Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

L’UE importe l’équivalent du tiers de ses terres agricoles



La rédaction de momagri



A l’heure où la course aux achats de terres agricoles est lancée, l’Union européenne y participe elle aussi à sa manière, non pas par des achats directs, mais en important de plus en plus de denrées produites sur des terres étrangères.

Ainsi, une récente étude1 du think tank italien Opera2, révèle que l’UE est aujourd’hui globalement dépendante de l’extérieur pour ses approvisionnements agricoles. En presque 10 ans, elle a doublé ses importations qui représentent l’équivalent de ce que produirait 35% de « terres agricoles virtuelles ».

Cette dérive pose la question fondamentale de la sécurité alimentaire de l’Europe.

    -Les chiffres sont révélateurs. En 2007/08, le déficit commercial de l’UE, toutes denrées confondues, correspondait à la production de 35 millions d’hectares de terres agricoles. Le rapport du think tank Opera nomme cette équivalence en termes d’importation, du nom de « terres virtuelles ».

    Ce montant considérable représente 35% de la surface agricole utile européenne, c’est-à-dire la superficie totale de l’Allemagne. Autre phénomène inquiétant, la nette accélération entre 1999 et 2008 des importations de « terres virtuelles » (+9,6 millions d’hectares).

    Les produits concernés par cette croissance des importations de « terres virtuelles » ? Le soja, (+3.7 millions d’hectares), mais aussi le blé et le maïs.

    Quelles sont les causes de cette évolution ? La réforme de la PAC, les concessions européennes à l’OMC et enfin, la hausse de l’Euro face au Dollar, sur la période considérée.

    Plus généralement, depuis l’an 2000, les importations européennes ont augmenté de 24% en volume, passant de 107 millions de tonnes à 132 millions en 2008.

    Un chiffre significatif : les importations de blé ont augmenté de 84,8%, alors que les exportations ont à peine progressé de 3,7%.

    Un phénomène malheureusement prévisible : dans le secteur du sucre, la réforme de 2006 a entrainé une chute de près de 70% des exportations et une hausse d’un peu plus de 10% des importations, l’UE devenant de ce fait importateur net.

    C’est ainsi que la balance commerciale européenne agricole est devenue durablement déficitaire.

    -Les auteurs de l’étude soulignent aussi que face au doublement prévisible de la demande alimentaire mondiale à l’horizon 2050 et en raison de la croissance rapide des importations, il est essentiel que l’UE améliore ses rendements agricoles.

    Et ce d’autant plus que les besoins alimentaires mondiaux ne pourront être satisfaits que si les pays développés produisent et exportent plus de denrées agricoles, les pays en voie de développement étant loin de l’autosuffisance.

    En conclusion, cette étude montre que la sécurité alimentaire de l’UE est de plus en plus fragile, allant ainsi dans le sens de momagri, qui appelle les responsables européens à l’intégrer en priorité dans leur réflexion stratégique pour la future réforme de la PAC.
1 «Commerce et production agricole de l’UE : plus d’efficience peut-il empêcher l’augmentation des « achats de terres » à l’extérieur de l’Europe ? ».
2 http://www.opera-indicators.eu/eng/info/news.html
Haut de page
Paris, le vendredi 19 avril 2019