Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

« Chers amies et amis producteurs de lait, chers sympathisants »



Kjartan Poulsen, membre du Comité directeur de l’European Milk Board (EMB) et président du LDM Danemark



Plus qu’un éditorial, c’est un appel à la prise de conscience que nous reproduisons en partie ci-après
1. Alors que nous assistons, démunis, à la poursuite et à la propagation de la crise laitière en Europe, Kjartan Poulsen, membre du Comité directeur de l’European Milk Board (EMB) et président du LDM Danemark appelle à refuser de se bercer de fausses illusions en éspérant le retour sur le marché de la Chine et la Russie.

Une fois de plus nous n’avons pas retenu les leçons des crises précédentes, à l’image de celle de 2009 : produire est une chose et vendre en est une autre, rappellait dernièrement Thierry Pouch. Ce dernier note également que la situation n’en serait pas là si « une erreur manifeste d'anticipation de nos décideurs, frôlant l'irrationnel ou bien pire, n’avait pas été commise, témoignant d'une méconnaissance du fonctionnement du système économique ».

Nous sommes désormais rentrés de plein pied dans la réflexion concernant les mécanismes de régulation, Momagri se fera l’écho des points de vue sur cette question dans les mois à venir.


La rédaction de momagri



On pourrait penser que nous aurions appris notre leçon, mais nous continuons à produire toujours plus dans l’espoir que la Russie et la Chine fassent leur retour sur le marché. Dans le même temps, les prix payés aux producteurs de lait poursuivent leur baisse et les éleveurs sont contraints à abandonner les exploitations qui les faisaient vivre.

À entendre les explications des entreprises pour le bas niveau des prix au producteur, on pourrait avoir l’impression que la Chine a complètement gelé ses importations de lait. Ce n’est pourtant pas le cas. Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, la Chine ne s’est pas retirée du marché. Elle continue d’importer du lait, mais seulement dans les quantités qu’elle achetait avant la hausse massive des importations en 2013-2014.

On a commencé par nous raconter que les acheteurs s’étaient totalement retirés du marché mais qu’on s’attendait à les voir revenir dans quelques mois. Cette prévision a été rééchelonnée pour le quatrième trimestre 2014, puis pour le premier trimestre 2015 et on cite désormais le dernier trimestre 2015 ou le début 2016 comme date du retour sur le marché. Une autre explication est que « nous avons sous-estimé les quantités achetées ». Pour moi, il est absolument clair qu’aucun de ceux qui nous fournissent de telles explications n’a la moindre idée de ce qu’il avance. On nous laisse volontairement dans le flou et avec le vain espoir de rester prêts, au cas où le marché repartirait.

Je ne vois aucune raison pour que la Chine revienne sur le marché avec le même poids qu’en 2013-2014. Et même si le marché russe s’ouvrait, les rayons des magasins d’alimentation sont désormais occupés par d’autres. Un retour sur le marché russe ressemblerait ainsi à la conquête d’un marché entièrement nouveau. Au Danemark, nous espérons qu’Arla Foods aura la partie plus facile car l’entreprise s’est déjà beaucoup investie sur ce marché, mais nous ne pouvons que l’espérer. Dans notre désarroi, nous nous efforçons d’explorer de nouveaux marchés d’avenir, comme le Nigéria, la Côte d’Ivoire et d’autres pays africains. Comme si c’était la solution !

Si les prix du lait grimpent sur le marché mondial, on en déduit que « le monde réclame à grands cris davantage de lait ». À l’inverse, la conclusion qui s’impose actuellement est que le marché réclame une baisse de la quantité produite. Pourquoi toutes les grandes laiteries européennes réclament-elles plus de lait et pourquoi les éleveurs laitiers produisent-ils des quantités aussi exorbitantes de lait, malgré des prix ne suffisant pas à couvrir les coûts de production ?



1 Retrouvez l’intégralité de l’éditorial et de la newsletter en suivant ce lien
http://www.europeanmilkboard.org/fr/newsletter/francais/bulletin-juillet-2015/article/newsletter-march-online.html(...)



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Paris, le lundi 20 novembre 2017