Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Canicule sur les marchés financiers



Thierry Pouch,

Assemblée Permanente des Chambres d’agriculture (APCA)



La Chine éternue et le monde s’enrhume... la chute continue de la Bourse chinoise, la dévaluation du yuan et le ralentissement de la croissance chinoise, ont fait trembler les principales places financières occidentales. Pour le secteur agricole, ce ralentissement a engendré un repli quasi-généralisé des prix des matières premières et signifie finalement moins de débouchés pour les exportateurs mondiaux. Car on le sait, l'empire du Milieu est le principal acheteur de matières premières de la planète et les cours de certaines matières premières agricoles sont intrinsèquement liés aux soubresauts économiques chinois. La Chine est ainsi devenue en 2012 le premier importateur de produits laitiers et achète depuis environ 10% de la production mondiale.

Pour Thierry Pouch, dans un éditorial que nous reproduisons ci-après
1, cette situation anxiogène ne saurait se résorber dans l’immédiat. La crise financière chinoise aura largement impacté les principales places boursières, également destabilisées par les hésitations de la politique monétaire américaine. Pour les agriculteurs français, précise Thierry Pouch, cette situation est particulièrement handicapante. Déjà contraints par l’atonie du marché intérieur et les conséquences de l’embargo russe, voilà que les marchés extérieurs, à l’instar de la Chine, ne sont plus les débouchées hier jugés salvateurs.

Il ne reste plus qu’à ésperer qu’un sursaut au niveau politique accompagne les agriculteurs français et européens vers une sortie de crise et l’adoption de stratégies à la mesure des enjeux qui sont les leurs.


La rédaction de momagri



L’été 2015 aura été particulièrement chaud et pas seulement d’un point météorologique. La dévaluation du Renminbi, reflet du ralentissement de la croissance chinoise, a semé une panique boursière comme on n’en avait point connu depuis 2008. Cette contraction de la croissance chinoise était pourtant anticipée. Le problème est que, devenue effective, elle affole les acteurs financiers, au regard notamment de ses effets induits le secteur agricole est concerné.

Depuis plusieurs mois, les grands instituts de conjoncture, à commencer par le FMI, indiquaient que la croissance mondiale était fragilisée par le ralentissement des pays émergents. Jusqu’ici, ce sont en effet eux qui tiraient cette croissance, et singulièrement la Chine, dont le marché absorbait une part importante du commerce mondial, et dont le dynamisme des exportations permettait d’éloigner le spectre d’une contraction significatif des échanges de marchandises. Avec une croissance se situant en moyenne au-dessus de 10 % l’an, l’économie chinoise avait effectivement de quoi exercer des effets d’entraînement sur le reste du monde. Mieux encore, avec un rythme aussi effréné d’industrialisation, la Chine s’était portée acquéreur de nombreuses matières premières, propulsant leurs prix vers de niveaux rarement atteints.

L’annonce surprise de la dévaluation du Renminbi (ou Yuan) a mis au jour les doutes quant à la robustesse de cette croissance. Les prévisions vont désormais bon train, certains estimant que la Chine devrait tomber aux alentours de 5-6 %, d’autres, plus radicaux, annonçant une croissance de 4% seulement. La dévaluation de la devise chinoise a agi comme un aveu de la contraction de l’activité de l’Empire du Milieu. Il n’en fallait pas moins aux marchés financiers pour dévisser. En deux jours, Shanghai a perdu 16 %, et le CAC 40 à Paris a plongé de 9 % en séance. En dévaluant, Pékin entend bien relancer ses exportations et engranger quelques points de croissance supplémentaires, afin d’endiguer notamment toute contestation sociale. C’est paradoxal, dans la mesure où l’on attendait plutôt un recentrage de l’économie sur la demande interne. L’aveu de la contraction du PIB chinois signifie moins d’importations, et par voie de conséquence moins de débouchés pour les exportateurs mondiaux, à commencer par ceux qui produisent des matières premières.

Toutes les économies qui avaient fait des exportations de leurs produits de base un socle de leur croissance en seront pour leur frais. A commencer par le Brésil qui, empêtré dans une contestation sociale grandissante, une corruption endémique, vient de rentrer pour la première fois depuis six ans en récession (près de -2 % au cours du second trimestre). Quant à la Russie, la violence de la récession confirme les prévisions énoncées à la fin de l’année dernière.

La mauvaise posture dans laquelle se trouve l’économie chinoise a engendré un repli quasi-généralisé des prix des matières premières, de nature à contredire les projections antérieures selon lesquelles les marchés se situeraient sur une tendance haussière durable. Depuis le début du mois de juillet, le cours du baril de pétrole a perdu à New York 30 %, tombant à 42 $. A moins que la dévaluation du Renminbi, en tirant vers le haut les exportations, ne parvienne à maintenir la demande chinoise de produits de base, on ne voit pas comment les prix pourraient se redresser. A cela il convient d’ajouter que la politique monétaire américaine reste floue, incertaine, entretenant l’anxiété des investisseurs.

Les agriculteurs français ? Ils n’avaient vraiment pas besoin de cela. Eux à qui l’on a cessé de dire qu’il convenait de se préparer à s’implanter sur le marché chinois, peuvent légitimement s’interroger sur la pertinence et la durabilité d’une telle stratégie. Le marché intérieur européen étant encore atone, l’embargo russe, maintenu jusqu’en 2016, bloquant toute perspective de débouché, voilà maintenant l’économie chinoise qui vacille. Pas de quoi réjouir les producteurs français, et encore moins les éleveurs. La crise était, nous avait-on dit, derrière nous. Et si elle était plutôt devant nous ? Que la Chine, convertie à l’économie de marché, connaisse à son tour une crise prouve que le capitalisme mondial est manifestement paralysé.


1 Retrouvez l’intégralité de l’éditorial en suivant ce lien
http://www.chambres-agriculture.fr/outils-et-modules/actualites/article/lettre-economique-n-354-s/



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Paris, le samedi 23 septembre 2017