Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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L’agriculture : facteur essentiel du développement selon Bill Gates


La fondation Bill & Melinda Gates1 a annoncé, lors d’une conférence sur la responsabilité sociale des entreprises dans le cadre du Forum économique de Davos, un don de 306 millions de dollar en faveur de l’agriculture des pays en développement (PED) en indiquant que « si vous regardez les pays qui ont réussi leur développement économique, tous à l’exception des producteurs de pétrole, ont fait de l’agriculture un élément essentiel ».

Cette donation s’inscrit dans la logique de « l’initiative pour le développement agricole »2 lancée en 2006 par fondation dans le cadre de son « programme pour le développement mondial »
3 car, malgré l’urgence de la situation, l’aide internationale en faveur de l’agriculture a baissé de 16% en 1980 à moins de 4% en 2004.

Par cette initiative, la fondation souhaite stimuler la production en améliorant la qualité des semence et, celle des sols ; en créant de nouveaux débouchés pour ainsi permettre d’augmenter les revenus des petits exploitants d’Afrique et d’Asie particulièrement touchés par la pauvreté et la famine.

Au-delà de l’effet d’annonce, la position prise la fondation Bill & Melinda Gates illustre bien la nécessité d’une nouvelle approche des problématiques du développement à partir de l’agriculture et pose la pertinence des politiques menées par les institutions internationales.

N’est-il pas en effet curieux de constater que c’est un organisme privé qui vient pallier l’inertie de la communauté internationale face à ce genre de problématique ?



L’initiative de la fondation Bill & Melinda Gates s’inscrit dans une démarche globale amorcée il y a peu de temps, mais qui contribue à changer la manière dont doit être perçue l’agriculture.

En ce sens, dans son rapport sur le développement dans le monde 2008 publié en octobre 2007« l’agriculture au service du développement », la Banque Mondiale replace pour la première fois depuis 25 ans l’agriculture comme l’un des vecteurs essentiels de la croissance globale, de la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté. De même, l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ne cesse de faire valoir le rôle du secteur agricole dans les pays en développement (PED).

Pour l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la conception de l’agriculture est tout autre. L’agriculture est considérée comme un volet essentiel du Cycle de Doha mais… seulement pour servir de variable d’ajustement et faire avancer les discussions sur les paquets Industries et Services. Or, l’actualité de ces derniers mois a infirmé cette stratégie. Les crispations sur ce dossier sont, en effet, telles qu’elles peuvent bloquer l’ensemble du processus de négociations.

De surcroît, l’OMC apparaît en complet décalage avec :

> Les positions prises par des grandes consciences et institutions prestigieuses sur l’impossibilité d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement par la libéralisation totale des échanges ;

> la montée en puissance d’ONG et de fondations qui, à l’instar de la Fondation Bill & Melinda Gates, soulignent l’importance de l’agriculture ;

> l’appropriation, dans les grands cercles de réflexion et de décisions internationaux, des problématiques agricoles au sens large (croissance économique, sécurité alimentaire, environnement etc.) comme lors du Forum économique Mondial de Davos ;

> la multiplication d’études relatives à la sécurité alimentaire des entreprises de la finance et des assurances (Citigroup, Marsh & McLennan Companies, Swiss Re, Wharton School Risk Center et Zurich Financial Services)4.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que ce soit le fondateur du géant informatique Microsoft - société de services, a priori très éloigné des problématiques agricoles qui mette en exergue les bienfaits de l’agriculture pour les PED et ce, même pour un pays comme l’Inde qui bénéficie d’un grand potentiel dans le domaine des nouvelles technologies.

Deux données suffisent pour comprendre l’urgence d’agir : 75% de la population pauvre mondiale vit en milieu rural et dépend de l’agriculture ; près des deux-tiers des actifs indiens et 70% de la main d’œuvre africaine travaille dans le secteur agricole.





Parce qu’elle fait écho à ses préoccupations, le MOMA salue l’initiative de la fondation Bill & Melinda Gates et souhaite que d’autres voix s’élèvent, publiques ou privées, mondiales ou régionales pour faire valoir le rôle déterminant de l’agriculture en matière de développement mais également en termes de croissance économique et de protection de l’environnement.

La rédaction du MOMA

1 La fondation Bill & Melinda Gates a principalement pour objectif de réduire les inégalités aux Etats-Unis et dans le monde en termes de santé, d’accès aux connaissances, de lutte contre la pauvreté
2 The Agricultural Development Initiative
3 The global Development Program
4 Voir notre article Tribune intitulé « La sécurité alimentaire, enjeu du Forum Economique Mondial de Davos 2008 » daté du 28.01.08
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012