Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

G20 de Toronto : un sommet de transition



La rédaction de Momagri



Peu d’avancées concrètes, c’est ce que le monde retient du G20 qui s’est tenu au Canada le week-end du 26 et 27 juin.

Il est vrai que les précédentes réunions avaient été plus fructueuses. Né dans le chaos de la crise financière de 2008, sollicité par Nicolas Sarkozy pour y trouver des réponses urgentes, le G20 s’est notamment illustré lors des éditions de Londres et Pittsburgh avec la prise de décisions globalement consensuelles: des nouvelles règles de gouvernance des marchés financiers, une liste noire des paradis fiscaux, des ressources supplémentaires pour le FMI et la Banque Mondiale, entre autres. La priorité était de parvenir à mieux encadrer les dérives de la financiarisation des marchés qui avait provoqué en partie cette grande crise de début de siècle. Force est de constater que ces bonnes intentions n’ont eu que des effets limités.

En 2010, le contexte international a évolué : le plus fort de la crise est passé et une autre actualité est venue perturber l’agenda politique. Février 2010 a en effet été marqué par l’explosion d’une crise de la dette et une réévaluation importante du dollar par rapport à l’euro. Conséquence : une déstabilisation dangereuse de l’équilibre économique international et la prise de conscience générale du problème de la dette publique. Dès lors, l’urgence a glissé de la régulation des marchés internationaux à la réduction des déficits publics.

Cette nouvelle donne mondiale n’a pas été prise en compte par le G20 de Toronto sur les grandes questions relatives à la gouvernance et à la régulation internationale. Toronto serait donc un « G20 de transition » où cure de jouvence des finances des Etats et retour à la croissance semblent avoir remplacé la chasse aux comportements frauduleux de la finance internationale. Mais ce n’est qu’un consensus de façade qui s’est traduit dans le Préambule du Communiqué Final: « les pays qui sont confrontés à d’importants défis financiers doivent accélérer le rythme de l’assainissement de leurs finances publiques ». Ainsi, quarante-cinq heures de négociations ont été nécessaires pour s'accorder sur la nécessité de renforcer la reprise économique tout en réduisant les déficits publics de moitié d’ici 2013. C’est à la fois beaucoup sur les principes et très peu dans la pratique.

La question de la régulation des marchés financiarisés a été relayée au second plan. Peu d’avancées ont donc été réalisées à part quelques déclarations d’intention concernant les marchés des produits dérivés: « Nous nous sommes également entendus pour améliorer le fonctionnement et la transparence des marchés des produits de base », ont ainsi déclaré les Chefs d’Etat et de gouvernement.

Mais au-delà de cette deuxième déclaration d’intention, quid de l’insécurité alimentaire mondiale, quid de la régulation des marchés financiarisés et notamment agricoles qui sont hautement volatils ? Tout semble indiquer par exemple que les prix agricoles et plus particulièrement des céréales vont connaître dans les mois qui viennent une nouvelle augmentation. Malheureusement, le G20 qui est une instance internationale née de la globalisation des économies, donne l’impression d’attendre la survenance d’une crise pour prendre des décisions transitoires sans jamais attaquer le mal à sa racine. Il est vrai que passer d’un équilibre mondial issu de l’après-guerre à un nouvel équilibre avec des acteurs très différents est un challenge qui ne pourra pas être résolu en quelques années.
Alors, faut-il considérer que malgré leur apparente imprécision, les déclarations du G20 jalonnent le chemin vers cette nouvelle gouvernance mondiale ou faut-il, comme le font beaucoup, pointer du doigt l’attentisme et l’indécision ? L’avenir nous le dira.

Et force est de reconnaître que les temps de crise ont souvent été des périodes de gestation des grandes réformes. Mais pour que celles-ci se mettent en place durablement, il faut le temps et le recul nécessaire. Rappelons-nous la grande réforme du 20 ème siècle: la naissance des Nations Unies en 1945 qui fut l’aboutissement de décennies de tentatives politiques et d’une terrible guerre mondiale.

Aussi, les sujets abordés lors du G20 de Toronto correspondent aux problématiques de la période charnière actuelle qui voit d’un côté s’achever l’essentiel de la crise et de l’autre porte en elle les germes du renouveau en matière de gouvernance internationale.

Dès lors, et malgré des attentes parfois déçues, on ne peut qu’espérer des G20 futurs qu’ils continuent d’être l’antichambre d’une nouvelle grande réforme de la coopération internationale. A Séoul, en novembre, les chefs d’Etat et de gouvernement débattront probablement des modalités définitives de sortie de crise et établiront un premier bilan de l’efficacité des différents plans menés depuis les sommets fondateurs de Washington et Londres. Il serait souhaitable qu’en 2011 en France, le G20 propose des nouvelles règles mondiales concernant la régulation, notamment en matière agricole et alimentaire.
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alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 8 février 2012