Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

« Régulation des marchés financiers agricoles : faux débats et vrais enjeux »
Compte-rendu du colloque organisé par Pluriagri



La rédaction de momagri



Le 2 novembre dernier, Pluriagri1 a organisé un colloque sur le thème « Régulation des marchés financiers agricoles : faux débats et vrais enjeux ». Dans le contexte actuel de forte volatilité des prix agricoles et de financiarisation croissante des marchés, différents experts sont intervenus sur les enjeux liés à la question complexe de la régulation des marchés agricoles. Face à une assemblée nombreuse constituée d’experts, de journalistes et de personnalités du monde agricole, et parmi les différents thèmes qui ont été abordés, deux idées forces ont émergé des débats qui méritent d’être approfondies du fait de leur importance dans les débats actuels relatifs à la PAC et au G20 : Accroître la transparence sur les marchés et réguler conjointement les marchés agricoles physiques et à terme.


Accroître la transparence sur des marchés de plus en plus complexes

Au cœur des débats du G20 cette année, le problème de la volatilité des cours alimente également les réflexions dans le cadre de la réforme de la PAC en Europe et du Farm Bill aux Etats-Unis. Parmi les nombreux facteurs explicatifs qui peuvent être avancés, la financiarisation récente mais croissante des marchés agricoles est de plus en plus mise en avant, même si la plupart des experts soulignent la complexité unissant ces deux phénomènes. Ils n’en concluent pas moins sur la nécessité de renforcer la régulation des marchés agricoles financiarisés. Les discussions qui ont eu lieu lors du colloque organisé par Pluriagri se sont inscrits dans cette même dynamique.

Appuyant les conclusions du G20 agricole du mois de juin dernier, qui a souligné la nécessité d’accroître la qualité, la fiabilité et l’exactitude de l’information sur les marchés agricoles par l’instauration du Système d’Information sur les Marchés Agricoles, Jean Cordier, Professeur Agrocampus Ouest, Nicolas Habert, consultant sur les questions de finance internationale, et Wayne Smith, adjoint au service de la régulation des marchés au sein de l’Autorité des Marchés Financiers, ont insisté sur les risques liés à cette opacité et sur les difficultés que celle-ci faisait peser sur le travail des régulateurs.

Dans le cadre de marchés et de produits de plus en plus complexes, il est en effet absolument impératif de mieux connaître les mécanismes à l’œuvre ainsi que les acteurs impliqués. Dans ce cadre, une classification des intervenants sur les marchés s’avère essentielle, à condition, comme l’a rappelé Jean Cordier, que celle-ci soit pertinente. La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’agence fédérale américaine chargée de la régulation des marchés des matières premières, opère déjà une classification par types d’intervenants. Soulignons enfin qu’il est impératif que cet effort de transparence ait lieu parallèlement sur les marchés de gré à gré très peu réglementés, qui représentent pourtant plus de 80% des transactions agricoles.

Réguler les marchés financiers agricoles : une nécessité dont les modalités restent incertaines

Mais limiter durablement la volatilité des cours nécessite d’aller au-delà de mesures visant à accroître la transparence. Si tous les experts présents lors du colloque se sont accordés sur le besoin de renforcer la régulation des marchés agricoles, leurs opinions ont divergé quant aux formes que celle-ci devrait prendre.

Dans ses recommandations, le communiqué final du G20 agricole était resté assez flou sur les mesures précises à mettre en place, évoquant la possibilité d’instaurer des limites de position, à l’instar de la CTFC2, afin de lutter contre les manipulations et les abus de marché. Les experts invités au colloque Pluriagri ne se sont pas accordés sur la pertinence de ces limites de position, même si globalement la plupart d’entre eux se sont prononcés en leur faveur.

Concernant les autres modalités d’intervention, plusieurs pistes ont été proposées lors du colloque, telles que la création d’une Autorisation de Mise en Marché Mondiale afin de surveiller plus efficacement les opérations, ou encore l’enregistrement des professions autorisées à intervenir sur les marchés à la fois physiques et financiers. Etant donné la complexité d’un tel dispositif et des objectifs visés - développer une régulation à la fois efficace, souple et adaptative, permettant aux marchés de conserver leur liquidité et de jouer pleinement leur rôle de couverture de risque -, il n’est pas surprenant qu’aucune mesure phare ne se soit imposée.

A ce titre, il est important de rappeler que certaines avancées ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, dans le cadre de la législation Dodd-Frank Act, et, dans une moindre mesure, au sein de l’UE à travers la directive sur les marchés d’instruments financiers. Comme nous le soulignions dans une note précédente3 et comme l’ont rappelé les experts du colloque, il est désormais impératif de s’assurer que les différentes politiques de régulation se développent de façon concomitantes et cohérentes, en Europe, en Amérique mais aussi en Asie, afin d’éviter la création d’un biais réglementaire.

Agir au-delà des marchés financiers pour réduire la volatilité des prix

Accroître la transparence et la régulation s’est donc progressivement imposé comme une nécessité afin de réduire la volatilité des prix agricoles. Il est désormais acquis que la spéculation sur les marchés financiers agricoles n’est pas la cause première de la volatilité des cours, mais qu’elle contribue à l’aggraver du fait de la multiplication de prises de position sans contrepartie sur les marchés over the counter (OTC). D’autres facteurs relatifs aux structures mêmes des marchés agricoles doivent être pris en compte et les marchés physiques doivent également être régulés afin de lutter de façon efficace contre la volatilité.

Les dirigeants du G20 ont rappelé à plusieurs reprises cette année que les prix agricoles étaient en partie liée aux tensions pesant sur l’offre, qui devraient se renforcer du fait de la demande accrue des pays émergents. Didier Nedelec, directeur marché des grains au sein d’Invivo, et Xavier Beulin, Président de la FNSEA, ont ainsi mis en avant deux conditions préalables essentielles pour optimiser la régulation des marchés agricoles : accroître d’une part la production et les investissements dans le secteur agricole, renforcer d’autre part les stocks mondiaux de céréales, dont les niveaux, par rapport à la consommation mondiale, sont au plus bas depuis les années 1970.


Le colloque organisé par Pluriagri a donc soulevé une série de questions fondamentales. Alors que la question de la régulation des marchés agricoles était encore quasiment absente des débats il y a quelques années, les intervenants ont souligné sa nécessité. Liant la financiarisation des marchés au problème de la volatilité des cours, ils ont insisté sur l’impact grandissant de la spéculation. La question de la régulation des marchés agricoles financiarisés n’en est dès lors que plus pressante. C’est dans cet esprit que momagri avait mené, au début de l’année 2011, des travaux sur cette question, aboutissant à dix mesures fondamentales pour réguler la spéculation excessive sur les marchés agricoles financiarisés, de manière à en limiter les effets néfastes tout en conservant l’intérêt qu’elle procure en termes de transferts de risque et d’apport de liquidités4.

1 Pluriagri est une association loi 1901, créée par Unigrains, Sofiprotéol, l’Association de recherche technique betteravière et Crédit Agricole S.A. pour réaliser des études et des recherches prospectives sur les marchés et les politiques agricoles.
2 Cf « Les régulateurs américains décident de limiter les positions sur les marchés des matières premières » : http://www.momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Les-regulateurs-americains-decident-de-limiter-les-positions-sur-les-marches-des-matieres-premieres_1003.html
3 Cf « Les régulateurs américains décident de limiter les positions sur les marchés des matières premières » : http://www.momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Les-regulateurs-americains-decident-de-limiter-les-positions-sur-les-marches-des-matieres-premieres_1003.html
4 Cf « Les dix propositions de momagri pour réguler la spéculation sur les marchés des matières premières agricoles » : http://www.momagri.org/FR/tribunes/Les-dix-propositions-de-momagri-pour-reguler-la-speculation-sur-les-marches-des-matieres-premieres-agricoles_948.html
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012