Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Compétitivité : rien n’est perdu



Thierry Pouch, Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA)



La France est la première puissance agricole européenne. Mais face à l’ambition affichée des Etats Unis, du Brésil ou de la Russie, dans un environnement non régulé, la compétitivité de l’agriculture française est fragilisée, y compris au sein même de l’Union européenne :

- Ainsi, la part de l’agriculture et des industries alimentaires dans l’activité économique française a chuté de plus de moitié depuis 1980, essentiellement à cause de la baisse des prix des produits agricoles depuis 25 ans.

- En 10 ans, la ferme France a perdu plus d’un quart de ses exploitations au profit de structures de plus grande taille.

- Enfin la France a perdu sa place de premier exportateur agricole et agroalimentaire de l’Union européenne et sur le plan international est passée de la place de second exportateur agroalimentaire, à la 5e place derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil.

Pour autant, Thierry Pouch, dans un récent éditorial que nous reproduisons ici
1, nous rappelle qu’il ne faut pas céder à la sinistrose. Certains secteurs agricoles français ont échappé à l’érosion, à l’instar de la viticulture. Une récente étude réalisée pour le compte de la Commission européenne montre ainsi que, dans le domaine des vins, la compétitivité des producteurs européens non seulement demeure forte, mais s’améliore, comparativement aux autres concurrents.

Comment alors étendre ce dynamisme et assurer un « destin commun » à l’ensemble des acteurs des filières agricoles françaises et européennes pour une meilleure compétitivité ? Dans son discours d'introduction, Phil Hogan avait rappelé que « seule une agriculture plus forte et plus compétitive, et la stabilité de nos agriculteurs, pourront assurer la sécurité alimentaire et générer de la croissance et de l'emploi ». Pourtant, la PAC que le Commissaire va devoir déployer pour les sept années à venir, n’est plus adaptée aux défis qui s’annoncent. Fort de ce constat, Momagri a adressé à l’ensemble des responsables politiques et agricoles européens une proposition qui vise à donner un nouveau cap stratégique à la PAC d’ici à 2020.


La rédaction de momagri



Le débat qui s’est installé depuis plusieurs années autour de l’érosion de la compétitivité de l’agriculture française n’est pas prêt de se tarir. On ne compte plus désormais les nombreuses études et les multiples diagnostics établis sur cette question de la compétitivité. On en trouve même, et c’est tant mieux, qui avancent que pour certains secteurs, la compétitivité reste intacte. Tel est le cas de la viticulture européenne et singulièrement française, selon une étude réalisée pour le compte de la Commission européenne.

La période récente aura été caractérisée par une vaste réflexion sur les facteurs ayant précipité le recul des parts de marché de l’agriculture française sur les marchés mondiaux. Deuxième exportateur mondial au début des années 1990, la France a été déclassée, rabaissée au cinquième rang par les Pays-Bas, l’Allemagne puis plus récemment par le Brésil. C’était poser ce faisant le problème de la compétitivité d’un secteur, d’une nation, par rapport à des concurrents. De colloques en expertises, beaucoup d’encre a coulé pour non seulement dresser un diagnostic, mais également pour détecter les leviers d’action destinés à inverser la tendance. Depuis, le secteur agricole et alimentaire français continue d’afficher des excédents confortables, comme en 2013 avec +11,5 milliards d’€, 2014 devant se situer en deçà, du fait notamment de l’embargo russe. Il s’agit d’un signe encourageant permettant de penser que, dans ce domaine, les performances sont encore loin d’être anéanties. Un solde commercial excédentaire ne fait pas pour autant la compétitivité sur longue période. D’autant plus que les concurrents sont nombreux et dotés de stratégies de conquête des marchés.

Une récente étude réalisée pour le compte de la Commission européenne montre que, dans le domaine des vins, la compétitivité des producteurs européens non seulement demeure forte, mais s’améliore, comparativement aux autres concurrents. De telles performances concernent au premier chef les vins en bouteille, alors que les vins en vrac subissent les assauts de la concurrence des pays du nouveau monde, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Etats-Unis.

Concernant la France, la compétitivité des vins en bouteille apparaît fondamentalement ancrée sur le haut de gamme, surtout sur les pays tiers.

Si l’étude aborde les facteurs clés de cette compétitivité, elle ne s’engage pas pour autant dans une réflexion approfondie sur ce qui fait et fera le succès des ventes sur ces pays tiers. Gageons que, dans la sphère viticole, la compétitivité n’est pas uniquement déterminée par le coût, mais doit bien renvoyer à des facteurs intimement liés au savoir-faire, à l’image des vins auprès des consommateurs des pays tiers, à l’organisation des filières, et à la variété des produits et des prix. En dépit d’une montée de la concurrence, les vins européens se portent donc plutôt bien. L’étude recommande toutefois de poursuivre l’exploration de nouveaux marchés, y compris dans des pays peu voire pas tout consommateurs de vins (Mexique, République de Corée…). De même, une meilleure coordination des politiques commerciales permettrait d’élargir les débouchés des vins européens.

Le maintien de la compétitivité du secteur viticole en France, et plus largement en Europe, passe donc par l’effet gamme. Pour les vins français, il s’agit d’une bonne nouvelle, d’autant plus que, à l’automne 2014, une autre étude, celle-ci provenant de l’USDA, indiquait que les consommateurs chinois buvaient davantage de vins et que leur préférence allait en priorité aux productions françaises, suivies loin derrière par les italiennes et les espagnoles. De quoi rassurer les acteurs du premier poste excédentaire de la balance commerciale agroalimentaire française, surtout à un moment où ils doivent se préparer à entrer dans une phase incertaine, celle de la dérégulation de leur marché. Le constat dressé sur la compétitivité des vins européens arrive à point nommé, le secteur agricole ayant grand besoin en ce moment de bonnes nouvelles.


1 Retrouvez l’intégralité de l’article en suivant ce lien
http://www.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/thematiques/Economie/LetEco1412_02.pdf



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Paris, le lundi 25 septembre 2017