Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

FAO, Banque Mondiale et FMI, s’inquiètent de l’inflation alimentaire



La rédaction de momagri



Depuis début 2011, les cours des matières premières agricoles flambent et sont extrêmement volatils. Conséquence : ces hausses se sont répercutées sur les prix de l’alimentation à travers le monde, mais ce sont les populations pauvres des Pays en voie de développement qui sont les plus vulnérables. Les organisations internationales s’en inquiètent et commencent à parler d’une même voix.


Rappelons le contexte : en février, les prix alimentaires ont connu un nouveau record historique. Selon d’indice des prix de la FAO, ceux-ci ont augmenté de 22% par rapport à janvier pour atteindre « le plus haut niveau depuis que la FAO a commencé à mesurer les prix alimentaires, en 1990 », affirme l’organisation onusienne. Cette hausse, qui touche plus spécialement les produits laitiers et les céréales, pourrait même être aggravée par la récente envolée des cours du pétrole. Or quand les prix alimentaires augmentent, ce sont les populations pauvres qui sont le plus touchées car elles consacrent une partie importante de leur budget à l’alimentation. Suite à l’envolée des prix agricoles de 2007-2008, la barre fatidique du milliard « d’affamés » dans le monde avait été franchie en 2009.

Dès le 11 janvier 2011, dans un entretien accordé au quotidien économique Les Echos, le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation des Nations Unies, Olivier de Schutter, ne cache pas son inquiétude : « Nous vivons aujourd'hui le début d'une crise alimentaire similaire à celle vécue il y a trois ans ». Selon lui, les zones les plus menacées sont les pays du Sahel, le Mozambique, l’Afghanistan et la Mongolie. Sans parler des « émergents » tels que la Chine ou le Brésil, qui connaissent actuellement l'inflation du prix des produits alimentaires la plus forte, en raison de la croissance de la demande intérieure.

Le 15 février, le Président de la Banque Mondiale Robert Zoellick a déclaré lors d’une conférence de presse à Washington : « Les cours mondiaux de l’alimentation menacent des dizaines de millions de personnes pauvres dans le monde », avant d’annoncer quelques jours plus tard que ce sont quelques 44 millions de personnes qui sont tombées dans la pauvreté depuis la nouvelle hausse des prix, et d’appeler à relancer la coopération internationale.

Le FMI s’est également exprimé via sa directrice des relations extérieures Caroline Atkinson qui a déclaré lors d’une récente conférence de presse: « Nous sommes extrêmement inquiets de la hausse des prix de l’alimentation, en particulier de ses répercussions sur les plus pauvres et les plus vulnérables, où qu’ils soient, notamment dans les pays à bas revenus mais pas seulement là ».

Traditionnellement, le FMI, qui est considéré comme le « gendarme » de la finance internationale, chargé de mettre en place des programmes d'ajustement structurels et d’aider les Etats touchés par une crise financière, n’intervient pas sur les questions d’insécurité alimentaire.

Aussi, cette prise de parole du FMI est-elle intéressante à plus d’un titre.

Tout d’abord, elle démontre que les enjeux agricoles, et plus particulièrement ceux liés à la volatilité des prix des matières premières agricoles, sont aujourd’hui considérés par l’ensemble de la communauté internationale, comme l’un des principaux problèmes à régler à court terme.

Ensuite, elle montre que toutes les institutions internationales sont concernées. Il existe en effet une réelle convergence entre elles. Toutes s’accordent à dire que la volatilité des prix des matières premières agricoles et l’inflation des prix alimentaires constituent un risque considérable pour l’ensemble des pays du monde, pays développés comme pays pauvres ou en voie de développement.

Enfin, elle souligne la prise de conscience pour la communauté internationale de l’urgence d’élargir l’actuelle gouvernance agricole mondiale à des institutions comme le FMI. Objectif : traiter des nouveaux enjeux agricoles que sont la financiarisation croissante des marchés et la maîtrise des mouvements spéculatifs sur les différents marchés de matières premières, qui ont un impact direct sur les équilibres économiques nationaux et régionaux en termes de maîtrise de la dette, de l’inflation et donc in fine, de croissance économique.

La période actuelle est donc un moment-clé car elle offre à la communauté internationale une opportunité sans précédent pour initier une refonte de la gouvernance agricole mondiale sur la base de compétences mieux coordonnées entre les différentes institutions internationales. Ce thème est au cœur des discussions menées dans le cadre du G20 et il est indispensable que la question de la création d’une organisation mondiale de l’agriculture y soit clairement posée. C’est tout l’objet de la seconde édition du « Dakar Agricole » qui se déroulera dans la capitale sénégalaise les 18 et 19 avril prochain, et qui débouchera sur des propositions utiles à la future réunion du G20 agricole prévue fin juin en France.
Haut de page
Paris, le jeudi 24 juillet 2014