Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Droits et responsabilités liés à l'alimentation : Vivre dans un contexte de volatilité des prix alimentaires – Résultats de la deuxième année de recherche



Oxfam, IDS (Institute of Development Studies)



La mondialisation et la libéralisation progressive des échanges internationaux ne se sont pas traduites par les effets espérés en termes de recul de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. L’hypervolatilité des prix alimentaires a conduit à la constitution de « trappes à sous-développement » qui affectent la dynamique de développement des PED et fragilise tout particulièrement les agriculteurs qui constituent plus de 70% de la main d’œuvre de ces pays.

Une étude de quatre ans menée conjointement par l’ONG Oxfam et l’DS, sur l'incidence de la volatilité des prix des produits alimentaires sur la vie quotidienne mettent en évidence la réalité du droit à l'alimentation sur le terrain. Ces populations vulnérables des PED vivent ainsi quotidiennement les conséquences de ce contexte de volatilité des prix (impact sur la vie familiale, professionnelle, sociale…) malgré l'impression générale de la baisse des prix. Car en réalité, malgré des variations de prix à la baisse, les cours restent élevés par rapport aux années précédentes. Et la seule certitude dont on puisse pour l’heure attester est la nature volatile des marchés alimentaires et agricoles mondiaux.

Dans ce contexte, cette nouvelle synthèse, dont nous reproduisons ici un extrait
1, met en lumière le manque de responsabilité publique ainsi que l’incapacité des marchés à répondre à ces enjeux.

Pourtant, pour lutter contre la volatilité et l’insécurité alimentaire, il faut promouvoir une gouvernance mondiale fondée sur la régulation des marchés agricoles comme, condition sine qua non de leur développement. Car au même titre que l’énergie et l’eau, le secteur agricole est hautement stratégique et sera sans nul doute demain source de conflit et objet d’enjeux de pouvoirs.


La rédaction de momagri



Prix alimentaires globaux et nationaux

Servez-vous ! repose sur des observations datant de l'année dernière, qui présentent de manière toujours plus frappante les modes de vie des gens touchés par la volatilité des prix et les implications au niveau de leur bien-être et du développement. Le rapport de l'année dernière, Sous pression, faisait valoir que si les variations des prix alimentaires ne surprenaient plus les gens, ils ressentaient des pressions inexorables au niveau de la vie familiale, de la vie professionnelle et des relations sociales en raison des effets néfastes cumulés de ces variations. La récente flambée mondiale des prix étant encore bien présente dans les esprits, la perspective d'une hausse des salaires (en particulier dans certains pays et secteurs) ne suffit pas à faire en sorte que la population ne craigne plus la faim ; le sentiment tenace d'insécurité alimentaire et la crainte d'absence d'amélioration persistent.

La faiblesse de la responsabilité publique en matière de sécurité alimentaire ne serait pas aussi grave si la population avait l'impression que les marchés permettaient de garantir l'accès à des aliments de qualité. Toutefois, selon les recherches menées en 2013, les populations continuent de déplorer la volatilité et la hausse des prix des aliments. Cela surprendra les décideurs, car l'impression générale sur les marchés mondiaux était que les prix étaient en baisse, les niveaux de stock en amélioration et un optimisme (peut-être prématuré) était exprimé concernant la volatilité des prix, si prononcée depuis 2006, qui allait bientôt s'essouffler. Les indices composites de la FAO et de la Banque mondiale montrent qu'en 2013 les prix moyens mondiaux des produits alimentaires étaient inférieurs à ceux de 2012 ou 2011.

Les prix des denrées de base sont restés bas grâce à des conditions météorologiques et à des niveaux des stocks plutôt favorables, en particulier dans les principaux pays exportateurs. Le soja a constitué le seul groupe de denrées essentielles dont les prix ont augmenté. Ces chiffres s'expliquent aussi par le fait que le prix du pétrole, facteur important de la hausse des prix les années précédentes, n'a pas beaucoup augmenté d'une manière générale et que les prix des engrais ont chuté. Toutefois, malgré ces conditions favorables, les prix des produits alimentaires mondiaux sont restés élevés en valeurs réelles et nominales. À la fin de l'année 2013, les indices de la FAO et de la Banque mondiale ne se situaient encore que 14 et 17 % sous les niveaux les plus élevés jamais atteints.

Les prix des marchés nationaux reflètent en partie ces évolutions vers des prix stables et moins élevés que les années précédentes. Les prix sont toujours élevés comparés à ceux d'avant 2006, mais les chiffres nationaux de la FAO indiquent que la variation n'a été que peu prononcée en 2013 dans la plupart des pays de cette étude. Cependant, les prix locaux constatés dans les communautés faisant l'objet des recherches étaient souvent élevés, en hausse et inabordables. Les prix mondiaux, nationaux et locaux peuvent diverger pour les raisons suivantes :
    • les données relatives aux prix internationaux sont axées sur les aliments de base riches en glucides, mais les régimes alimentaires incluent des sources de protéines, de lipides et des aliments à densité élevée en micronutriments ;

    • les sources de données officielles s'intéressent souvent aux prix de gros plutôt qu'aux prix au détail. Comme nous l'avions constaté les années précédentes, les personnes pensent que les détaillants peuvent augmenter les prix, et qu'ils ne se gênent pas pour le faire, indépendamment des coûts sous-jacents ;

    • des facteurs particuliers et localisés, tels que des événements météorologiques, influent sur les prix des marchés locaux ;

    • les marchés locaux sont intégrés aux marchés mondiaux à divers degrés. Ainsi, le niveau de répercussion des prix des marchés mondiaux et nationaux sur les prix locaux est inégal (comme cela a été décrit plus en détail dans le rapport de l'année dernière, Sous pression).
À partir de l'étude des indices des prix à la consommation (IPC) et des prix des produits alimentaires, nous dressons un tableau très contrasté par rapport au panorama mondial. Les prix à la consommation et les prix des denrées alimentaires ont tous les deux augmenté dans les 10 pays depuis le début de l'année 2012, en particulier en Éthiopie et au Pakistan. Il n'y a qu'au Bangladesh que les prix des produits alimentaires ont augmenté plus doucement que les prix à la consommation.


1 Retrouvez l’intégralité de la synthèse en suivant ce lien http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/rr-help-yourself-food-price-volatility-year-2-050614-summ-fr.pdf


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Paris, le vendredi 17 novembre 2017