Les prix mondiaux agricoles constituent les indicateurs les plus utilisés pour évaluer la santé des différents marchés agricoles, et définir leurs orientations, aussi bien au niveau national qu’international. Pourtant, comme le démontre le MOMA depuis décembre 2005, il est dangereux de fonder les décisions agricoles internationales sur la logique des « prix mondiaux » : ils sont en effet hypervolatils et totalement déconnectés des coûts de production, des structures d’offre et de demande. C’est ce que démontrent Hélène Delorme, Anna Lipchitz, Annie Bonnet et Julie Villain , dans leur article intitulé « Dynamique des prix agricoles internationaux »1 dont nous reproduisons ici un extrait. En préalable à toute présentation des travaux existants sur les prix internationaux, il convient de rappeler les méthodes qui sont suivies pour calculer ces prix agricoles internationaux : quel est le champ couvert et comment sont construits les indices qui servent à les mesurer ? Les prix agricoles internationaux utilisés par les économistes ne couvrent pas l’ensemble des produits agricoles mais seulement les prix des « commodités », définies comme les matières premières dont les prix « sont soumis à la loi du prix unique » (Géronimi, 2005). Cela signifie que ces prix sont représentatifs de marchés non segmentés par des protections ou des coûts de transport et suffisamment unifiés (pas de segmentation par la qualité) pour que les prix qui s’y forment fonctionnent comme des références communes pour la plupart, sinon la totalité des transactions qui s’y déroulent. A chaque matière première ainsi définie est associé un marché de référence dont le prix est considéré comme directeur pour l’ensemble des marchés considérés. Ainsi pour le coton, on retient le prix à Liverpool dit « indice A ». Les principaux produits agricoles qui satisfont approximativement à cette loi du « prix unique » sont : dans les produits alimentaires, le blé, le maïs, le riz, l'huile de palme, le boeuf, le mouton, le sucre ; dans les boissons, le café robusta, les autres cafés, les fèves de cacao, le thé ; dans les matières premières agricoles non alimentaires, le bois d’oeuvre, le coton, la laine, le caoutchouc, le tabac, les peaux. Ils sont ensuite incorporés dans les indices globaux grâce à des pondérations. Les indices globaux des matières premières hors énergie retenus par Cashin, Liang, Mc Dermott (1999) (voir aussi Grilli et Yang, 1988) incluent les prix des produits agricoles à hauteur de 72% en base 1990 et de 69,15% en base 1995 et cela pour le calcul des termes de l'échange de l'ensemble des pays . […] 2 Les précisions méthodologiques ci-dessus permettent de comprendre les limites de la validité des prix agricoles internationaux. S’ils renseignent bien sur la situation instantanée de l’offre et de la demande, ces prix n'ont que des rapports lointains avec les coûts de production et ne peuvent donc servir de référence pour mesurer les avantages comparatifs des différentes agricultures nationales, et ce pour trois raisons. > La première raison est technique : les méthodes utilisées pour convertir les prix courants en prix réels3 ainsi que pour construire les indices introduisent des biais. Par exemple, la qualité des produits manufacturés change plus rapidement que celle des produits agricoles, ce qui rend hasardeuses les comparaisons à long terme des deux séries de prix. De même, l’inclusion des boissons dans les produits alimentaires tire l’indice vers le haut car leurs prix baissent moins fortement que ceux des produits alimentaires et des produits agricoles non alimentaires. Par ailleurs, les pondérations choisies pour construire les indices influent sur leur sens. Les produits industriels ont un poids plus lourd dans les exportations des pays industriels que dans celles des pays en développement tandis que chez ces derniers leur part varie plus fortement et plus rapidement (Géronimi, op. cit.). Ces quelques exemples expliquent pourquoi les indices sont très sensibles aux déflateurs et aux pondérations utilisés. > La seconde raison tient aux imperfections des marchés agricoles internationaux qui sont beaucoup moins concurrentiels qu'on ne le croit. D'abord parce que ces marchés, comme le marché de Chicago, référence pour les céréales, par exemple, se trouvent inévitablement pollués par l'impact des subventions directes et indirectes des politiques agricoles. Ensuite parce que la "spéculation" y est fortement affectée par les stratégies des oligopoles qui structurent l'amont et l'aval de l'agriculture ainsi que les secteurs financiers dont les firmes deviennent des acteurs actifs des marchés à terme des matières premières. > Enfin et surtout, les prix agricoles internationaux sont très instables. Que l'on considère leur niveau absolu ou que l'on calcule des indices moyens, ce sont dans tous les cas des références mouvantes et peu prévisibles qui ne peuvent donner que des signaux difficiles à interpréter. En particulier, s'ils peuvent être utilisés comme des indicateurs fiables pour suivre les évolutions passées, ils sont des outils très contestables pour établir des prévisions sur l'avenir. 1 Notes et études économiques – n°27, Avril 2007. Cet article tire parti des présentations et des débats de trois séminaires de recherche organisés en 2005 par le GREMA (groupe de recherche et d’échanges sur les marchés agricoles), consortium d’institutions de recherche et d’ONG. 2 Ainsi la définition des prix agricoles internationaux répond à des conventions à caractère technique qui ne reflètent pas la réalité des coûts de production (note MOMA). 3 Les prix courants sont les prix tels qu'ils sont indiqués à une période donnée, ils sont dits en valeur nominale. Les prix réels sont les prix corrigés de la hausse des prix par rapport à une donnée de base ou de référence. On utilise de la même façon les termes euros ou francs constants et euros ou francs courants (note MOMA). |