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| « La Thaïlande et le Vietnam sont-ils un modèle pour la politique agricole mondiale ?» Daryll E. Ray, APAC Tandis que la communauté internationale se consacre activement à la refonte d’un système de gouvernance des marchés financiers internationaux, la mise en place d’une gouvernance mondiale agricole est totalement occultée. C’est pourtant une priorité, comme le souligne le directeur de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC)1, Daryll E. Ray, qui revient sur les initiatives prises de concert par la Thaïlande et le Vietnam suite à la crise alimentaire de 2008, en cherchant à déterminer dans quelle mesure ces dernières peuvent servir de modèle à une politique agricole internationale, qui serait le pendant agricole des décisions du G20 concernant les marchés financiers. Publié le 27 février 2009, l’article souligne en effet que, quels que soient les résultats des négociations en cours depuis cinq ans à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il y a fort à parier que la Thaïlande et le Vietnam réagiront exactement de la même manière qu’ils l’ont fait en cas d’une nouvelle hausse brutale des prix sur les marchés agricoles internationaux2. Plutôt que de compléter un cycle dont personne n’a encore bien mesuré les risques réels, mieux vaudrait par conséquent mettre en place une politique agricole et alimentaire internationale, déclinée régionalement par groupes de pays homogènes. C’est la logique qui a sous-tendu la construction de la PAC, et qui a inspiré les mesures adoptées entre autres par le Vietnam et la Thaïlande, dont on connait non seulement l’efficacité mais également le besoin impératif des Etats d’y avoir recours lorsque les marchés agricoles et alimentaires sont instables. Une conclusion que Daryll E. Ray met bien en exergue. La rédaction de momagri « Face à cette conviction aveugle qui nous laissait croire que les marchés s’autorégulaient et s’équilibraient à l’échelle planétaire, les événements de l’année dernière nous ont montré que cela ne reflétait pas la réalité. Nous découvrons maintenant que ces certitudes, qui se vérifient dans certaines conditions théoriques, ne se réalisent pas dans le monde réel. Nous avons vécu dans un monde marqué d’un côté par des arguments d’une logique implacable, et de l’autre un fondamentalisme idéologique, sans qu’aucun « choc » d’ampleur suffisante ne vienne contraindre les dirigeants financiers, économiques et politiques à confronter les différences du comportement théorique au comportement réel des marchés libres. Aujourd’hui, les mésaventures du marché de l’immobilier et des marchés financiers, ainsi que leurs répercussions à l’échelle planétaire, ont provoqué ce choc. Les événements de l’an passé ont également remis sur le devant de la scène les questions relatives à la politique alimentaire et agricole. Le sujet de cet article concerne l’initiative prise par le Vietnam et la Thaïlande sur les marchés du riz. Elle concerne plus généralement les besoins nationaux des pays en voie de développement tout en étant à même de répondre aux besoins de leurs clients importateurs. D’une manière plus générale, la question qui sous-tend cet article est de savoir si cette initiative représente une rupture dans la conception de la politique alimentaire et agricole mondiale ? Mais ne brûlons pas les étapes. Commençons par le commencement. Le cours du riz a atteint un niveau record de plus de 24 $ le quintal vers la fin avril 2008. Plus de 25 pays ont connu des émeutes de la faim en réaction à ces niveaux de prix élevés, tandis que plusieurs gouvernements mettaient en place des politiques visant à restreindre les exportations pour sécuriser l’approvisionnement alimentaire de leurs populations. En février 2009, soit dix mois plus tard, le cours du riz se situait à la moitié de ce pic et les gouvernements étaient à nouveau préoccupés. Cette fois, la problématique consistait à stabiliser les cours avant qu’ils ne s’effondrent à leurs plus bas niveaux de la période 1999-2002 – soit de 4 à 6 $. Les deux plus gros exportateurs de riz, la Thaïlande et le Vietnam, représentent à eux seuls presque la moitié des exportations mondiales de riz. Par le passé, le Vietnam a gagné des parts de marché à l’exportation en vendant beaucoup moins cher que la Thaïlande. La chute du cours du riz a conduit les deux concurrents à repenser cette stratégie. A l’initiative de la Thaïlande, ils se sont réunis récemment pour trouver une solution qui empêcherait les cours de chuter encore plus. Ils ont proposé des stratégies incluant la fixation conjointe du cours du riz et la création d’un stock régional. A la fin de la rencontre, les participants ont conclu un accord pour établir un prix de référence pour quatre variétés de riz. Le riz Jasmin de Thaïlande ne fait pas partie de cet accord parce que le Vietnam ne le produit pas. Le gouvernement thaïlandais a également acheté du riz à ses producteurs afin d’empêcher les prix de chuter plus bas, et a ainsi constitué une réserve. Selon un article de thanhniennews.com, « la Thaïlande (…) a proposé de constituer une réserve pour faire face aux situations d’urgence après les restrictions d’exportations imposées l’année dernière par les producteurs, y compris par les producteurs vietnamiens ». L’article poursuit en affirmant que « les 10 nations membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud Est (ANASE) discuteraient de la proposition [concernant la réserve] lors de son 14ème sommet en Thaïlande, prévu du 27 février au 1er mars. » Au regard des principes de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ces deux propositions pourraient paraître surprenantes, mais ne devraient pas l’être pour ceux qui comprennent l’importance des politiques en matière d’alimentation et d’agriculture. Les prix élevés menacent les populations pauvres des zones urbaines, tandis que les prix bas mettent les producteurs en danger, et la plupart des gouvernements ont besoin de satisfaire les deux catégories de population. De toute évidence, l’alimentation et l’agriculture fonctionnent différemment des autres produits et services. Celle-ci n’est pas suffisamment mise en avant, comme le montre l’attitude de l’OMC qui ne fait aucune différence entre les produits alimentaires de base et les téléviseurs. Pour nous, il est évident que, même si les accords de l’OMC avaient permis la libéralisation des marchés agricoles et supprimé toutes les barrières et autres obstacles commerciaux, la Thaïlande et le Vietnam auraient réagi de la même manière au printemps dernier, face aux prix élevés et à la pénurie de riz. La stabilité nationale prévaut sur les accords internationaux. Cela signifie que la conclusion du cycle de Doha, même s’il s’avère « fructueux », n’atteindra pas son objectif visant à garantir un commerce agricole libre de tout obstacle. Toute politique commerciale agricole, pour être respectée sur le long terme par les Etats membres, doit reconnaître que tous les pays ont besoin d’une marge de manœuvre quant aux produits alimentaires. Ce qui n’est pas nécessaire pour les produits de consommation tels que les ordinateurs ou les voitures. La Thaïlande et ses partenaires asiatiques reconnaissent que le fait d’inclure physiquement, des stocks de riz dans une politique commerciale agricole internationale est un des points essentiels, au même titre que les mesures destinées à stabiliser l’approvisionnement et les cours des denrées alimentaires de base. Les stocks protègent les consommateurs lors des périodes de grave pénuries de production ou lors des flambées sans précédent de la demande, en régulant l’offre sur les marchés. L’écrêtement des records de prix par le déstockage profite à long terme aux producteurs, en décourageant une réaction démesurée de l’offre. Dans le même temps, les producteurs sont gagnants puisque les gouvernements constituent des réserves pendant les périodes d’excédents de production, à un prix permettant aux agriculteurs de gagner correctement leur vie. La question qui se pose est donc la suivante : l’accord entre la Thaïlande et le Vietnam fournira-t-il un modèle pour l’élaboration d’une réforme sensée en matière de politique agricole, qui prendra en compte la réalité de l’alimentation et de l’agriculture ? Ou continuerons-nous à croire au fondamentalisme idéologique ? » Daryll E. Ray occupe la Chaire d’Excellence en Politique Agricole de Blasingame, Institut de l’Agriculture, University of Tennessee, et est le Directeur de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC). (865) 974-7407; Fax: (865) 974-7298; dray@utk.edu; http://www.agpolicy.org. L’article de Daryll Ray’s a été écrit à l’aide des recherches et l’assistance de Harwood D. Schaffer,Associé de Recherches avec APAC. | 1 APAC, Université du Tennessee, www.agpolicy.org 2 Un scénario qui est condamné à se répéter souvent, si l’on se fie aux résultats des dernières simulations de momagri, qui montrent qu’une libéralisation non régulée des échanges, telle qu’elle est prévue par le cycle de Doha, conduirait à une amplification de la volatilité des prix sur les marchés agricoles. Cf. momagri, « Loin de prémunir le monde du protectionnisme, un accord agricole à l’OMC peut nous y mener tout droit ! », 30 mars 2009. | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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