Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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« G20 agricole : quelles suites ? »



Rédaction de momagri



Le 20 décembre dernier, la fondation FARM1, Pluriagri et l’Institut de gestion publique et du développement économique2 (IGPDE) ont organisé un colloque intitulé « G20 agricole : quelles suites ? », dont l’objectif était de dresser le bilan des actions menées sur le plan agricole dans le cadre de la présidence française du G20 en 2011 et de discuter des orientations envisagées par le Mexique, qui préside le G20 cette année.

Rassemblant une dizaine d’intervenants issus du monde agricole des pays développés et émergents ainsi que des responsables politiques représentant des Etats et des organisations régionales et internationales, ce colloque a été l’occasion d’aborder une série de questions fondamentales en matière de régulation et de gouvernance agricole mondiale.

Parmi les nombreux sujets abordés, plusieurs points de consensus ont émergé.


1. Des avancées importantes ont été réalisées sous la Présidence française du G20.

Tous les intervenants ont salué, à l’instar de Xavier Beulin, Président de la FNSEA et de Pluriagri, ou encore d’Ibrahim Coulibaly, Président d’honneur du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), le « choix courageux de la France » d’inscrire la question de l’alimentation et l’agriculture à l’ordre du jour du G20.

Si la majeure partie des Etats membres partageaient des vues divergentes, voire opposées, sur la régulation des marchés agricoles et sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer la sécurité alimentaire mondiale, les négociations entreprises en 2011 ont réussi, qui plus est dans un contexte de crise économique et financière, à obtenir des avancées significatives, ce dont témoigne le Plan d’action adopté les 22 et 23 juin par les ministres de l’Agriculture3. Ainsi, un système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) a été mis en place afin d’accroître la transparence sur la production, la consommation et les stocks et un projet pilote de réserves d’humanitaires d’urgence va être lancé dans les mois à venir en Afrique de l’Ouest. Enfin, un « Forum de réaction rapide » a été mis en place dans le cadre d’AMIS afin d'améliorer la coordination internationale des politiques agricoles et ainsi la prévention et la gestion des crises alimentaires.

Les participants ont par ailleurs souligné que le G20 agricole sous Présidence française avait eu le mérite de donner un autre éclairage sur la question alimentaire et à sortir de la vision binaire impulsée à Marrakech en 1994, selon laquelle le monde était divisé entre des pays producteurs d’un côté et des pays consommateurs de l’autre, aux intérêts et structures divergents.


2. Il est urgent de consolider et d’approfondir les engagements pris en juin 2011, notamment en ce qui concerne la question, extrêmement sensible, des stocks de régulation.

A l’heure où l’hypervolatilité des cours et la financiarisation accrue des marchés menacent plus que jamais la sécurité alimentaire mondiale, la quasi-totalité des personnes présentes lors du colloque, et notamment Bernard Valluis, Président délégué de l’Association nationale des meuneries françaises (ANMF), ont insisté sur la nécessité de mettre en place des stocks de régulation permettant de stabiliser les prix sur les marchés.

Constituer des stocks de régulation nécessite toutefois de disposer de capacités de stockage suffisantes au niveau local, régional et mondial, et de les reconstituer le cas échéant. La remise en question des stocks de régulation, menée à partir des années 1980 par les tenants d’une libéralisation totale des marchés, a en effet conduit, comme l’a souligné Pierre-Olivier Drège, responsable de la stratégie chez Unigrains, à une érosion des capacités de stockage dans le monde, accélérée en Europe par le démantèlement des politiques publiques sous les coups de boutoir des négociations à l’OMC. Ainsi, la France a perdu plus de 10% de ses capacités de stockage en 10 ans, alors même que la production progressait.


3. Le rôle du G20 au sein de la gouvernance alimentaire et agricole mondiale doit être approfondi, de manière à accroître l’efficacité et la coordination des différentes organisations internationales existantes.

Si tous ont souligné le travail important de coordination réalisé par le G20, plusieurs personnalités du monde agricole, notamment ceux issus des pays en développement, ont insisté sur le rôle des Etats et sur la place des institutions onusiennes.

Représentant 85 % du commerce mondial, les deux tiers de la population mondiale et plus de 90 % du produit mondial brut, le G20 est en effet un centre d’impulsion « formidable ». Il reste néanmoins le regroupement de 19 Etats ainsi que l’Union européenne et c’est pourquoi le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), crée en 1974 au sein de la FAO, a semblé à certains plus légitime pour préfigurer la gouvernance agricole mondiale. Il faut souligner, sur ce point, que le rôle du CSA, qui n’était qu’un comité technique, a été renforcé pour en faire un comité d’experts, mais qu’il est loin d’assumer un rôle politique qui, selon momagri, doit être dévolu au G20, via un Conseil de sécurité alimentaire au niveau des chefs d’Etat4.

Tous les intervenants se sont enfin accordés sur la nécessité de poursuivre la remise en question de l’idéologie prônant une libéralisation totale des marchés et du commerce, qui a prévalu depuis les années 1980, et de permettre aux Etats et aux organisations régionales de mettre en place de véritables politiques de soutien à l’agriculture.

C’est là en effet la condition primordiale à l’amélioration durable de la sécurité alimentaire mondiale.


Clôturant le colloque, Jorge Rueda Sousa, ministre conseiller (Agriculture) au sein de la Mission du Mexique auprès de l’Union européenne, a réitéré l’engagement de son pays à poursuivre le travail entamé par la France. Le Mexique veut notamment appliquer et approfondir les mesures du Plan d’action adopté en juin dernier, et obtenir un consensus pour augmenter la productivité agricole mondiale afin d’être en mesure de faire face à la croissance de la demande.

Afin d’atteindre ces objectifs, le Mexique a défini un certain nombre de stratégies : renforcement de la coopération internationale dans le domaine de la recherche et du développement, promotion de la recherche dans le secteur de l’agro-business en encourageant les investissements privés, soutien à l’utilisation durable des ressources naturelles, mise en place d’outils de gestion des risques climatiques, financiers et sanitaires. Le Mexique veut par ailleurs centrer davantage le débat sur les petits producteurs.

Ainsi, l’agriculture sera à l’évidence un thème important de la Présidence mexicaine du G20, avec un sommet prévu pour le mois de juin 2012. Néanmoins, la question, pourtant cruciale, des stocks de régulation n’a pour l’instant été évoquée que dans ses grandes lignes. Le Mexique a un rôle historique à jouer en faisant de cette question une des priorités dans les discussions du G20 prévues pour les mois à venir.

1 http://www.fondation-farm.org/
2 http://www.institut.bercy.gouv.fr/
3 http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/2011-06-23_-_Plan_d_action_-_VFinale.pdf
4 Note de la rédaction : La question de la gouvernance agricole internationale est au cœur des préoccupations de momagri, qui considère qu’elle doit intégrer toutes les dimensions clés liées à l’agriculture ainsi que les institutions internationales en charge de leur gestion. La sécurité alimentaire occupe ainsi une place de choix, mais au même titre que le commerce, le développement ou l’environnement, et pour lesquels l’OMC, le PNUD, le PNUE, la Banque mondiale ou encore le FMI doivent être associés. Il s’agit là d’un des principes fondateurs de momagri, sur lequel vous trouverez plus d’informations en lisant nos « principes de gouvernance » : http://www.momagri.org/FR/gouvernance/Proposition-de-principes-de-gouvernance-pour-une-future-Organisation-Mondiale-de-l-Agriculture_88.html et http://www.momagri.org/FR/gouvernance-intro.html
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Paris, le vendredi 31 octobre 2014