Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire



13 novembre 2006

Discours de Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations Unies


pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), à l’occasion de la journée mondiale de
l’alimentation le 16 Octobre 2006


Par ses contributions à l’amélioration de la nutrition et des niveaux de vie, l’agriculture est un élément moteur des civilisations humaines. Elle assure la production et la distribution des produits de l’agriculture, de la pêche et de la foresterie, et elle produit des aliments en quantités suffisantes pour nourrir l’humanité tout entière.

En dépit des progrès réalisés dans les domaines de l’agriculture et du développement rural, plus de 850 millions de personnes restent en proie à la faim et à la pauvreté. Notre plus grand défi est d’atteindre l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation et le premier objectif du Millénaire pour le développement, consistant à réduire de moitié la faim et la pauvreté dans le monde à l’horizon 2015.

Le thème choisi pour la Journée mondiale de l’alimentation et TeleFood de cette année est «

Investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire

» car « le monde entier y gagnera ». Il s’agit de mettre en relief le rôle des investissements, publics et privés, dans l’agriculture. Il convient d’encourager les mesures visant à améliorer les moyens d’existence en milieu rural, en inversant la tendance à la baisse des investissements publics dans l’agriculture que l’on a observée ces vingt dernières années.

Soixante-dix pour cent de ceux qui ont faim de par le monde vivent en milieu rural. C’est donc dans ces zones qu’il faut absolument fournir des aliments et des emplois. Les semences qu’un paysan aura plantées permettront à terme l’apparition d’une exploitation agricole florissante qui paiera des impôts, contribuant ainsi à la construction d’écoles et de routes rurales. Le développement agricole constitue la première étape sur la voie d’une croissance économique durable. Tout un chacun tire avantage des investissements dans l’agriculture.

Depuis 1964, la FAO joue un rôle de premier plan au sein du système des Nations Unies pour mobiliser des fonds, à l’échelle internationale et nationale, en faveur de l’agriculture dans les pays en développement et les pays en transition. La coopération que la FAO a établie avec les organismes de financement lui a permis d’aider 165 États membres à obtenir des fonds à l’appui de près de 1 600 programmes et projets d’investissements agricoles et ruraux, pour un montant total de 80 milliards de dollars EU d’engagements de crédits !

Accroître les investissements dans l’agriculture est un défi particulièrement important en Afrique. Les gouvernements de la région ont admis qu’il était urgent d’investir leurs propres ressources dans l’agriculture. Dans la Déclaration de Maputo, en 2003, les Chefs d’État africains ont pris l’engagement d’allouer, dans un délai de cinq ans, 10 pour cent de leur budget national au développement agricole et rural, ce qui revient à multiplier par deux le niveau actuel des ressources qui y sont consacrées.

On a constaté récemment une nette augmentation des prêts en faveur de l’agriculture. Les programmes de remise de la dette, renforcés par la décision prise par le G-8 en 2005, commencent déjà à dégager des ressources nationales pouvant être investies dans le secteur agricole. Cela étant, il reste encore beaucoup à faire et il faudrait prendre des mesures novatrices.

Il est absolument nécessaire d’augmenter le volume des investissements publics dans l’agriculture, condition indispensable pour que ce type d’assistance donne de meilleurs résultats. Un mécanisme important est la Plateforme mondiale des donateurs pour le développement rural, consortium rassemblant 26 organismes donateurs au service du développement, dont la FAO partage la présidence avec le Ministère fédéral allemand de la coopération technique et du développement. Cette plateforme vise à améliorer l’efficacité de l’aide fournie par les donateurs et à concentrer les efforts sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

L’accroissement de l’aide au développement, les investissements publics et l’allègement de la dette sont certes essentiels, mais il faudrait attacher tout autant d’importance aux investissements en provenance du secteur privé. Les agriculteurs pratiquant une agriculture commerciale, les négociants, les fournisseurs d’intrants, les entreprises de transformation et les industries agroalimentaires transnationales contribuent tous à un système global d’investissements qui est susceptible d’aider les populations rurales à tirer profit de la production, de la commercialisation et de la vente des produits agricoles. Il est néanmoins important de se rappeler que ce sont les petits exploitants qui investissent le plus dans l’agriculture.

« Promouvoir des partenariats mutuellement avantageux » est le mot d’ordre qui inspire le nouveau modèle de coopération entre les secteurs public et privé. Il s’agit d’explorer des moyens innovants d’associer les producteurs (petits exploitants et coopératives), les industries agroalimentaires et les gouvernements pour donner naissance à des initiatives ayant des retombées bénéfiques. Il incombe principalement aux gouvernements de créer un environnement sociopolitique stable, de mettre en place des cadres juridiques facilitant l’accès à la terre et à l’eau, de faire appliquer les normes, de favoriser un climat plus propice aux investissements privés et de mettre en place les infrastructures rurales essentielles.

A l’occasion de cette Journée mondiale de l’alimentation, prenons l’engagement d’accroître les investissements dans l’agriculture – dans l’intérêt du monde entier.

Le MOMA considère, tout comme la FAO, que l’agriculture est une variable stratégique pour lutter contre la faim dans le monde et la pauvreté, et que les investissements privé et public, notamment en infrastructures, jouent un rôle déterminant pour le développement des pays du Sud. Mais, si cette dernière condition est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour améliorer durablement le bien-être des PED et les protéger des effets néfastes d’une libéralisation non régulée des marchés agricoles internationaux. C’est pour cela que le MOMA construit des principes de gouvernance qui pourront demain, constituer les fondements d’une Organisation Mondiale de l’Agriculture chargée de promouvoir par consensus international une libéralisation régulée des échanges agricoles.

Source : FAO
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012