyens de faire face à ces problèmes. Plusieurs options sont possibles tant au niveau régional, qu’à l'OMC, mais également au niveau des stratégies politiques strictement commerciales, plus larges et plus générales ».


1 Retrouvez l’intégralité de l’article en suivant ce lien
http://www.worldbank.org/en/events/2014/07/21/food-price-volatility-food-security-and-trade-policy-conference



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Paris, le vendredi 17 novembre 2017