Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Terre-net
  Article  
 

Changement climatique :
Le défi du siècle pour l'agriculture mondiale



Arnaud Carpon, Terre-net Média


Article paru dans Terre-net Média



Lundi 30 novembre et pour une dizaine de jours s'ouvrira au Bourget la COP21, conférence mondiale sur le climat. A la fois responsable et source de solutions, l’agriculture devra rapidement, partout dans le monde, se plier aux contraintes plus ou moins connues, imposées par l’indispensable maîtrise de la température de la planète.

Depuis plusieurs années, les experts sont unanimes : les aléas climatiques extrêmes, plus fréquents, impacteront négativement les rendements agricoles. Critiquée pour son faible engagement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre (Ges), l’Australie par exemple, 4e exportateur mondial de céréales, risque d’être très pénalisée.

Se basant sur l’hypothèse raisonnable d’un réchauffement de 3 °C d’ici la fin du siècle, le Climate institut australien envisage ainsi une chute de 90 % des possibilités d’irrigation dans le bassin de Murray-Darling, le grenier à grains du pays.

Alors qu’arrive l’heure ultime pour s’engager à limiter la hausse du thermomètre, le phénomène climatique El Niño est de retour après quelques années d’absence. Il surenchérit, à juste titre, les craintes pour le potentiel agricole australien. « La sécheresse a déjà entraîné à la hausse les prix du riz, du blé et du maïs, constate Corey Watts, responsable du Climate Institute pour la région de Melbourne. Si rien n’est fait, l’Australie pourrait finalement devenir d’ici 2050 un importateur de blé. »

Si les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles dans un pays comme l’Australie, c’est dans les régions les plus pauvres, en Afrique notamment, qu’il sera probablement le plus marqué. 60 % de la population africaine tire ses revenus de l’agriculture. L’accumulation des sécheresses et la moindre disponibilité en eau fragiliseront inévitablement la capacité du continent à nourrir ses habitants.

Selon le Giec, « le changement climatique à venir aura certainement des incidences négatives sur les rendements de la majorité des céréales cultivées en Afrique, avec une variabilité régionale très importante ». « Une diminution de 8 % des rendements céréaliers moyens en 2050 est souvent citée par les experts », ajoute la fondation Farm.

En Afrique de l’Ouest, la baisse pourrait atteindre 25 % pour le maïs et le mil, et jusqu’à 50 % pour le sorgho ! Ces chutes de rendements pourraient par ailleurs engendrer une diminution des productions animales dans les mêmes proportions. Vu la forte croissance démographique envisagée d’ici 2050, la dépendance alimentaire du continent va se renforcer fortement. Pour atténuer ces effets, la hausse des rendements est une priorité.

La fondation Farm rappelle d’ailleurs que des progressions supérieures à 2 % par an sont possibles, comme en Europe de l’Ouest et en Asie du Sud-Est dans les années 60 à 80. Comment ? Grâce à des marges de progrès énormes à tous niveaux : augmentation de la fertilité des sols, utilisation de semences améliorées ou adoption de méthodes culturales plus intensives.


Agir sur la fertilité des sols

Mais l’accès aux intrants reste sans aucun doute l’option la plus efficace dans la situation d’urgence que connaît l’Afrique. Pour accroître la productivité de la terre, les acteurs agricoles devront aussi combler partiellement le retard accumulé dans les infrastructures d’irrigation.

La meilleure productivité des parcelles agricoles n’est pas la seule clé. Si la lutte contre le gaspillage alimentaire s’avère, en France et dans les pays développés, l’une des réponses à l’enjeu climatique, elle l’est d’autant plus en Afrique !

Le continent concentrerait à lui seul 23 % des pertes mondiales de calories alimentaires végétales, alors qu’il ne représente que 13 % de leur consommation. Réduire de moitié les pertes post-récolte augmenterait de 24 % la disponibilité journalière en calories pour les Africains.

Dans l’hémisphère Nord, aux États-Unis, l’agriculture risque également de souffrir sensiblement de l’emballement des températures. D’ici 2050, « il pourrait bien y avoir, chaque année, 52 journées supplémentaires de "grosse chaleur", c’est-à-dire au-dessus de 35°C », expliquent différentes études américaines. « Soit deux à trois fois la moyenne des 30 dernières années ». De quoi pénaliser les rendements de la Corn Belt.

La répétition des sécheresses a fait réagir les autorités. Pour que le secteur agricole, entre autres, s’adapte au changement climatique, Barack Obama a lancé début 2015 un plan d’un milliard de dollars. L’USDA (département américain de l’agriculture) s’appuiera sur des centres régionaux sur le climat pour « traduire la science et la recherche en renseignements pour les agriculteurs et les exploitants forestiers, leur permettant d’ajuster leurs activités ». Le but : décliner sur le terrain huit domaines d’actions. Les pistes privilégiées sont identiques à celles mises en avant en France. Il s’agit en particulier de développer la méthanisation dans les élevages et « d’améliorer la santé des sols ».

Pour séquestrer plus de carbone, l’USDA prévoit notamment d’étendre le non-labour à 40 millions d’hectares d’ici 2025. Une séquestration plus efficiente du carbone apparaît d’ailleurs comme la principale solution pour que l’agriculture contribue à lutter contre le réchauffement.


Favoriser toutes les formes de couverts végétaux

À l’échelle planétaire, il y a 2,6 fois moins de carbone dans les sols que dans l’atmosphère. Et le potentiel de séquestration de carbone des terres agricoles d’ici 2030 est estimé à 2,9 gigatonnes de CO2 par an, soit une compensation de 10 % de nos émissions actuelles.

Depuis plusieurs mois, dans le cadre de la Cop21 et de "l’agenda des solutions", Stéphane Le Foll défend bec et ongles le projet "4 pour 1 000" de l’Inra : avec 4 pour 1 000 grammes de CO2 en plus chaque année dans les sols, nous pourrions compenser l’ensemble des rejets annuels mondiaux de gaz à effet de serre. « Plus on couvre les sols, plus ils deviennent riches en matière organique, et donc en carbone. En dehors des forêts, il faut favoriser le couvert végétal sous toutes ses formes », insiste le ministre.

Au cours et à la suite de la conférence mondiale sur le climat, donner une envergure internationale à ce projet constitue l’un des objectifs majeurs du ministre.


Objectifs Cop21

Par rapport à ses concurrents agricoles, l’Europe plus royaliste que le roi ?

S’érigeant en exemple de la lutte contre le réchauffement climatique, l’UE s’est fixé un objectif ambitieux, nettement supérieur à celui des principaux producteurs et exportateurs agricoles : réduire de 40 % d’ici 2030 les émissions de Ges par rapport à 1990.

Les États-Unis s’engagent eux à diminuer leurs rejets de 26 à 28 % d’ici 2025, mais en prenant 2005 comme référence. Or, avec 2007, c’est l’une des deux années durant lesquelles les Américains ont émis le plus de CO2. Entre 1990 et 2005, ils ont augmenté leurs émissions de 22 % alors que, sur la même période, l’Europe a atténué les siennes de 8 %.

L’Australie aussi fait l’objet de critiques sur ses engagements, à savoir une réduction de 26 à 28 % à l’horizon 2030. Un objectif comparable à celui des États-Unis, mais avec cinq ans de plus pour y parvenir. Les spécialistes pouvaient s’attendre à mieux de la part d’une grande puissance agricole parmi les plus émettrices par rapport à sa population.

La Russie, elle, entend limiter ses rejets de CO2 de 25 à 30 % d’ici 2030 par rapport à 1990. Un chiffre relativement élevé que le pays pourra atteindre grâce à son immense surface forestière. Quant à la Chine, elle connaîtra son pic d’émissions d’ici 2030. Mais le pays, qui concentre à lui seul plus de 23 % des rejets planétaires, compte baisser leur niveau de 60 à 65 % par point de PIB, pour tenir compte de l’accroissement à venir de sa population.


Terre-net
Haut de page
Paris, le samedi 23 septembre 2017