Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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L’Inde agricole : entre forces et faiblesses


2ème population mondiale, 3ème puissance économique mondiale, 4ème puissance agricole mondiale,… l’Inde collectionne les superlatifs et pourtant, 400 millions d’Indiens vivent avec moins de 1 $ par jour, 212 millions sont sous-alimentés et l’Inde est classée par le Programme des Nations-Unis pour le développement au 127ème rang (sur 177) selon l’indice de développement humain1. Comment expliquer que ce pays, géant agricole et l’un des moteurs de la croissance mondiale, ne parvienne pas à garantir la sécurité alimentaire sur son territoire ? Quelle stratégie s’offre à l’Inde au niveau national et, plus particulièrement, dans le cadre des négociations internationales ?


I. Un géant agricole incapable de garantir la sécurité alimentaire de sa population

L’Inde est un « géant aux pieds d’argile ». En effet, alors que l’agriculture est un secteur économique de première importance, l’Inde doit composer avec des handicaps structurels qui l’empêchent de mettre un terme à la famine et à la pauvreté.

A. L’agriculture : Un secteur économique de première importance…

Le poids de l’agriculture dans l’économie indienne, bien qu’en recul, est considérable. S’il participe en 2005 à 22 % au produit intérieur brut (PIB) contre 51% pour les services et 27% pour l’industrie, il demeure le principal secteur d’activité dans la mesure où il emploie près des deux-tiers de la population active du pays.

En outre, l’Inde dispose d’une importante surface agricole utile (SAU) égale à celle de l’Union européenne : 180 millions d’hectares dont 140 millions d’hectares sont en culture soit environ 60% de la surface du pays.

Traversées par le Gange et bénéficiant davantage des bienfaits de la mousson, l’Indus et le Brahmapoutre (notamment la plaine de l’Assam, l’Uttar Pradesh et le Pendjab) sont, au nord du pays, les régions les plus fertiles, où se concentre la production agricole, particulièrement la canne à sucre et le blé.

Ces avantages « naturels » expliquent, en partie, sa place de leader pour de nombreuses productions agricoles.



B. … très exposé aux aléas climatiques et qui se heurte à des handicaps structurels importants


1. Une forte exposition aux aléas climatiques

Si l’agriculture indienne, comme toutes les autres agricultures du monde, est exposée aux aléas climatiques, elle y est très sensible car la majeure partie de la production agricole est tributaire de la mousson. Les précipitations ont lieu de juin à septembre et leur intensité détermine les niveaux de production de l’année notamment pour le blé qui est un des produits de base de l’alimentation indienne. Les « mauvaises » moussons, pour lesquelles les précipitations sont insuffisantes ou a contrario trop abondantes, peuvent engendrer d’importantes chutes de rendements3 soumettant ainsi la production indienne à une grande variabilité.

2. Une productivité insuffisante

L’agriculture indienne est aussi caractérisée par une productivité insuffisante imputable à de multiples facteurs comme : la micronisation des acteurs agricoles, la faible mécanisation, l’absence d’équipements et d’infrastructures adéquats ainsi que les conséquences néfastes induites par la « Révolution verte » dans les années soixante-dix.

a. Une production locale fortement micronisée et faiblement mécanisée

Les exploitations indiennes ont une surface moyenne de 1,5 ha4. A titre de comparaison, en France, la taille moyenne des exploitations est de 50 ha (soit plus de 30 fois supérieure) et aux Etats-Unis, elle atteint les 200 ha (soit plus de 130 fois supérieure). Cette caractéristique est l’héritage de la réforme agraire réalisée en 1947 après l’indépendance et qui avait pour objectif de redistribuer les terres aux paysans pauvres en limitant la taille de la propriété foncière. Si les autorités indiennes s’efforcent aujourd’hui de favoriser l’agrandissement des exploitations, pour en faire des unités de production plus rentables et favorisant les économies d’échelle, le morcellement de la propriété foncière s’accentue néanmoins à chaque génération, en raison du droit coutumier et successoral5.

Cette fragmentation des exploitations contribue à la faible mécanisation des exploitations et empêche le développement d’une agriculture mieux organisée et plus productive.

b. Une insuffisance d’investissement notamment en infrastructures

L’insuffisance de l’investissement, notamment en infrastructures, est visible et il affecte directement la productivité de l’agriculture indienne. Les installations permettant le stockage et la conservation des cultures (chaîne du froid) font défaut et entraînent d’énormes pertes pouvant représenter jusqu’à 40 % des récoltes dans le cas des fruits et légumes.

En outre, seule 30 % de la surface agricole utile bénéficie d’un système d’irrigation. Le repli des investissements publics depuis les années 1970 ainsi que le manque d’entretien ont engendré une détérioration des canaux qui sont à l’origine de la perte de plus d’un tiers de l’eau transportée. Dans un contexte marqué par la croissance des besoins non agricoles en eau, liée à l’augmentation de la population, les conflits d’usages ne cessent donc d’augmenter.

c. « L’effet boomerang » de la Révolution verte

Si la « Révolution verte » lancée par le Premier Ministre, Jawaharlal Nehru, à la fin des années soixante-dix a permis de dynamiser le secteur agricole en augmentant les rendements, elle a eu pour inconvénient d’accroître les coûts de production. Dans un contexte global de baisse des prix agricoles mondiaux, cette hausse des coûts de production a affecté la compétitivité indienne et a entraîné nombre de paysans dans une situation désespérée. Ainsi, face à cet « effet ciseaux » (baisse des prix et hausse des coûts), les agriculteurs indiens se sont endettés lourdement afin de disposer de nouveaux facteurs de production6 et d’accéder aux intrants, au demeurant très chers car, importés. Néanmoins, les effets tant attendus ne se sont pas réalisés et la tendance des coûts à la hausse s’est accentuée. Si produire une tonne de blé coûtait 30 dollars en 1985, il n’en faut pas moins de 80 en 1998 ! Une étude, publiée par la revue scientifique médicale britannique The Lancet en 2002, révèle ainsi que les régions agricoles du Sud de l’Inde détiennent le triste record mondial du taux de suicide : 58 décès pour 100 000 habitants (soit quatre fois la moyenne des autres pays).

Par ailleurs, l’utilisation massive et non concertée des engrais et pesticides a dénaturé les sols. Ainsi les craintes énoncées dès 1968 par Monkombu Swaminathan7, père de la « révolution verte » en Inde, face aux conséquences d’une mauvaise irrigation et du recours abusif des pesticides, se révèlent fondées et sont aujourd’hui d’actualité. Une portion de la surface agricole utile du pays est ainsi fortement dégradée : salinisation des sols, baisse du niveau de certaines nappes phréatiques sont monnaie courante dans certaines régions.

La conjonction de ces trois facteurs permet d’expliquer pourquoi la productivité moyenne des exploitations indiennes est bien inférieure à celle de l’Union européenne (UE) ou de la Chine8.





3. La famine et la pauvreté restent des handicaps majeurs

Avec 212 millions de sous-alimentés (c’est-à-dire le même niveau qu’en 1992) l’Inde est le pays le plus durement touché au monde par la sous-alimentation9 et un tiers de sa population, majoritairement agricole, vit sous le seuil d’extrême pauvreté10.

Le mouvement des paysans sans terre souligne l’immense désarroi dans lequel se trouvent des milliers d’agriculteurs indiens, forcés de quitter leurs terres réquisitionnées pour la création de zones franches industrielles. Près de 40 % des Indiens sont sans terre et 23 % vivent dans une pauvreté qualifiée « d’abjecte » par un responsable d’Ekta Parishad, une ONG indienne11. Si le gouvernement semble récemment avoir entendu leurs revendications (renonciation en 2007 à la construction d’une usine pharmaceutique et de chantiers navals, redistribution des terres), les mesures restent marginales et les changements structurels nécessaires pour favoriser l’équité se font toujours attendre.

Endettés ou ruinés (voir supra), beaucoup de paysans font le choix de migrer vers les villes dans l’espoir de jours meilleurs. Ce phénomène, visible dans de nombreux pays en développement, conduit à la constitution de « trappes à sous-développement » qui affectent la dynamique de développement de l’Inde du fait :

> des coûts induits par la progression des inégalités et de la pauvreté notamment en termes de politiques sociales ;
> de l’incapacité du marché urbain d’absorber la population active agricole ;
> de la multiplication des bidonvilles et de la constitution de mégapoles ;
> de l’aggravation de problèmes sanitaires, d’hygiène et d’éducation.

La situation de l’Inde est donc paradoxale : géant agricole mondial, elle est incapable de nourrir sa population et de faire face aux défis et enjeux qui l’attendent au XXIème siècle. La stratégie qu’elle suit dans les négociations internationales et plus particulièrement au sein de l’OMC, lui permettra-t-elle d’y parvenir ?

II. L’agriculture : un secteur stratégique pour l’Inde qui nécessite d’élaborer un nouveau paradigme en matière de développement

Selon la plupart des Institutions internationales, telles que l’OMC ou la Banque Mondiale, la libéralisation totale des échanges internationaux bénéficierait « automatiquement » à l’Inde. Or, la réalité est toute autre et loin d’être source de développement, la libéralisation non régulée des échanges comporte des risques importants. Une nouvelle approche est donc nécessaire.

A. La vision idyllique et théorique de l’OMC : le paradigme de « one best way » en matière de développement

Selon l’OMC, l’Inde aurait tout à gagner de la libéralisation totale des marchés internationaux, qu’ils soient agricoles, industriels ou de services. En effet, la libéralisation des échanges agricoles internationaux permettrait à l’Inde de se développer et de faire face aux grands enjeux qui sont les siens :

> Importer à moindre coût des produits plus variés qui permettraient notamment de répondre à l’occidentalisation des modes de consommation. Les habitudes alimentaires des Indiens commencent à se modifier et seuls les produits importés étrangers sont, pour l’heure, à même de satisfaire leurs attentes et leurs nouveaux besoins, du fait de l’insuffisance des productions nationales, aussi bien en quantité qu’en diversité.

> Dynamiser ses exportations de biens agricoles et ainsi réduire le déficit de sa balance commerciale. Cette dernière est très largement négative, en particulier dans le domaine agricole. Les importations ont ainsi crû de 64% entre 1998 et 2001 alors que, dans le même temps, les exportations déclinaient de 7%. Cela s’explique notamment par le fait que les autorités indiennes ont longtemps négligé le marché des exportations pour se concentrer sur l’approvisionnement du marché national. Les exportations indiennes relevaient alors d’un besoin d’écouler les surplus alimentaires.

> Stimuler sa croissance économique en augmentant sa part dans le commerce mondial de produits agricoles et agroalimentaires (actuellement de 1,2%) et en profitant au mieux du potentiel grandissant de la demande indienne stimulée par la pression démographique et l’augmentation du pouvoir d’achat.

> Favoriser son développement et la lutte contre la famine et la pauvreté en permettant à la population d’avoir accès à des produits moins chers par la suppression des droits de douane.

Toujours selon l’OMC, la libéralisation des services serait essentielle à la croissance économique et au développement de l’Inde dans la mesure où elle dispose d’avantages comparatifs certains, principalement dans le domaine des nouvelles technologies et l’informatique, qui sont des secteurs économiques porteurs.

Et, les bénéfices engrangés par la libéralisation de services pourraient, par effet « boule de neige », bénéficier aux autres secteurs de l’économie Indienne, notamment l’Agriculture.

C’est en effet, ce qu’a affirmé Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, lors d’un discours prononcé à la London School of Economics en octobre 2007 « les services sont pratiquement à la base de toutes les activités économiques nécessaires à la production et à la distribution d’autres biens et services (…) nous avons besoin des services pour aider à concrétiser tous les avantages que le commerce présente pour l’ensemble de l’économie et pour amplifier l’accès aux marchés qui pourrait être obtenu dans l’agriculture et pour les produits industriels. ».

Pourtant, l’échec de la dernière réunion du G412 à Postdam en juin 2007 démontre que l’approche de l’OMC est idyllique et reste théorique. En effet, si la libéralisation n’a que des avantages pourquoi l’Inde a-t-elle quitté la table des négociations ?

Pourquoi a-t-elle pris le risque de compromettre l’ensemble des négociations, alors qu’une part importante de sa croissance (services et industrie) en dépend et ce, pour préserver un secteur économique qui, libéralisé, ne contribuera que faiblement à sa croissance économique par rapport aux deux autres secteurs ?

B. Une réalité beaucoup plus complexe qui appelle à l’élaboration d’un nouveau paradigme en matière de développement

La réalité vient contrecarrer les grandes prédictions de l’OMC et démontre à quel point l’expression « exception agricole » fait sens. L’enchaînement mécanique des bienfaits, vanté par le directeur de l’OMC, cache en fait des réalités beaucoup plus complexes, au premier rang desquels la sécurité alimentaire et l’équilibre social d’une population gravement affectée par la sous-nutrition, l’insuffisance des rendements et l’incertitude climatique. Partant, trois facteurs mettent à mal la stratégie de l’OMC en matière de libéralisation des échanges internationaux pour l’Inde, et démontrent la nécessité d’élaborer un nouveau paradigme international en matière de développement.

> Quand l’Inde éternue, les marchés agricoles mondiaux s’enrhument…

La demande indienne est un vecteur important de la croissance mondiale, et son poids est grandissant. Dans un contexte de déficit mondial de l’offre, de faibles stocks et de libéralisation croissante des marchés, l’Inde est de plus en plus exposée aux variations des marchés internationaux … mais l’inverse est également vrai : les prises de position de l’Inde sur les marchés internationaux déstabilisent fortement les cours mondiaux, comme le démontrent les récents appels d’offre sur le blé.

Et, ces dernières sont amenées à se multiplier du fait que la sécurité alimentaire est une problématique stratégique de défense nationale pour l’Inde, qui doit, avant tout, assurer l’alimentation de 1,1 milliard d’habitants. Conscient de cela, le gouvernement indien ajuste les droits de douanes pour garantir un approvisionnement intérieur suffisant13. Il supervise également l’importation de produits agricoles jugés sensibles (entrant en concurrence directe avec ses productions nationales) tels que les produits laitiers, les fruits et les noix, le café, le thé, les céréales, les huiles comestibles ou encore les épices. Les autorités peuvent également décider de restreindre exceptionnellement les exportations afin de préserver l’offre nationale et la stabilité des prix intérieurs (ce fut le cas en 2006 avec les exportations de légumineuses). En février 2007, les exportations de blé ont également été interdites pour contenir la hausse des prix intérieurs.

> La libéralisation des échanges agricoles internationaux conjuguée à l’instauration de barrières à la propriété intellectuelle nuit au secteur agricole indien, incapable aujourd’hui d’en relever les défis.

Avec la libéralisation des échanges agricoles internationaux, les produits importés à moindre coût vont entrer en concurrence directe avec les biens produits localement. Parallèlement, les exportations indiennes seront freinées par celles des autres pays émergents, plus compétitifs car caractérisés par une agriculture plus moderne.

Enfin, les accords ADPIC et ADPIC+, qui consistent à ériger d’importantes barrières de propriété intellectuelle, nuiront directement au secteur agricole indien car les retombées de l’innovation, par le jeu de la propriété intellectuelle, bénéficieront à des entreprises étrangères et non aux entreprises et agriculteurs nationaux. C’est d’ailleurs un phénomène que l’on peut observer aujourd’hui pour le riz.

> Le marché du travail urbain n’absorbera pas la main d’œuvre agricole

Selon Subir Gokarn, économiste au sein de l’agence de notation Crisil, filiale indienne Standard & Poor’s, « dans un modèle de développement classique, il devrait y avoir une transition de l’agriculture vers l’industrie, puis vers les services. Mais en Inde nous passons directement de l’agriculture aux services. Or ceux-ci ne créent que des emplois qualifiés. L’industrie, elle, ne croît pas assez vite pour absorber la masse des agriculteurs ».

Cette non absorption de la main d’œuvre agricole par les autres secteurs économiques, qui se concentre dans les villes, conduit à la constitution de mégapoles, phénomène visible et bien connu dans nombre de PED, et à la formation de « trappes à sous développement ». Cela affecte le potentiel de développement de l’Inde par divers canaux de transmission, dont le plus important est celui des ressources. En effet, le développement des inégalités et de la pauvreté induit un certain nombre de coûts directs (politique d’aide sociale mais également les dépenses de lutte contre la criminalité) et indirects (développement de l’économie parallèle et de la criminalité). Ces coûts et ces dépenses constituent une ponction de ressources qui auraient été mieux utilisées autrement, notamment en investissement privés et en infrastructures.

Ce phénomène est par ailleurs amplifié par la segmentation de la société indienne en caste, qui freine l’absorption de la main d’œuvre agricole.

Sortir de l’approche idyllique et théorique de l’OMC, qui considère qu’il existe un « one best way » en matière de croissance économique et de développement, est primordial, et l’avenir de l’Inde en dépend. Un nouveau paradigme, qui prendrait en compte les spécificités régionales, tout en s’assurant de leur compatibilité avec les règles internationales, autour des deux notions forces que sont la régulation des marchés agricoles et la coopération internationale, doit être élaboré.

Or, pour cela, trois conditions doivent être réunies :

> Avoir une vision globale et fidèle des réalités agricoles.

Quelle est la situation des marchés agricoles mondiaux aujourd’hui ?

> Définir les principes de gouvernance des marchés agricoles mondiaux aptes à répondre aux problématiques actuelles et futures

Quelles Agricultures voulons-nous au niveau international ?

> Développer les instruments de pilotage et de régulation des marchés afin de s’assurer que les objectifs poursuivis seront bien atteints

Comment s’assurer que l’on ne s’éloigne pas du « sentier de développement » défini par les deux conditions précédentes ?




A l’heure actuelle, aucune réponse satisfaisante n’est apportée à chacune de ces trois questions stratégiques. C’est le travail auquel s’atèle le MOMA depuis Décembre 2005, avec la définition de principes de gouvernance dans le cadre d’un système intégré, le développement de l’Agence de notation NRA, et la construction du modèle économique MOMAGRI dont les premières simulations seront obtenues dans les jours qui viennent.

C’est pourquoi la « pause » actuelle des négociations à l’OMC dans le cadre du Cycle de Doha ne doit pas être perçue comme un danger pour l’Inde et les autres pays en développement. En effet, elle donne l’occasion unique de repenser les termes du débat et elle apporte un argument de poids pour que l’agriculture soit être traitée « à part » au sein des négociations internationales.

Toutefois, cette nouvelle approche en matière de gouvernance mondiale agricole ne doit pas faire oublier à l’Inde la nécessité de réformer son secteur agricole. Plusieurs pistes sont aujourd’hui avancées :

> une nouvelle Révolution verte, afin de permettre à l’Inde de diversifier son agriculture tout en la rendant plus respectueuse des écosystèmes ;

> un développement de l’investissement en infrastructure pour moderniser son système agricole et éviter les pertes de production, ainsi que dans la recherche afin de rendre l’Inde moins dépendante des laboratoires de recherche étrangers (notamment sur le domaine des plantes à haut rendement) et de permettre aux agriculteurs indiens de supporter la concurrence internationale.

> le maintien du cap ambitieux pris par le projet14 de la politique du National Rural Employment Guarantee Scheme (NREGS) pour assurer un revenu minimum à tous les chefs de famille d’agriculteurs tout au long de l’année.

La rédaction du MOMA

1 L’indice de développement humain (IDH) est un outil statistique qui évalue le niveau de santé/longévité, le niveau de savoir/éducation et le niveau de vie de la population d’un Etat.
2 Le millet est une plante annuelle herbacée de la famille des graminées dont la culture est vivrière. C'est une céréale secondaire, cultivée pour ses graines et bien adaptée aux zones semi-arides.
3 Phénomène sans précédent depuis les trente dernières années, la mousson a été en 2007 particulièrement violente : les inondations dévastatrices ont fait plus de 1400 morts et 25 millions de sinistrés en Inde, au Bangladesh et au Népal.
4 Chiffres issus du rapport L'ouverture du marché indien (voir supra)
5 La production laitière indienne illustre également bien cette micronisation de la production : outre son haut niveau de concentration géographique (90 % dans les Etats du Nord et du Nord-Ouest), la production est assurée à plus de 50% par des paysans ne disposant que d’une ou deux vaches. Si la production laitière est la première au monde, la productivité est en revanche une des plus faibles. Le manque de pâturages et de nombreuses faiblesses d’ordre zootechnique (alimentation, génétique des races…) en sont les principales causes.
6 Depuis quelques années, ils ont recours à des plantes à hauts rendements.
7 Généticien indien, directeur général de l’Institut International de Recherches sur le Riz (IRRI) aux Philippines jusqu’en 1987. Il fut président de l'Union Mondiale pour la Nature, et lauréat du Prix mondial de l’alimentation en 1987.
8 En effet, le rendement annuel pour le blé et le riz sont, respectivement, de 2,7t/ha (soit la moitié du rendement de l’UE) ; 1,9t/ha (soit la moitié du rendement de la Chine). Ces chiffres sont issus de la publication de l’Ambassade de France en Inde Missions économique intitulée L'ouverture du marché indien
9 La sous-alimentation ou sous-nutrition se caractérise par un apport alimentaire insuffisant pour combler les dépenses énergétiques journalières d'un individu.
10 Population vivant avec moins de 1$ par jour
11 Source : Les paysans sans terre envahissent New Delhi, Le Figaro avec AFP et BBC (28.10.07)
12 Lors de la dernière réunion du G4 (Inde, Brésil, Union Européenne et Etats-Unis), Kamal Nath, ministre indien du Commerce, a quitté avec son homologue brésilien la table des négociations.
13 Le taux moyen des droits de douanes observés pour les importations s’élève à 40,8 %, soit un niveau nettement supérieur au 14,1 % relatifs aux produits non agricoles.
14 L’évaluation initiale du projet s'élevait à 400 milliards de roupies (9 milliards de dollars US) par an, la somme allouée dans le budget national présenté le 28 février 2006 était tout juste de 117 milliards de roupies.
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Paris, le mercredi 17 décembre 2014