Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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« Fini le temps de l’opulence »



Dans son dernier rapport « Perspectives de récolte et situation alimentaire », l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelait avec justesse qu’il ne servait à rien de gloser sur les prétendus records de production agricole enregistrés en 2008. D’une part parce que près d’un milliard de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde, et d’autre part parce que rien n’indique que les niveaux de production agricole se maintiendront.

Bien au contraire, comme le souligne le Directeur de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC), Daryll E. Ray, dans un article publié en mars 2009, l’agriculture est un secteur à risques. Et il y a tout lieu de croire que les agriculteurs vont être confrontés cette année à des défis majeurs, compte tenu du contexte international et de l’évolution des marchés agricoles, qui risquent de peser sur les niveaux de production future, et donc sur les prix, en les poussant à la hausse.

Nous recommandons la lecture de cet article ; car, alors que la récession mondiale affecte dangereusement le pouvoir d’achat dans beaucoup de pays, notamment les plus pauvres, il ne faut pas exclure que la crise alimentaire vécue au printemps 2008 ne se répètera pas en 2010.

La rédaction de momagri




Chaque printemps apporte son lot de malheurs à ce qu’il faut bien appeler une profession à risques. Cela étant, il semble que les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs cette année sont anormalement importants.

Le premier défi concerne les engrais. Leur prix ayant atteint des records l’été dernier, certains agriculteurs ont anticipé leurs achats d’engrais afin de se protéger de la flambée des prix cet été. Mais comme nous le savons tous, les prix ont chuté et cette décision qui semblait sage au départ, s’est retournée contre ces agriculteurs qui doivent maintenant faire face à des coûts d’intrants devenus anormalement élevés. Seuls des conditions climatiques idéales et des rendements extraordinaires leur permettront de couvrir une partie de ces coûts élevés.

Mais les agriculteurs n’ont pas été les seuls, l’été dernier, à anticiper leurs commandes d’engrais 2009 à des prix élevés. Actuellement de nombreux distributeurs possèdent d’importants stocks d’engrais coûteux. Les prix ayant baissé de manière substantielle, nous assistons maintenant à une lutte sans merci entre les agriculteurs, qui veulent que les prix des engrais baissent, et les fournisseurs qui veulent atténuer le déficit financier auquel ils vont devoir faire face. Chaque protagoniste guette les premiers signes de faiblesse de l’autre.

Plus ce conflit dure, plus le risque est grand de voir les agriculteurs passer leurs commandes d’engrais à la dernière minute, entrainant ainsi d’éventuels problèmes d’approvisionnement. Cela se vérifiera en particulier dans les régions où, à l’automne dernier, il a fallu engranger la récolte de maïs au plus vite avant les chutes de neige. Car même s’ils l’avaient voulu, les agriculteurs n’auraient pas eu le temps d’effectuer l’apport d’engrais habituel. Cela implique qu’une plus grande superficie de terres aura besoin d’un épandage d’engrais au printemps.

Compte-tenu de la lenteur de réaction des marchés d’engrais, certaines usines de fabrication ont fermé à cause des impayés de leurs clients. Si toutes les commandes du printemps sont passées à la dernière minute, il est probable que les engrais ne soient ni produits ni livrés à temps pour la récolte de maïs, de riz et de coton de ce printemps.

Les prix élevés de l’année dernière ont encore des répercussions sur les marchés agricoles.

Le deuxième enjeu concerne l’équilibre, extrêmement fragile, entre les surfaces de soja et les surfaces de cultures alternatives telles que le maïs, le coton et l’arachide, compte-tenu des perspectives de stocks de soja relativement bas pour la fin de l’année. Produire du soja en quantité insuffisante entraine immédiatement une flambée des cours. En produire en abondance entraine inévitablement les cours du soja sous la barre des 6,00 $ et réduit à néant tout espoir de voir s’établir un nouveau prix plancher.

La culture massive de maïs pour la production d’éthanol, au cours des deux dernières années, complique cette équation. Sachant que les rendements incitent des agriculteurs à cultiver le maïs d’une récolte à l’autre, beaucoup d’entre eux songent maintenant qu’il est peut-être temps de se tourner à nouveau vers une culture maïs/soja en alternance.

Le prix et la disponibilité des engrais rendent la situation encore plus complexe. Cultiver un hectare de soja coûte beaucoup moins cher qu’un hectare de maïs. Les agriculteurs vont-ils ainsi se tourner vers le soja afin de minimiser le risque d’être confrontés à des coûts d’intrants élevés ?

Alors, selon les conditions météorologiques, les agriculteurs disposeront d’un choix restreint de cultures. Une période de beau temps en début de saison les incitera à planter du maïs – assurant ainsi la disponibilité de diverses variétés de semences. Repousser la date de plantation impliquera de planter du soja.

Ainsi, associer d’importantes superficies de cultures de soja à un rendement national moyen de maïs de 4 tonnes peut entrainer une chute des cours de ces deux marchandises.

Comme d’aucuns l’affirment, « ce n’est pas fini tant qu’on ne voit pas la fin du tunnel.» Et cela peut s’avérer particulièrement vrai cette année.

La commercialisation du maïs constitue le troisième enjeu pour la saison à venir. L’inquiétude est toujours grande concernant l’impact éventuel des fonds indiciels sur les marchandises – en particulier le maïs – durant les prochains mois. Bien que ces fonds, qui détiennent des positions longues, aient vu leurs cours s’effondrer depuis l’été dernier, certains d’entre eux, détenteurs de nombreuses positions longues, espèrent une remontée des cours. S’il s’avérait que ces cours n’aient aucun espoir de reprise, leurs positions longues seraient alors liquidées, et les cours s’effondreraient encore plus. Ce scénario pourrait également se produire si les titres avaient touché le fonds et qu’il était maintenant intéressant d’investir à nouveau sur le marché boursier.

La quantité de céréales stockée par les agriculteurs représente un autre problème. Les cours actuels n’incitent pas les agriculteurs à vendre leur maïs en ville. Ces cours apparaissent faibles comparés aux prix records de l’été dernier. Mais les prix peuvent encore baisser cet été si une proportion importante de la récolte de l’automne dernier affecte le marché en juillet et en août prochains, en pleine préparation de la nouvelle récolte.

Déjà, sachant que nous nous dirigeons vers cette nouvelle année de production avec des stocks corrects mais sans excédents, une baisse importante des récoltes à venir provoquerait immédiatement un retour aux niveaux records de l’été dernier – faisant de ceux qui n’ont vendu qu’une petite partie de leur dernière récolte, de véritables génies.

Mais se rallier à cette éventualité relève plus de la spéculation que du plan de commercialisation fiable. En ces temps instables il est facile de se laisser happer par l’affolement des marchés.

Comme toujours, les agriculteurs devront cibler le résultat. Après tout, couvrir tous les coûts de production (ou survivre) constitue un excellent résultat.

Daryll E. Ray, APAC



Daryll E. Ray occupe la Chaire d’Excellence en Politique Agricole de Blasingame, Institut de l’Agriculture, University of Tennessee, et est le Directeur de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC). (865) 974-7407; Fax: (865) 974-7298; dray@utk.edu; http://www.agpolicy.org. L’article de Daryll Ray’s a été écrit à l’aide des recherches et l’assistance de Harwood D. Schaffer,Associé de Recherches avec APAC.
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Pour une régulation
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alimentaire mondiale
Paris, le jeudi 17 mai 2012