Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Echapper au cycle de la faim : les chemins de la résilience au Sahel



Rapport commandité par le Groupe de Travail sur le Sahel,
Publié en septembre 2011 par Groundswell International



La région du Sahel est régulièrement touchée par des crises alimentaires, chacune d’entre elles contribuant à aggraver la vulnérabililité des populations. Suite à la crise de 2010, il est devenu particulièrement évident que seules des politiques de long terme sont en mesure de sortir la région d’une situation que certains experts ont qualifiée d’“urgence chronique”. Le rapport commandité par le Groupe de Travail sur le Sahel1 et publié par Groundswell International en septembre dernier, aboutit à cette même conclusion. La troisième partie de ce rapport, dont nous vous invitons à lire un extrait2, insiste notamment sur le fait que les systèmes actuels de prévention et d’atténuation des crises continueront à souffrir d’un manque d’efficacité tant que ne seront pas mis en place des mécanismes de régulation des marchés et de contrôle de la volatilité des prix agricoles.

La rédaction de momagri



L’examen des aspects liés au marché de la crise alimentaire de 2010 au Tchad établit clairement que les ménages très vulnérables ne peuvent pas compter sur les marchés pour assurer la disponibilité de la nourriture, ou pour empêcher la hausse spectaculaire des prix. Au-delà de l’aide alimentaire, d’autres formes d’intervention publique sont essentielles pour contrôler les prix très volatiles et réguler les marchés. Il existe d’importantes questions de coût, de distribution, de ciblage et de gouvernance à examiner. Un système national de stocks régulateurs est un instrument important pour répondre aux grandes défaillances du marché, assurer la distribution et réguler les prix.

Les marchés réagissent à la demande, pas au besoin. L’exemple du Tchad montre nettement que les marchés, quand ils fonctionnent, répondent à la demande et non pas aux besoins. La dépendance envers les forces d’un marché non régulé pourrait accroître la vulnérabilité et l’insécurité alimentaire des ménages pauvres à travers le Sahel.

Le rôle des réserves alimentaires. Les stocks alimentaires peuvent être un outil précieux pour améliorer l’accès et la distribution de nourriture et pour stabiliser les prix. Ils peuvent soutenir les petits exploitants agricoles du Sahel en les aidant à anticiper les prix de leurs marchés, et en contrant les forces du marché concentrées sur la vente et la distribution de céréales. Les stocks alimentaires peuvent contribuer à un meilleur fonctionnement des marchés locaux, nationaux et régionaux, où les ressources privées manquent. Les stocks de réserve permettent de compenser les déficits en devises étrangères (qui rendent les importations difficiles), atténuer les chocs de l’offre ou les pics de la demande, et faciliter la réponse humanitaire aux crises alimentaires. Les réserves peuvent également aider les pays à mieux faire face au changement climatique et à son impact sur la production et l’approvisionnement alimentaire.

Au Sahel, des stocks de sécurité alimentaire sont déjà en place pour accroître la disponibilité et l’accès aux denrées alimentaires des ménages vulnérables en période de crise alimentaire provoquée par la sécheresse ou d’autres catastrophes. Cependant, la plupart de ces réserves sont insuffisantes en taille, même pour les cas d’urgence, (en particulier au Tchad). En fait, ce qui fait défaut, c’est un supplément de stock de stabilisation des prix pour acheter des denrées alimentaires lorsque les prix sont bas, pour réduire l’offre et vendre lorsque les prix sont élevés, pour exercer un contrôle continu sur les prix du marché. Cela peut contribuer à protéger les revenus des agriculteurs et à atténuer l’effet des fortes hausses de prix sur les consommateurs. Toutefois, comme ce type de stockage impose de réguler les prix, ils sont politiquement moins acceptables que les stocks de sécurité. Les stocks régulateurs alimentaires de stabilisation des prix ont été abandonnés au Sahel depuis les années 1980.

Changement d’attitudes. Depuis la crise des prix alimentaires de 2008, il y a eu un changement majeur dans le débat sur la sécurité alimentaire et le rôle des stocks de nourriture. Initialement, le débat relevait essentiellement de positionnements idéologiques (être pour ou contre la régulation).Désormais, le discours reconnaît la nécessité des stocks, et se concentre davantage sur la faisabilité technique, politique et institutionnelle des instruments de régulation du marché, des stocks alimentaires principalement. Au Sahel, il y a une reconnaissance croissante du fait que les réserves alimentaires stratégiques pourraient jouer un rôle important pour réguler le marché, afin d’améliorer la sécurité alimentaire. Le Club du Sahel et d’Afrique de l’Ouest (CSAO) a entamé des discussions sur les réserves de sécurité, et a organisé un forum à la fin 2010 en Afrique de l’Ouest sur ce sujet. Le CILSS a mis en place un système d’information pour les réserves de nourriture CILSS et les États de la CEDEAO. L’agence de développement allemande GTZ a organisé un séminaire en Afrique, en septembre, sur les mécanismes de contrôle de la volatilité des prix, y compris les réserves alimentaires régionales, et les régimes d’assurance. Il reste néanmoins à élaborer une vision qui déterminera les modes de structuration d’un tel système, en particulier en s’appuyant sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Une grande leçon tirée de 2010 est que, tant qu’il n’y a pas de mécanismes de régulation des marchés et de contrôle de la volatilité des prix en place, les systèmes nationaux actuels de prévention et d’atténuation des crises alimentaires au Sahel resteront trop étriqués et inefficaces. Face aux prix élevés et aux défaillances du marché, les investissements en matière de RRC et l’utilisation des programmes de protection sociale, seront également limités.

Le potentiel et les limites des stocks alimentaires pour répondre à la volatilité des prix au Sahel ont besoin d’être analysés et testés au niveau régional, national et local. À court terme, la capacité de promouvoir la sécurité alimentaire pourrait être grandement améliorée tout simplement par le maintien de quantités bien plus importantes de denrées alimentaires dans les stocks nationaux existants, pour utilisation lors de la prochaine crise alimentaire.

1 Le Groupe de travail sur le Sahel (GTS) est un réseau inter-agence britannique qui opère au Niger, au Mali, au Tchad et au Burkina Faso. Il a été créé pour identifier et mettre en oeuvre des solutions face à la vulnérabilité et à la famine chronique qui affectent les communautés
2 Pour lire le rapport dans son intégralité: http://www.oxfam.org/fr/policy/echapper-cycle-faim-chemins-resilience-sahel
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Paris, le vendredi 1 août 2014