Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Impact des taux de change et de la politique monétaire sur la compétitivité de l'agriculture.


Une analyse comparée Etats-Unis – Union européenne.




Cette note a pour objectif de mettre en évidence que la politique monétaire et les taux de change pratiqués par un Etat ont un impact direct et significatif sur la compétitivité de son secteur agricole (I) et d'estimer cet impact dans le cadre d'une comparaison entre les Etats-Unis et l'Union européenne sur la période 2004-20091(II).

Il en ressort que l'impact de la politique monétaire et celui des taux de change sur la compétitivité agricole s'est accru ces dernières années en raison d'un contexte économique caractérisé par la conjonction de trois facteurs : l'endettement des agriculteurs et des Etats, la libéralisation des marchés agricoles et leur financiarisation croissante.

L'application à une comparaison bilatérale entre les Etats-Unis et l'Union européenne souligne clairement que cet impact est fluctuant d'une année sur l'autre mais toujours significatif.

Les variables taux de change et taux directeurs des Banques centrales sont donc deux facteurs encore plus incontournables que par le passé de la compétitivité agricole d'un Etat2.

Par la rédaction de momagri



Nota Bene :
Cette note est extraite d'un rapport qui sera publié par le think tank momagri mi-2011. Elaboré dans le cadre de son projet de développement d'une agence de notation sur l'agriculture et ses enjeux, ce rapport présente un indicateur mesurant la réalité des soutiens directs et indirects à l'agriculture.





Sommaire :


1. Les taux de change et les taux directeurs des Banques centrales :
deux facteurs croissants de la compétitivité agricole.


    - Le développement du recours à l'endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les Banques centrales dans l'équilibre économique de la filière agricole.

    - La libéralisation progressive des échanges agricoles donne aux taux de change une influence grandissante sur l'orientation géographique des flux commerciaux.

    - La financiarisation croissante des marchés agricoles accroît la dépendance des fondamentaux agricoles d'offre et de demande aux évoluions des variables financières et plus généralement des marchés financiers.

2. Un exemple : l'impact du taux de change Euro/Dollar et de l'écart des taux directeurs réels pratiqués par les Banques centrales américaine et européenne sur la compétitivité relative des deux secteurs agricoles depuis 2004.

    - La sous-évaluation du Dollar américain par rapport à l'Euro confère à l'agriculture américaine un avantage compétitif évalué à 17,8 milliards USD en 2008 et 14,4 milliards USD en 2009.

    - La politique monétaire pratiquée par la Banque centrale américaine, plus accommodante que celle de la BCE depuis 2007, crée un avantage compétitif supplémentaire pour l'agriculture américaine d'un montant estimé à 2,9 milliards USD en 2008 et à 106 millions USD en 2009.

    - Les modalités techniques de soutien du Farm Bill, plus sensibles aux niveaux et aux variations des prix internationaux que la politique agricole européenne, permettent d'optimiser les bénéfices des producteurs et des consommateurs américains liés à une politique monétaire avantageuse et des taux de change favorables.



1. Les taux de change et les taux directeurs des Banques centrales : deux facteurs croissants de la compétitivité agricole.

Si les taux de change et les politiques monétaires pratiquées par les différentes Banques centrales ont toujours eu un impact sur la compétitivité à l'export et le niveau d'investissement des secteurs agricoles, leur influence s'est fortement accrue depuis 2005.

La plupart des experts internationaux s'accordent aujourd'hui sur ce point, et trois raisons principales sont évoquées :
    - Le développement du recours à l'endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les Banques centrales dans l'équilibre économique de la filière agricole;

    - La libéralisation progressive des marchés agricoles internationaux et l'accroissement des volumes échangés donnent aux taux de change une influence grandissante sur l'orientation géographique des flux commerciaux ;

    - La financiarisation croissante des marchés agricoles depuis 2005 fait de ces variables économiques et financières des critères de décision clés, plus particulièrement celles relatives à l'endettement, comme les taux d'intérêt.
Le développement du recours à l'endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les Banques centrales dans l'équilibre économique de la filière agricole.

La crise des subprimes a été suivie par une crise de la dette et de confiance touchant la quasi-totalité des pays du monde. Pour y faire face et relancer la croissance, toutes les Banques centrales ont abaissé leurs taux directeurs. Tous les secteurs économiques sont affectés, et particulièrement l'agriculture car :
    - Les secteurs agricoles sont pour la plupart, soutenus par les gouvernements au travers de politiques publiques spécifiques, fortement dotées financièrement et articulées autour de mesures ciblées : la profondeur de la crise met en question les ressources qui leur sont allouées ;

    - Les exploitations agricoles font de plus en plus appel à l'endettement, à court terme et à long terme, dans une optique à la fois d'investissement au sens propre (à long terme), mais également de soutien conjoncturel en période de crise (soutien de trésorerie).


Les taux d'intérêt pratiqués par les Banques centrales jouent un rôle central et accru dans le coût de l'endettement des agriculteurs et dans la définition des budgets agricoles nationaux. A terme, la compétitivité du secteur agricole est directement concernée car :

- l'endettement croissant des exploitants agricoles, dans le contexte actuel de croissance faible, qui limite leur capacité future d'investissements ;

- l'endettement massif des Etats, notamment de certaines puissances agricoles, peut s'accompagner d'un renchérissement du coût du financement de la dette présente et future en cas de dégradation du rating financier du pays considéré (l'exemple de la Grèce). Cela affecterait d'autant ses capacités budgétaires et donc l'ampleur des possibilités du soutien financier au secteur agricole.



La libéralisation progressive des échanges agricoles donne aux taux de change une influence grandissante sur l'orientation géographique des flux commerciaux.

La période récente est caractérisée par la conjonction de deux effets qui accroissent l'influence des taux de change. Le premier correspond à l'accroissement continu des flux commerciaux internationaux, tant en valeur qu'en volume, du fait de la baisse généralisée des droits de douanes aux frontières, notamment depuis la conclusion du Cycle d'Uruguay en 19943 (effet libéralisation). Le second est matérialisé par la dynamique d'uniformisation des modes de consommation, concourant à constituer de vastes marchés régionaux, voire un marché mondial, pour de nombreux produits agricoles ou agroalimentaires (effet globalisation).

La combinaison de ces deux effets a profondément modifié depuis 15 ans les conditions de concurrence qui prévalaient sur les marchés internationaux, et conféré aux variables Qualité4 et Prix une importance accrue. Ce faisant, les taux de change sont devenus l'un des facteurs clés de la compétitivité internationale d'un secteur car, à valeur nominale inchangée, la sous-évaluation d'une monnaie par rapport à une autre permet :
    - De limiter les importations agricoles étrangères et de stimuler les exportations agricoles nationales (effet volume) ;

    - D'amputer le pouvoir d'achat des consommateurs nationaux pour acheter des produits agricoles étrangers importés (effet valeur).
Cette dynamique à l'œuvre a fortement joué pour l'agriculture, en dépit de la subsistance d'obstacles non tarifaires au commerce (notamment règlementaires et sanitaires). Les exportations agricoles et agroalimentaires ont en effet augmenté en moyenne de 5% en volume entre 2000 et 2008 selon l'OMC, malgré la contraction des échanges due à la crise économique, en 2008.

Ce raisonnement théorique et statique doit être nuancé pour prendre en compte la dimension temporelle. Car, l'orientation géographique des flux commerciaux sera différente selon que la volatilité des taux de change observée sera importante ou non, et prolongée ou non dans le temps. Les deux effets présentés (volume et valeur) n'interviennent pas en même temps. Les prix s'ajustent dans le court terme tandis que les quantités s'ajustent sur le moyen terme5, du fait des délais nécessaires à la mise en place de nouvelles capacités de production ou de la réduction des importations partiellement remplacées par des produits substituts locaux.


Les taux de change sont devenus une variable plus déterminante que par le passé dans l'orientation des flux commerciaux, y compris agricoles, à court et moyen long termes. La volatilité prolongée des taux de change ou le maintien dans le temps d'une monnaie à un niveau sous ou sur évalué, peut s'accompagner d'une modification durable des flux commerciaux, en décourageant certaines exportations ou importations et en créant de ce fait une protection indirecte pour les producteurs locaux leur permettant de se développer et d'accroître leur compétitivité6.



La financiarisation croissante et rapide des marchés agricoles rend ces derniers très sensibles à l'évolution des variables financières.

La financiarisation s'apprécie notamment par l'importance croissante du recours au financement par endettement des différents acteurs qui interviennent sur les marchés. La valorisation des différents actifs s'effectue alors essentiellement à travers les marchés financiers. Ces derniers sont de plus en plus sensibles au contexte économique international et à l'évolution d'indicateurs économiques les plus variés.

La financiarisation des marchés agricoles est un phénomène récent mais très dynamique. Comme le montre le graphique ci-dessous, le volume des contrats échangés sur les matières premières a très fortement crû à partir de 2005, pour atteindre fin 2008 un pic plus de cinq fois supérieur7 à la moyenne des indices constatée pour les autres supports tels que les taux d'intérêt, les actions ou les métaux précieux. L'une des raisons est d'ordre structurel : les marchés à terme agricoles sont très étroits, et l'essentiel des transactions est réalisé sur les marchés de gré à gré8, qui constituent des places grises non régulées. On estime que 80 à 90% des transactions sur les marchés à terme agricoles se déroulent sur ces marchés. Au début de l'année 2008, plus de 90% des positions sur ces marchés ne faisaient pas l'objet d'un débouclage physique. Elles pouvaient donc être considérées comme des opérations de pure spéculation.

Selon de nombreux experts, cette financiarisation croissante des marchés agricoles a, comme le montre le graphique ci-dessous, joué un rôle incontestable sur l'accroissement des niveaux de prix, notamment ceux des céréales, ainsi que sur le renforcement de la volatilité observée des cours.



Des experts de Princeton9 ont ainsi récemment démontré que les marchés agricoles étaient désormais largement financiarisés et en ce sens beaucoup plus sensibles que par le passé aux évolutions des marchés financiers.

En effet, selon eux :
    - Depuis 2004, les rendements sur indices10 des matières premières ont davantage réagi aux variations du « World Equity Index » et des cours du pétrole que les rendements des matières premières non recensées dans ces indices ;

    - La corrélation des volumes de transactions entre les différentes matières premières s'est renforcée depuis 2004 et les matières premières agricoles, le pétrole et les actifs financiers sont désormais devenus des substituts étroits pour les investisseurs sur les marchés financiers.
Aussi, les investisseurs sur les marchés à terme ont-ils joué un rôle accru dans la volatilité récente des matières premières agricoles en modifiant les comportements-types du marché des différents acteurs (producteurs, coopératives, spéculateurs, Etats…)11.


Ainsi :

- En multipliant les modalités et les supports de financement,
- En conférant aux variables financières un rôle accru dans les prises de décision d'investissement sur les marchés agricoles (physiques et à terme),
- En attirant des investisseurs à court terme dans un contexte de crise de la dette et de libéralisation des échanges internationaux,
la financiarisation croissante de l'agriculture renforce le rôle des taux directeurs et des taux de change comme variables cruciales d'arbitrage des investissements, de leur rentabilité économique, donc de la compétitivité (à terme) du secteur agricole et, par ricochet, du secteur agroalimentaire.



2. Un exemple : l'impact du taux de change Euro/Dollar et de l'écart des taux directeurs réels pratiqués par les Banques centrales américaine et européenne sur la compétitivité relative des deux secteurs agricoles depuis 2004.

Cette section traite de l'impact des taux de change et des politiques monétaires sur la compétitivité de l'agriculture à partir d'une comparaison bilatérale entre les Etats-Unis et l'Union européenne, sur la période 2004-2009.

Il s'agit d'une hypothèse de travail pertinente car l'Union européenne et les Etats-Unis sont des partenaires commerciaux privilégiés dans le domaine agricole. En effet, sur les vingt principaux partenaires commerciaux agricoles des Etats-Unis sur la période 2003-2007, sept sont européens, et ces derniers représentent à eux seuls 13.2%12 des échanges totaux13 réalisés par les Etats-Unis. Ainsi, l'Europe est le deuxième partenaire commercial agricole des Etats-Unis après le Canada (18.4% des échanges sur la période 2003-2007).

Les résultats présentés ci-dessus constituent une première estimation qui sera affinée et étendue ultérieurement aux autres acteurs importants du marché agricole mondial, qu'il s'agisse de pays développés ou de pays émergents, de manière à prendre en compte les multiples effets de substitution et de transferts.

L'impact des taux de change : la sous-évaluation du Dollar américain par rapport à l'Euro confère à l'agriculture américaine un avantage compétitif évalué à 17,8 milliards USD en 2008 et 14,4 milliards USD en 2009.

D'après l'étude menée par momagri sur les Etats-Unis et l'Union européenne, il ressort que les taux de change jouent un rôle essentiel dans la compétitivité de l'agriculture américaine14. En effet, la sous-évaluation observée du dollar américain par rapport à l'euro se traduit par deux principaux effets :
    - Elle contraint les importations agricoles européennes et elle stimule les exportations agricoles américaines : A prix nominaux inchangés, la sous-évaluation du dollar par rapport à l'euro renchérit d'autant le prix du bien européen importé exprimé en Dollar15, et inversement. Si l'offre des exportateurs est inélastique en volume, les producteurs américains réalisent un gain égal à leurs moindres coûts de production exprimés en Dollar. Cela se traduit par une marge sur les ventes à l'exportation augmentée d'autant. Si l'offre des exportateurs est sensible aux prix, ils pourront augmenter leurs ventes en baissant leurs prix, ce qui peut leur permettre de réaliser un gain plus important.

    - Elle ampute le pouvoir d'achat des consommateurs américains pour acheter des produits agricoles européens importés. Si le budget des consommateurs américains en produits alimentaires importés est peu élastique, les importations en volume se trouvent diminuées d'un pourcentage égal à la sous-évaluation du Dollar et la plus grande partie de l'écart est reportée sur les biens produits par les agriculteurs américains compte tenu de la faible élasticité des dépenses alimentaires dans les économies développées. Dans le cas contraire, les importations en volumes restent inchangées et leur valeur augmente d'autant.



Méthodologie d'évaluation de l'impact des taux de change réels Euro/Dollar sur la compétitivité agricole américaine

Pour évaluer l'impact des taux de change Euro/Dollar sur l'avantage compétitif de l'agriculture américaine par rapport à l'agriculture européenne, l'étude momagri s'appuie sur les différentiels de taux de change en parité de pouvoir d'achat (ppa) calculés par l'OCDE. Ils mesurent la relation entre la quantité de biens que permet d'acheter une unité monétaire d'un pays dans un autre pays. Ainsi, fin 2009, le taux de change du Dollar contre l'Euro était de 0,7198. Mais le rapport entre la quantité de biens que permet d'acheter un Dollar aux Etats-Unis et un Euro dans la zone Euro était de 0,8547. La parité du Dollar contre Euro était donc sous-évaluée de 0,135 Euro (13,5%). Le niveau des exportations et des importations de 2003 est pris comme référence pour la période 2004-2009e. En effet, en 2003, la parité Dollar/Euro effective était très proche de la parité de pouvoir d'achat, et l'on peut donc considérer que, cette année là, les taux de change n'ont pas eu d'impact exogène véritable sur le commerce extérieur.






La méthodologie retenue pour évaluer l'impact des taux de change Euro/Dollar sur l'écart de compétitivité agricole entre les Etats-Unis et l'Union européenne reprend celle de Jungho Baek, Won W. Koo et Kranti Mulik, dans leur étude économétrique intitulée « Exchange Rate Dynamics and the Bilateral Trade Balance : the case of U.S. Agriculture », et publiée en octobre 2009 dans la revue Agricultural and Resource Economics Review.

Cette étude analyse les échanges agricoles américains avec différents pays. Elle confirme la pertinence de leur approche dans le cas d'une évaluation bilatérale. Les auteurs montrent en effet que la baisse du cours de change du Dollar contre la monnaie d'un pays déterminé a un effet positif à court terme sur les importations américaines, mais que cet effet s'estompe sur le long terme.

Les consommateurs américains, dans un premier temps maintiennent inchangées leurs importations en volume, ce qui se traduit par une hausse de la valeur en Dollar des biens importés.

Dans un deuxième temps, ils baissent la valeur de leurs importations. Compte tenu de l'inélasticité des dépenses alimentaires, la baisse en volume de leurs importations se traduit vraisemblablement par un report sur les productions en provenance d'autres pays exportateurs ou sur la production nationale.

Par ailleurs, les exportations agricoles américaines vers un pays déterminé réagissent positivement, tant à court terme qu'à long terme à une baisse du cours du Dollar contre la monnaie de ce pays.

Aussi, par convention, trois scénarios d'évaluation de l'impact des taux de change Euro/Dollar ont été retenus, sur la base des résultats empiriques présentés dans l'étude menée par Jungho Baek, Won W. Koo et Kranti Mulik :
    - Scénario 1 (estimation basse) : La sous-évaluation du Dollar se traduit par une augmentation proportionnelle des exportations, et la hausse de prix sur les biens importés se traduit par des transferts à 50% sur la production nationale ;

    - Scénario 2 (estimation haute) : La sous-évaluation du Dollar se traduit par des transferts proportionnels des importations vers l'achat de la production nationale, et plus que proportionnels pour les exportateurs qui parviennent à accroître leurs parts de marché de 50% ;

    - Scénario 3 (estimation médiane) : La sous-évaluation du Dollar se traduit par une augmentation proportionnelle des exportations et par des transferts proportionnels des importations vers l'achat de la production nationale.



Selon les différentes estimations, la sous-évaluation du Dollar par rapport à l'Euro s'est traduite par un avantage compétitif estimé compris entre 11,2 et 18,4 milliards de Dollars au titre de l'année 2009 pour l'agriculture américaine, pour un scénario médian évaluant cet avantage à 14,4 milliards de Dollars.




L'impact des taux directeurs : la politique monétaire pratiquée par la Banque centrale américaine, plus accommodante que celle de la BCE depuis 2007, favorise la compétitivité de l'agriculture américaine d'un montant estimé à 2,9 milliards USD en 2008 et à 106 millions USD en 2009.

La politique monétaire pratiquée par la FED depuis 2007 constitue un facteur significatif de la compétitivité agricole américaine, par le soutien indirect qu'elle génère en faveur des farmers, en rendant leur endettement relativement moins coûteux par rapport à celui de leurs homologues européens.

Cette politique monétaire bénéficie à l'ensemble de l'industrie américaine. Pour ce qui est du secteur agricole, elle a constitué depuis 2004 un avantage compétitif récurrent pour les agriculteurs américains par rapport aux agriculteurs européens. L'année 2006 est la seule exception : la politique monétaire européenne était alors plus avantageuse que la politique américaine, générant ainsi un soutien indirect estimé à 1.42 milliard USD en faveur des agriculteurs européens.




Méthodologie d'évaluation de l'impact de l'écart des taux directeurs pratiqués par la FED et la BCE sur la compétitivité agricole américaine et européenne.

Pour évaluer l'écart de compétitivité agricole induit par une politique monétaire avantageuse, l'étude momagri16 s'appuie sur l'écart de taux directeurs réels pratiqués par la BCE (b) et par la FED (a), qu'elle applique à l'endettement global de l'agriculture américaine supporté par les banques (c).
Le tableau ci-dessus présente les résultats obtenus.







La politique monétaire avantageuse pratiquée par les Etats-Unis par rapport à l'UE s'est traduite par un avantage compétitif estimé à 106 millions de Dollars au titre de l'année 2009 pour l'agriculture américaine, après 2,9 milliards de Dollars en 2008.




Les modalités techniques de soutien du Farm Bill, plus sensibles aux niveaux et aux variations des prix internationaux que la politique agricole européenne, permettent d'optimiser les bénéfices des producteurs et des consommateurs américains liés à une politique monétaire avantageuse et des taux de change favorables.

L'effet de levier des taux de change et d'une politique monétaire accommodante sur la compétitivité agricole est d'autant plus significatif que :
    -Les soutiens agricoles sont corrélés aux variations des prix sur les marchés internationaux ;

    - Les soutiens agricoles stimulent à la fois la production et la demande ;

    - La part de marché dans le commerce agricole international est grande ;

    - La monnaie locale sert de référence dans la majorité des transactions commerciales pratiquées.
C'est bien le cas des Etats-Unis : les soutiens à l'agriculture concernent à la fois la production, par des soutiens directs et couplés à la production, et la consommation par la stimulation de la demande domestique et extérieure17. La logique qui anime le Farm Bill vise donc à sécuriser et à dynamiser le marché des produits agricoles américains, de l'amont (producteurs) vers l'aval (consommateurs) de manière contracyclique. Elle est, en ce sens, en adéquation rapide avec les signaux émis par les marchés et elle tend à accroître les effets positifs induits par une politique monétaire avantageuse et des taux de change favorables pour les producteurs et les consommateurs américains.

En Europe, les soutiens à l'agriculture sont pour l'essentiel des soutiens directs au niveau de vie des agriculteurs, avec notamment les Droits à Paiement Unique (DPU) de la PAC : ils représentaient 40% de l'ensemble des soutiens agricoles versés en 200818. La logique de soutien qui prévaut est donc résolument orientée vers les producteurs, mais de manière découplée des volumes produits, ce qui rend la politique européenne plus rigide aux modifications des conditions de marché et donc moins réactive aux variations et aux niveaux des prix internationaux que la politique américaine. De ce fait, les effets positifs induits pour les producteurs européens par une politique monétaire avantageuse et des taux de change favorables sont relativement moins importants que pour les producteurs américains.



Cette étude montre que :
    1. Les taux de change et la politique monétaire menée aux Etats-Unis depuis 2007 sont à la source d'un avantage compétitif majeur pour l'agriculture américaine vis-à-vis de l'agriculture européenne, estimé à 20,7 milliards USD en 2008 et à 14,5 milliards USD en 2009. L'agriculture américaine bénéficie donc des déséquilibres monétaires actuels et de la sous-évaluation du Dollar par rapport à l'Euro.

    2. La financiarisation du secteur agricole a désormais un impact fort sur les fondamentaux des marchés agricoles physiques. En cela, elle joue un rôle croissant et sans précédent sur les équilibres agricoles mondiaux, qu'il s'agisse de la satisfaction des besoins alimentaires, de l'aide alimentaire internationale, du développement agricole dans les régions les plus pauvres, de la préservation de l'environnement ou de la participation de l'agriculture aux défis énergétiques (biocarburants et chimie végétale au sens large). La financiarisation de l'agriculture peut constituer à la fois des opportunités de développement sans précédent si elle est bien encadrée, mais elle peut également constituer une menace réelle en modifiant les fondamentaux des marchés physiques.

    3. Les politiques agricoles en vigueur jouent ou doivent jouer un rôle important sur l'équilibre des filières agricoles mais également sur la manière dont les producteurs et les consommateurs locaux bénéficient des écarts de compétitivité économique induits par les variations de taux de change et des taux directeurs réels. Pour continuer à satisfaire efficacement les objectifs qui sont les leurs, les politiques agricoles doivent optimiser l'interface entre les problématiques agricoles nationales et les problématiques économiques et financières nationales et internationales. Cela suppose :

      a. d'avoir identifié la manière dont le secteur agricole national peut être affecté par une modification des taux de change et des taux directeurs ;

      b. d'avoir évalué l'efficacité de la politique agricole nationale pour offrir à l'ensemble des acteurs de la filière agricole et aux consommateurs le contexte optimal leur permettant de bénéficier au mieux de ces facteurs de compétitivité supplémentaires.

    4. Il est indispensable, en conséquence du point précédent, de procéder à une analyse approfondie des différentes politiques agricoles de soutien en vigueur dans les grandes puissances agricoles, selon une grille d'évaluation commune prenant en compte de manière transversale, la réalité des soutiens directs et indirects, budgétaires ou non. C'est dans cette optique que le think tank momagri a initié la construction d'un nouvel indicateur dans le cadre de son projet de développement d'une agence de notation dans le domaine agricole : l'agence momagri. Il sera officiellement présenté au début de l'année 2011 et les deux premières régions évaluées sont les Etats-Unis et l'Union européenne, sur la période 2004-2009. D'autres pays seront analysés durant l'année 2011 : Brésil, Russie, Inde, Canada, Chine, Nouvelle-Zélande, etc.


1 Les chiffres avancés au titre de l'année 2009 sont estimés (2009e), car les budgets en exécution correspondants n'étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction de cette note.
2 Cela est d'autant plus vrai que l'on considère des Etats pour lesquels le secteur agricole représente une part significative de la production nationale et de balance commerciale. Les taux de change et les taux d'intérêts pratiqués par les Banques centrales peuvent également avoir un impact indirect sur la sécurité alimentaire mondiale, notamment dans les pays les plus pauvres, via un double effet prix et substitution, qui n'a pas été évalué dans cette note.
3 Accord de Marrakech du GATT
4 Qualité du produit mais également au travers des nombreuses normes internationales en matière sanitaire ou phytosanitaire.
5 C'est ce que démontre le théorème des élasticités critiques, également appelé condition de Marshall Lerner. Au cours du temps, une balance commerciale située initialement à l'équilibre se détériore suite à une dépréciation du taux de change, puis l'ajustement par les quantités permet d'améliorer le solde et de dépasser celui de l'équilibre initial (courbe en J). Comme le montrent Baeck, Koo et Mulik dans une étude récente (« Exchange Rate Dynamics and the Bilateral Trade Balance : The case of the US Agriculture », Agricultural and Resource Economics Review, Octobre 2009), la courbe en J ne s'applique pas à l'agriculture américaine dans le sens où la dépréciation du Dollar ne s'est pas traduite par une détérioration de la balance commerciale américaine.
6 Le cas de la Chine dans le domaine industriel mais aussi agricole est éclairant, en raison de la sous-évaluation du RMB (Yuan) par rapport aux monnaies internationales de réserve (USD et Euro).
7 Les produits agricoles représentant environ un tiers, le reste concernant essentiellement les matières premières énergétiques comme le pétrole et le gaz.
8 Sur un marché de gré à gré, l'interaction est bilatérale. Les participants font des offres de prix (cotations) et les échanges se font si un vendeur trouve un acheteur au prix proposé: les ordres suivent les prix. Les marchés de gré à gré se sont fortement développés avec la diffusion de plus en plus importante des systèmes de négociation électroniques.
9 Tang & Xiong, Princeton [2009]
10 GSCI (Goldman Sachs Commodity Index) et DJ-AIG (Dow Jones AIG)
11 C'est ce que Jeremy Stein appelle « Externalités informationnelles et préférentielles » (Harvard University, « Informational Externalities and Welfare-reducing Speculation », Journal of Political Economy, 1995, vol.95 n°6)
12 Source : Foreign Agricultural Trade of the United States (FATUS), US Department of Agriculture (http://www.ers.usda.gov/Data/FATUS/).
13 Importations et exportations.
14 L'impact de la politique de change sur la compétitivité agricole est évalué relativement à une région de référence, qui est par convention l'Union européenne. Aussi, les montants évalués pour les Etats-Unis peuvent être positifs (situation avantageuse pour les farmers américains par rapport à celle des agriculteurs européens) ou négatifs.
15 Dans les évaluations qui sont réalisées par la suite, les prix mondiaux sont considérés comme exogènes. Cela constitue une hypothèse simplificatrice par rapport à la réalité qui sous-estime l'impact réel d'une politique de change avantageuse pratiquée par certains Etats exportateurs comme les Etats-Unis, et d'autant plus que la monnaie de ces derniers est la monnaie de référence internationale.
16 L'impact de la politique monétaire sur la compétitivité agricole est évalué relativement à une région de référence, qui est par convention l'Union Européenne. Aussi, les montants évalués pour les Etats-Unis peuvent être positifs (situation avantageuse pour les farmers américains par rapport à celle des agriculteurs européens) ou négatifs.
17 L'aide alimentaire interne représente 50% de l'ensemble des soutiens agricoles versés en 2009 aux Etats-Unis.
18 Sur la base du budget de l'UE et des budgets des Etats membres.
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L'agence momagri
Paris, le dimanche 21 décembre 2014