Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Hausse des prix agricoles en Afrique : dépasser la logique court-termiste


Soucieux de contribuer à la prévention des crises alimentaires et agricoles au Sahel et en Afrique de l’Ouest, le Club du Sahel1 a mis en place en 1985 un Réseau de Prévention des Crises Alimentaires (RPCA) ayant vocation d’informer la Communauté internationale sur la situation alimentaire de la région et de créer un espace de concertation sur les actions à mener.

Dans sa note du mois de janvier 2008
2, le RPCA revient sur les « enjeux liés à la hausse des prix alimentaires » qui atteint plus de 86% pour le blé en 2007, remettant directement en cause la sécurité alimentaire des Etats du Sahel et d’Afrique de l’Ouest. Il indique, par ailleurs, quelles pourraient être les mesures à prendre pour faire face à ce nouveau contexte.

S’il est effectivement nécessaire de surveiller l’impact que peut avoir l’envolée des prix des matières agricoles sur les régions d’Afrique, fortement tributaires de l’agriculture, il n’en reste pas moins que des retournements brutaux des prix sont à prévoir, comme le démontrent les premières simulations du modèle MOMAGRI. Dès lors, les mesures proposées, adaptées à un contexte de hausse des prix, ne pourront répondre à un changement de tendance en cas de baisse des prix mondiaux.

C’est pour cela qu’il faut compléter les propositions conjoncturelles par une analyse plus structurelle autour de la volatilité des cours des matières premières agricoles.



Beaucoup s’accordent à dire que les prix des matières premières resteront durablement élevés et que cette nouvelle donne est une « aubaine » pour les agriculteurs des pays en développement (PED) qui verraient leur revenu s’accroître. Or, cela revient à nier les effets négatifs que peut avoir cette flambée des prix sur les pays importateurs de produits agricoles, de même que l’impact sur le pouvoir d’achat des populations pauvres des PED et à exclure totalement l’idée que les cours puissent retomber du fait de la forte volatilité des prix agricoles.

La note du RPCA démontre, en effet, que cette période de hausse des prix a une forte incidence sur des Etats tels que « la Mauritanie, le Cap-Vert, le Sénégal et la Guinée-Bissau qui dépendent fortement des importations commerciales de riz et de blé pour leur sécurité alimentaire (…) Dans ces pays, la hausse des prix affectera les populations urbaines et les ménages ruraux en déficit alimentaire ».

Cette envolée est, selon le RPCA, par ailleurs entretenue par « les faibles niveaux de production » locaux dus au manque d’infrastructures, à la micronisation de l’offre, à un système agricole faiblement mécanisé et « la rétention des stocks de céréales en réaction à la campagne agricole marquée par des inondations et des sécheresses ». Ces handicaps constituent un frein majeur au développement de la plupart des pays d’Afrique.

Dans cette perspective, ces Etats sont « otages » des décisions prises sur les marchés agricoles internationaux et force est de constater qu’ils ne pèsent pas sur les négociations menées au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, malgré l’importance que ces dernières représentent pour leur développement.

Pour l’heure, le RPCA préconise plusieurs actions pour faire face à ce contexte de hausse, notamment « la constitution et l’utilisation de stocks vivriers, la promotion d’outils de gestion de crises pour assurer les approvisionnements, la mise en place de dispositifs d’information et d’alerte permettant de maintenir la vigilance sur les dynamiques de marché et le renforcement de la fluidité des marchés locaux de la région.

Bien que pertinentes ces mesures demeurent toutefois conjoncturelles et présupposent que les prix resteront durablement élevés. Or, les cours des matières premières agricoles sont très volatils, il est fortement probable que la situation se retourne, comme l’indiquent les premières simulations obtenues à partir du modèle MOMAGRI à l’horizon 2020 : la volatilité est d’autant plus forte que la libéralisation des échanges sans régulation est grande.

Il est donc essentiel de compléter ce type d’action par des mesures structurelles qui prennent en compte la volatilité des cours des matières premières agricoles. A défaut, il est fort à parier que le temps que ces actions soient effectives, le contexte international aura changé et l’efficacité de celles-ci deviendra quasi-nulle.





Il est essentiel de ne pas céder aux chants des sirènes : la hausse actuelle des prix agricoles ne doit pas occulter toutes les années où les cours des matières premières agricoles ont été bas. Ces derniers resteront volatils et cette caractéristique essentielle doit être intégrée dans les politiques alimentaires des Etats africains mais également américains et européens. Pour en finir avec les mesures nationales de « stop and go3 » qui n’apportent que des réponses court-termistes, il est nécessaire de disposer d’outils de simulation tels que MOMA le propose : le modèle MOMAGRI et l’agence internationale d’évaluation et de notation (agence NRA). La pérennité de l’agriculture ne trouvera pas son salut dans la logique du « tout marché » mais dans une approche globale qui prend la mesure d’enjeux tels que la sécurité alimentaire.

La rédaction du MOMA

1 Créé en 1976, le Club du Sahel est un forum actif où se rencontrent les États sahéliens regroupés au sein du CILSS (Comité Inter-états de Lutte contre la Sécheresse au Sahel) - Burkina Faso, Cap Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad
2 www.food-security.net//medias/File/NISA_17_Fevrier_2008_Final_FR.pdf
3 Cette stratégie consiste à relancer la production en période d’insuffisance de l’offre « Go » et à la freiner en cas de surproduction « Stop ».
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alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012