Par Bastien Gibert, conseiller du MOMA IPSOS Public Affairs a réalisé en Novembre 2006 une étude qualitative intitulée « L’avenir de l’agriculture : regards croisés agriculteurs – consommateurs » pour le compte du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, concernant la perception et la vision des consommateurs et des agriculteurs sur les défis alimentaire, écologique et économique auxquels l’agriculture doit faire face. Cette étude est riche d’enseignements car elle souligne l’absence de coopération entre les différentes parties prenantes en France et en Europe pour un secteur stratégique comme l’agriculture. Il existe en effet de grandes disparités entre les perceptions du grand public, des consommateurs, des agriculteurs, et du monde politique, sur les multiples enjeux de l’agriculture. Mais surtout, cette étude révèle l’absence de propositions concrètes pour sortir l’agriculture de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Cela dénote une tendance au désintérêt face à l’avenir du secteur agricole en Europe, ce qui revient à légitimer la position de ceux qui considèrent l’agriculture comme une « variable d’ajustement » alors que nous savons tous bien qu’il s’agit d’un secteur stratégique. C’est pour cela que l’action du MOMA est essentielle, car les travaux qu’il mène depuis Décembre 2005, tout comme les propositions qu’il fait, constituent un cadre d’action cohérent pour répondre aux attentes des consommateurs et des agriculteurs, ainsi qu’aux enjeux stratégiques qui sont ceux de l’agriculture. L’étude réalisée par l’institut IPSOS Public Affairs auprès des consommateurs et des agriculteurs démontre que la vision globale de l’agriculture et des enjeux qui sont les siens est déphasée par rapport à la réalité. En effet, selon cette étude, le grand public et les consommateurs considèrent l’agriculture « comme une industrie comme une autre, soumise aux mêmes aléas ». L’agriculture est spécifique : Cette situation démontre que l’ensemble des caractéristiques du secteur qui font de l’agriculture un secteur totalement spécifique ne sont plus connus et que cela handicape fortement la communication du monde agricole, tout en étant probablement la conséquence d’une communication inadaptée de celui-ci. Car, contrairement aux autres secteurs économiques, le secteur agricole est caractérisé par une très forte volatilité des prix (de 1 à 35 pour le sucre !), dont l’origine se trouve dans la conjonction de trois facteurs : > Les aléas climatiques, > La structure imparfaite des marchés agricoles : il existe un décalage structurel entre l’offre et la demande, du fait de la rigidité de l’offre (longueur des cycles de production, micronisation de l’offre, facteur terre non délocalisable), des difficultés de stockage et des mouvements spéculatifs. > La coexistence de trois types de risque, quant à l’incertitude des agriculteurs sur la quantité et la qualité de leur production, et le prix auquel ils pourront finalement la vendre. De plus, les prix mondiaux des matières premières agricoles ne reposent sur aucun fondement économique, traduisant la structure de coûts, d’offre et de demande. Ils résultent uniquement d’une stratégie du moins-disant à l’échelle mondiale, en s’alignant sur les prix les plus bas, même si ces derniers sont obtenus grâce à un dumping social et environnemental. L’agriculture est stratégique : Et, en soulignant que les consommateurs tout comme le grand public considèrent que « l’agriculture ne fait plus partie de la chaîne alimentaire » et que « sa fonction principale doit être la gestion des territoires », le rapport révèle une profonde méconnaissance des enjeux de l’agriculture, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux : > Faire face aux besoins alimentaires futurs d’un monde qui comptera 9 milliards d’habitants en 2050 contre 6 milliards aujourd’hui, et lutter contre la famine et la pauvreté. > Assurer un développement durable et préserver l’environnement. > S’intégrer de manière équitable dans un système commercial international fondé sur un marché régulé. Il n’est donc pas étonnant, dans ces conditions, que les personnes sondées fassent des recommandations inadaptées, en souhaitant promouvoir une agriculture mondiale bipolaire, caractérisée par « une élite européenne qui fera de la qualité, au sein de laquelle la France devrait occuper une place importante, les agriculteurs du reste du monde s’occupant de « nourrir la planète en produisant de manière quantitative et standardisée ». Car, outre les grands dangers que de telles recommandations impliquent en termes de souveraineté alimentaire et de sécurité d’approvisionnement, ce n’est pas en se recentrant sur une production de qualité, par définition marginale, que les agriculteurs dégageront durablement un revenu suffisant pour vivre de leur production, ni même que les consommateurs pourront s’assurer d’un niveau élevé de sécurité alimentaire. Cette situation révèle que la problématique centrale, qui est celle d’un prix rémunérateur pour l’agriculteur dans un contexte de mondialisation et de libéralisation des marchés agricoles internationaux, est totalement occultée. Telle est pourtant la grande question à laquelle personne n’arrive à répondre aujourd’hui … et qui est essentielle pour l’avenir de l’Europe, et plus généralement pour l’équilibre alimentaire mondial. L’action du MOMA : C’est pour cela que l’action que le MOMA mène depuis 2005 est fondamentale : > Réinformer le monde agricole et non agricole sur les spécificités et les enjeux stratégiques de l’agriculture afin d’endiguer la désinformation et le manque de communication qui contribuent à faire de l’agriculture un secteur économique de second plan. > Proposer des stratégies de sorties de crise concrètes, crédibles et d’envergure, en construisant les conditions d’émergence d’une gouvernance mondiale de l’agriculture dans l’objectif d’initier une libéralisation régulée des échanges agricoles internationaux. > Permettre aux agriculteurs de vivre de leur production en replaçant la logique de « prix rémunérateurs » au cœur du fonctionnement des marchés agricoles. Par cette voie, le MOMA réconciliera les attentes des consommateurs, des agriculteurs et du monde politique autour d’une vision stratégique de l’agriculture. Les consommateurs bénéficieront ainsi de produits de qualité, variés, à des prix économiquement justifiés. Les agriculteurs percevront pour leur part des prix rémunérateurs, et moins volatils. Les Etats pourront enfin garantir un certain niveau de sécurité alimentaire et d’approvisionnement. L’action du MOMA permettra ainsi d’atteindre les grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui sont visés par la communauté internationale, grâce à l’ensemble des effets positifs induits par un mécanisme de prix régulés et une libéralisation responsable des échanges agricoles : > Les pays membres de l’OMC, et notamment les PED, bénéficieront d’une plus grande équité dans les échanges agricoles internationaux. > Les situations de famine et de pauvreté, provoquées par la baisse tendancielle et la forte volatilité des prix agricoles, seront combattues. > Le tissu rural sera maintenu dans la plupart des régions du monde. > Le dumping social et environnemental sera combattu. > La santé publique dans les PED sera améliorée. Ce sondage révèle donc que les agriculteurs ne sont pas compris, ni même entendus par les consommateurs et le monde politique, sur les défis qui sont les leurs. Les organisations agricoles n’arrivent plus à mobiliser le monde agricole autour d’une vision motrice, comme cela était le cas durant les années 1960, ni à faire comprendre l’urgence de passer un « contrat avec le futur », tant au niveau de la recherche qu’à celui de l’équilibre de l’ensemble de notre société. Nous sommes cependant convaincus que notre action, couplée avec celle d’autres personnalités qui intègrent l’agriculture comme un des facteurs majeurs de l’avenir, atteindra ses objectifs et les fera sortir de l’isolement. |