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L’assurance indicielle, un outil innovant au service des agriculteurs pauvres Institut international de recherche sur le climat et la société (IRI) Parmi les instruments de gestion des risques agricoles exogènes, les mécanismes assurantiels privés ont de plus en plus pignon sur rue, surtout depuis que les politiques de soutien étatiques sont mises à l’index par l’OMC, en raison de leurs effets distorsifs. Pourtant, seuls 3% de la population agricole mondiale est aujourd’hui couverte par l’assurance en raison de son coût, comme l’a souligné l’Administrateur adjoint et Directeur du Bureau des politiques de développement du PNUD Olav Kjorven. La majorité des agriculteurs est donc en situation de risque maximal, alors que ce sont précisément les populations les plus vulnérables. Toutefois, un nouveau type d’assurance basée notamment sur les indices météorologiques, appelée assurance indicielle, ouvre de nouvelles perspectives. Elle offre des opportunités significatives pour servir d’outil de gestion des risques, notamment climatiques, dans les pays en développement. Un rapport de l’ Institut international de recherche sur le climat et la société (IRI) , intitulé « Assurance indicielle et risques climatiques : perspectives d’avenir pour le développement et la gestion des catastrophes » s’est récemment penché sur la question, montrant les avancées qu’un tel système apporte dans la gestion de certains risques agricoles dans les pays pauvres1. C’est à ce titre que nous vous recommandons la lecture de ce rapport, dont nous vous présentons ici un extrait. PFM Extrait du Rapport « Assurance indicielle et risques climatiques : perspectives d’avenir pour le développement et la gestion des catastrophes », de l’IRI (…) Une brève introduction à l'assurance indicielle L’assurance indicielle est une assurance liée à un indice, tel la pluie, la température, l'humidité ou les rendements des cultures, plutôt que la perte réelle. Cette approche résout certains problèmes qui limitent l'application de l'assurance récolte traditionnelle dans les régions rurales des pays en développement. Un avantage principal est que les coûts de transaction sont plus faibles. Au moins en théorie, cela rend l’assurance indicielle financièrement viable pour les assureurs du secteur privé et abordable pour les petits agriculteurs. Un autre avantage important est que l'assurance indicielle est moins prédisposée à la sélection adverse et l’aléa moral que l'assurance traditionnelle2. Un exemple de l'assurance indicielle, et l'application la plus courante dans les pays en développement à ce jour, est l'utilisation d'un index des totaux pluviométriques pour s'assurer contre les pertes de récoltes liées à la sécheresse. Les paiements ont lieu lorsque les totaux pluviométriques sur une période donnée sont inférieurs au seuil convenu et peuvent provoquer la perte des récoltes. Contrairement à l'assurance récolte traditionnelle, la compagnie d'assurance n'a pas besoin de visiter les champs des agriculteurs pour évaluer les pertes et déterminer les paiements. Au lieu de cela, ils utilisent les données des pluviomètres installés près du terrain de l'agriculteur. Si ces données montrent que la quantité de pluie est inférieure au seuil, les assureurs versent les paiements. En plus de la réduction des coûts, cela signifie que les paiements peuvent être effectués rapidement - ce qui réduit ou évite les ventes forcées d'actifs. Ce procédé élimine aussi les aléas moraux tels les « motivations corrompues » pour assurer les récoltes, où, sous certaines conditions, les agriculteurs peuvent préférer l'échec de leurs récoltes afin de recevoir les paiements. Avec l'assurance indicielle, le paiement n'est pas lié à la survie ou à l’échec de la culture, ce qui encourage l'agriculteur à prendre les meilleures décisions. Une autre caractéristique qui permet de réduire les aléas moraux est que l'assurance indicielle utilise des données objectives et disponibles pour tous, et les individus ne peuvent détourner une situation à leur avantage. L'avantage principal de l'assurance indicielle, lorsqu’elle est utilisée comme un outil de gestion des catastrophes, réside dans les paiements rapides. Encore une fois, l’évaluation des pertes qui prend beaucoup de temps n’est pas nécessaire car les paiements sont fondés sur des données objectives. Avec une assurance indicielle en place, les gouvernements et les organismes d’aide peuvent prévoir les crises tout en sachant que les fonds seront disponibles lorsqu'ils en auront besoin. La planification est également facilitée parce que les gouvernements et les organismes d’aide peuvent suivre l'indice et préparer une réponse rapide. Mais plusieurs éléments essentiels méritent une attention minutieuse pour que l'assurance indicielle soit réalisable. L’assurance indicielle est nouvelle, et peut être difficile à comprendre pour les intervenants - du temps et des ressources doivent être investis pour expliquer comment elle fonctionne. Elle dépend de la disponibilité et de la fiabilité des données de qualité, ce qui constitue un défi de taille pour la plupart des pays en développement. Mais peut-être plus important encore, l'assurance indicielle est vulnérable au risque de corrélation. En termes simples, le risque de corrélation se présente quand les paiements d'assurance ne correspondent pas aux pertes réelles - soit il y a des pertes, mais pas de versement, soit un paiement est déclenché alors qu’il n'y a pas de pertes. Évidemment, si l'une de ces situations se produit trop souvent, le régime d'assurance ne sera plus viable et pourra même endommager les moyens de subsistance3. La conception des contrats, et en particulier le choix d'un indice approprié, est d'une importance cruciale pour minimiser les risques de corrélation. D'autres facteurs qui ont des implications pour les risques de corrélation sont la proximité de la culture assurée avec une station météorologique, et la disponibilité des données climatiques4. Le potentiel de l'assurance indicielle a été démontré par un certain nombre de projets dans différents pays en développement. Une sélection de ces projets, représentant différentes régions du monde et différentes applications de l'assurance indicielle, est présentée en tant qu’études de cas dans la présente publication. L’assurance indicielle est seulement un, parmi plusieurs produits indiciels de transfert de risques financiers qui fonctionnent sur les mêmes principes5. Dans cette publication, le terme « assurance indicielle » est utilisé au sens large pour inclure cette gamme de produits. Certaines des études de cas, par exemple, utilise d’autres produits tels que les dérivés climatiques, mais pour faciliter la lecture nous les appelons toutes les assurances indicielles. Le lecteur doit garder à l'esprit que l'essentiel du débat se rapporte à la gamme plus large de produits. Aussi, la discussion se réfère principalement à l'assurance indicielle pour la perte de récoltes dues à la sécheresse, car c’est l'application la plus courante à ce jour; mais une grande partie est également pertinente pour les applications au-delà de la sécheresse et de mauvaises récoltes. L’assurance indicielle pour le développement L’assurance indicielle peut être en mesure d’aider les gens à gérer les risques météorologiques qui sont partiellement responsables de leur enfermement dans la pauvreté. Les pauvres sont non seulement en prise avec des risques directs d'événements météorologiques extrêmes, mais même sans le mauvais temps, ils sont désavantagés parce que le risque bloque leurs opportunités. Les prêteurs, par exemple, ne leur accorderont peut-être pas de crédit. Ils sont donc incapables d'investir dans des « inputs » qui amélioreraient la productivité au cours des années de beau temps. L’évidence montre que les paysans sacrifient souvent entre 10% et 20% de leurs revenus quand ils ont recours à des stratégies traditionnelles de gestion des risques6. Mais s’ils peuvent souscrire une assurance, individuellement ou collectivement (par les associations d'agriculteurs, par exemple), les choses peuvent changer. Lorsque les prêteurs savent que les emprunteurs sont couverts par une assurance, ils peuvent être plus susceptibles de leur accorder des crédits. Les agriculteurs peuvent alors choisir de faire des investissements qui peuvent accroître leur productivité. Si la météo est mauvaise et que les récoltes le sont également, les assurances paieront, et comme dit un agriculteur du Malawi, « je n'ai pas à me soucier de rembourser les emprunts en plus de chercher de la nourriture pour nourrir ma famille7» . Cette assurance peut être vendue aussi bien à un micro niveau - aux agriculteurs individuels et aux ménages - qu’à un méso niveau - à des banques ou coopératives, par exemple. Certes, l’assurance indicielle doit surmonter un certain nombre de défis avant de pouvoir contribuer au développement à des échelles significatives : insuffisance des capacités (base trop restreinte), absence de données adéquates (bases statistiques notamment), en particulier dans les pays en développement auxquels elle s’adresse, et surtout incapacité à prendre en charge les risques systémiques, au même titre que les mécanismes assurantiels classiques – ce système n’est pas une solution miracle aux problèmes agricoles qui mettent en péril la sécurité alimentaire mondiale. Néanmoins, il est la preuve que des mécanismes de gestion des risques imaginatifs, fondés sur les moyens innovants mis à notre disposition par la science et la technologie, sont à l’étude, et semblent prometteurs. Une bouffée d’air frais pour le secteur agricole, où un certain nombre d’experts continuent de penser que les politiques de régulation mises en œuvre ces 30 dernières années sur les marchés agricoles doivent être supprimées. Rien n’est moins vrai – il faut désormais innover en mettant en œuvre au niveau mondial une politique de coopération pour une régulation commune en cas de crise, associée à une politique assurantielle couvrant les risques d’exploitation « hors crise ». PFM 1 L'IRI a publié ce rapport en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement, le Fonds international de développement agricole (FIDA), Oxfam America, Swiss Re, la National Oceanic and Atmospheric Administration (Administration océanique et atmosphérique américaine) et le Programme alimentaire mondial. pour télécharger le rapport Index Insurance and Climate Risk: Prospects for development and disaster management, veuillez consulter le site suivant : http://iri.columbia.edu/csp/issue2 2 La sélection adverse se produit lorsque les emprunteurs ou assurés potentiels cachent des informations sur leur exposition au risque au prêteur ou l'assureur, qui sont alors plus susceptibles de mal évaluer le risque de l'emprunteur ou l’assuré. L'aléa moral se produit lorsque des individus se livrent à une activité cachée qui augmente leur exposition au risque à la suite de l'emprunt ou l'achat d'assurance. Ces activités cachées peuvent laisser le prêteur ou l'assureur exposés à des niveaux de risque plus élevés que ceux prévus lorsque les intérêts ou les primes ont été établis. 3 Skees J.R. (2008) « Innovations dans les assurances indicielles pour les pauvres des pays à faible revenu. » Rapport sur les ressources agriculturales et économiques 37: 1–15. 4 Carriquiry M.A. et Osgood D. E. (2008) « Assurance indicielle, Prévisions Climatiques probabilistes et la Production. » CARD Document de Travail 08-WP465 5 Pour plus de détails, voir Skees JR, Barnett BJ AG et Murphy (2008) « La création de marchés d'assurance pour les risques de catastrophes naturelles dans les pays à faible revenu: Le rôle potentiel de la sécurisation. » Rapport de la Finance Agriculturale 68: 151–167. 6 Gautam MP, Hazell, P. et H. Alderman (1994) « La demande rurale de l’assurance contre la sécheresse. » Document de travail de recherches politiques No. 1383. Banque Mondiale, Washington, DC 7 Hellmuth M.E., Moorhead A., Thomson M.C. et Williams J. (2007) « Gestion des risques climatiques en Afrique: l'apprentissage de la pratique. » Le climat et la société No 1. IRI, Université de Colombia, New York. | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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