Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Agriculture et alimentation, priorités stratégiques pour les BRICS



La rédaction de Momagri



Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) représentent 23% du PIB mondial en 20171 ainsi que la moitié de la population mondiale. Malgré les difficultés économiques rencontrées par la Russie et le Brésil, leur poids dans l’économie mondiale n’a cessé de s’affirmer cette dernière décennie.

Après l’organisation de premières rencontres dès 2006, les BRIC (sans l’Afrique du Sud qui rejoint le groupe en 2010) tiennent leur premier Sommet à Ekaterinbourg (Russie) en 20092. Ce groupe de pays émergents (que certains considèrent « émergés ») a, depuis, pour ambition de s’affranchir des institutions d’influence occidentale, nées des Accords de Bretton Woods, comme le FMI, l’OMC ou la Banque Mondiale. S’inscrivant dans une vision multipolaire de la gouvernance mondiale, leur objectif est de « promouvoir le dialogue et la coopération entre [leurs] pays d'une manière progressive, proactive, pragmatique, ouverte et transparente » et ce « au service des intérêts communs des économies émergentes et des pays en développement, mais aussi à la construction d'un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune3 ».

Dans l’optique du 8e Sommet des BRICS qui se tiendra dans la ville de Xiamen en Chine en septembre 2017, les ministres de l’Agriculture de ces cinq pays se sont réunis le 19 juin dernier. L’occasion de réitérer la place stratégique de l’agriculture et de la sécurité alimentaire pour des pays qui considèrent ces enjeux comme constitutifs de leur sécurité nationale et qui prennent une place croissante dans les échanges agricoles internationaux.

La déclaration commune4 à l’issue du sommet précise que « l’agriculture a une importance stratégique » et qu’il convient de « faire mieux fonctionner les marchés peut contribuer à réduire la volatilité des prix et accroître la sécurité alimentaire ». Il sera alors possible de créer « les conditions d'approvisionnement alimentaire en facilitant le commerce des produits agricoles et des investissements ». Le programme brésilien « Faim zéro » est cité en référence comme stratégie pour résoudre des problèmes de malnutrition.

De plus, prolongeant les initiatives nées du G20 de 2011, les BRICS insistent sur « l’importance de systèmes de surveillance et d’alertes précoces renforcées » en vue de prévenir de prochains désastres et crises. A ce titre, la déclaration revient sur la création du « Système de Base d’Echange d’Information Agricole (BRICS Agricultural Information Exchange System ou BAIES) » en 2015, homologue du système AMIS (Système d'information sur les marchés agricoles) créé dans le cadre du G20 et hébergé à Rome. La coopération en matière de recherche agronomique est également soutenue via la création d’une « Plateforme de Recherche Agricole (Agricultural Research Platform ou ARP) » en 2016. Cette plate-forme vise à « promouvoir la sécurité alimentaire, le développement agricole durable et la réduction de la pauvreté grâce à une coopération stratégique dans l'agriculture parmi les pays membres5. Au-delà des déclarations parfois incantatoires, mais propres à ce type d’exercice diplomatique, les BRICS montrent ainsi qu’ils concrétisent leur mobilisation. C’est également le cas de la New Development Bank6 inaugurée en juillet 2015, autre exemple de la coopération Sud-Sud.

Alors que le G20 peine à organiser des ministérielles agricoles à chaque présidence, les BRICS continuent sur leur lancée dans une approche liant directement et explicitement agriculture et alimentation. Représentant à eux seuls 45% de la production agricole mondiale7, la dynamique des BRICS leur permet de forger une vision commune des enjeux autour de l’agriculture qui rejaillit sans doute dans les positions de chacun de ses membres dans les différentes enceintes internationales. On pense bien évidemment au G338 et à son porte-étendard l’Inde, l’un des principaux acteurs de la remise en cause des règles agricoles dans l’enceinte de l’OMC, et qui a pris le rôle, en une décennie, d’aiguillon, en lieu et place du groupe de Cairns9 aujourd’hui en net retrait.


1 http://english.agri.gov.cn/news/dqnf/201706/t20170619_283073.htm
2 http://infobrics.org/page/history-of-brics/
3 Sommet Bric, Ekaterinbourg, 16 juin 2009.
4 http://english.agri.gov.cn/news/dqnf/201706/t20170619_283073.htm
5 http://brics2016.gov.in/upload/files/document/57ebb51ab41a9BRICSJointDeclaration.pdf
6 http://www.ndb.int/
7 http://www.leap2020.net/euro-brics/2016/09/29/brics-research-agriculture/?lang=en
8 Ce groupe de quarante-six Pays en voie de Développement, cherche à modifier les règles du commerce international de produits agricoles qui pourraient les contraindre dans leur stratégie de stabiliser ses prix intérieurs.
9 Lire sur ce sujet le descriptif qui en est fait sur le site internet du groupe de Cairns
http://cairnsgroup.org/Pages/Introduction.aspx



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Paris, le dimanche 24 septembre 2017