La croissance mondiale n’a jamais atteint de tels sommets. Mais derrière cet agrégat économique, se cachent des écarts de développement insoutenables, tant à l’échelle internationale, régionale qu’infranationale. Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, bien que destinées à faire reculer la pauvreté dans le monde, apparaissent incapables de réduire ces contrastes. Pire, leurs actions passées sont largement contestées et sont désignées par beaucoup de pays en développement comme responsables de leur situation économique déplorable. Aujourd’hui, des représentants des pays industrialisés viennent gonfler les rangs des contestataires. En Corée du Sud, la crise financière qui a secoué l’Asie en 1997 est d’ailleurs connue sous le nom de « crise du FMI ». Le Japon et la Chine avaient alors songé à la création d’un « FMI asiatique » pour éviter d’avoir recours à l’instance financière basée à Washington D.C. et de se soumettre aux conditionnalités d’ajustement structurel. Autre exemple célèbre ayant ébranlé les fondements même des célèbres sœurs jumelles de Bretton Woods : la crise argentine de 1998, qui a éveillé les critiques sur la pertinence de leurs interventions et a illustrer l’incapacité des institutions financières à prévenir et réguler adéquatement le système financier international1. Les pays dans le besoin préfèrent dès lors se tourner aujourd’hui vers les économies émergentes (Chine, Venezuela, Arabie Saoudite…) dont l’influence grandissante repose sur d’importantes réserves financières. Ils feront appel demain à des banques régionales nouvellement formées à l’image de la Banque du Sud2 . Les instances financières sont donc malmenées, et le compromis implicite d’après guerre, selon lequel la direction du FMI revient à l’Europe et celle de la Banque Mondiale aux Etats-Unis, ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. Dans le contexte d’évolution rapide des rapports de force à l’international dans lequel nous nous trouvons, ce mode de désignation semble en effet d’un autre âge. On peut espérer avec Kemal Dervis, administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) que « la redéfinition des missions et le rapprochement souhaitable des cousines éloignées de la famille onusienne [soit l’occasion] d’une plus grande cohérence de la gouvernance économique, sociale, mais aussi environnementale autour du concept clé de développement durable »3 . L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), de son côté, peine à conclure un Cycle de Doha uniquement focalisé sur les questions commerciales. Les Etats influents multiplient en parallèle les accords bilatéraux, et obtiennent ainsi les concessions, en particulier de la part des pays les plus pauvres, qu’ils ne parviennent pas à négocier multilatéralement. La FAO, qui vient de fêter ses 60 ans, ne bénéficie malheureusement pas d’une réputation beaucoup plus glorieuse. Selon la version préliminaire du rapport d’un groupe d’évaluation indépendant, publié en juillet 20074 , « l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation est au bord du gouffre » : elle souffre de l’absence de confiance de la part des Etats membres et doit réorienter ces priorités, repenser son mode de gouvernance et d’intervention pour faire « de l’emploi et de l’alimentation des générations futures » son objectif principal. La FAO est « une organisation d’une importance vitale rendant des services vitaux et fournissant des biens essentiels, mais aussi une organisation qui a un besoin urgent de réformes en vue de se renouveler, redonner confiance et espoir et accroître ses ressources ». Enfin, une Organisation des Nations Unies pour l’Environnement est appelée à voir le jour. Cette ONUE, comme il existe des organisations mondiales pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), pour la santé (OMS), aurait vocation à prendre la place, avec des pouvoirs et des compétences élargis, de l'actuel Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). A l’issue de la réunion regroupant des ministres de l'Environnement et des Affaires Etrangères de 22 pays à Rio au Brésil, « tous les intervenants se sont accordés pour reconnaître que les enjeux environnementaux actuels nécessitaient d'effectuer un saut qualitatif dans l'organisation de la gouvernance internationale de l'environnement » a relaté Jean Louis Borloo, le ministre français de l'Environnement, du Développement et de l'Aménagement Durables. On peut et l’on doit bien sûr se réjouir de la prise de conscience de l’urgence d’une meilleure gestion de l'environnement dans le cadre des Nations Unies et de l'octroi de ressources financières supplémentaires. Mais si beaucoup de champs semblent couverts, avec plus ou moins de succès, depuis la finance jusqu’à l’environnement, on est en droit de se demander : quand verrons-nous l’émergence d’une véritable gouvernance mondiale de l’agriculture à la hauteur des défis à relever ? Le MOMA n’insistera jamais assez sur la nécessité de ne pas laisser l’agriculture au second plan sur la scène internationale. Il plaide au contraire en faveur de l’ouverture de cette ère de réformes pour permettre la prise en charge effective des questions agricoles au sein d’une coopération renouvelée entre les Etats. La FAO, d’ailleurs, se prononce en ce sens, tout en soulignant le rôle qu’elle pourrait y jouer : « En matière de gouvernance mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, l’objectif stratégique de la FAO doit être de redevenir une voix faisant autorité au niveau intergouvernemental, pour pouvoir parler au nom des populations rurales, de ceux qui ont faim et de tous ceux qui ont intérêt à ce que l’agriculture joue son propre rôle dans l’économie »4. |
1 Lire à ce sujet la tribune de Jacques Carles, délégué général du MOMA, Quand la Banque Mondiale remet en question son propre modèle, publiée le 15 janvier 2007. Il y reprend les principaux résultats alarmants de l’audit de la qualité des études et des prévisions effectuées par la Banque mondiale. 2 Le 3 mai 2007 à Quito, les ministres de l’économie de six pays sud-américains - Argentine, Venezuela, Bolivie, Equateur, Paraguay et Brésil - se sont mis d’accord sur la création d’une Banque du Sud. C’est le nom donné à une nouvelle institution financière régionale latino-américaine, créée à l’initiative de l’Argentine et du Venezuela. Le Surinam et la Guyane pourraient prochainement se rajouter à la liste des pays membres. 3 Source : « Une gouvernance partagée est la seule possible », par Kemal Dervis, administrateur du PNUD, article publié dans le Figaro du 22 août 2007. 4 « FAO : Le défi du renouveau », www.fao.org/unfao/bodies/IEE-Working-Draft-Report/K0489F.pdf |