Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
Paris, le vendredi 12 mars 2010
témoignage
  Bertrand Munier
momagri
& Peter Timmer
Harvard
Le premier modèle économique sur la volatilité en agriculture
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Première publication scientifique sur le modèle momagri




Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication du premier article de recherche sur le modèle momagri, sur le site SSRN « Social Science Research Network »1. Rédigé par Bertrand Munier, chef économiste de momagri et Professeur des Universités à l’IAE Paris-La Sorbonne, il est intitulé « Boundedly Rational Exuberance on Commodity Markets ». Il expose la genèse du modèle momagri et son fonctionnement en insistant particulièrement sur le risque et l’incertitude, qui sont au cœur du modèle, et plus encore aujourd’hui, des préoccupations des décideurs internationaux. Cet article est le résultat d’un travail de recherche mené au sein de momagri depuis 2006. Il a été présenté à de nombreuses reprises à la communauté scientifique internationale, et notamment lors d’un workshop qui s’est tenu à Paris les 4 et 5 juin derniers2.

Comme l’expose l’article de Bertrand Munier, les discussions récentes sur les causes et les facteurs de la volatilité des prix des matières premières agricoles se sont essentiellement focalisées sur la faible élasticité à court terme de l’offre et de la demande, les risques naturels (essentiellement les aléas climatiques et les épizooties), les politiques commerciales, les politiques monétaires et les biocarburants, en sous-estimant voire en négligeant l’impact de la financiarisation grandissante des marchés agricoles et le rôle des investisseurs à court terme sur les marchés à terme.

Le modèle momagri a notamment été construit pour mieux apprécier cette réalité et mieux appréhender la volatilité « complexe » des prix des matières premières agricoles.

Pour cela, il est constitué d’un module central macroéconomique d’équilibre général calculable, autour duquel gravitent un ensemble de modules périphériques, dont l’un se focalise justement, de manière microéconomique, sur l’exposition spécifique de l’Agriculture aux risques et à l’incertitude sur des marchés financiarisés.

Une attention toute particulière a été apportée à la formalisation des microstructures des marchés agricoles, mais également de l’hétérogénéité des rationalités limitées des différents acteurs qui opèrent sur les marchés agricoles (producteurs et investisseurs à court terme), et plus généralement, à l’incertitude unique à laquelle sont exposés les marchés agricoles.

Les premières simulations obtenues en Mars 2008 et confirmées en Mars 2009 ont tout d’abord montré la capacité du modèle momagri a reproduire fidèlement l’évolution des cours sur la période 2001-2008. Mais, elles montrent également qu’en cas de libéralisation totale des marchés, la volatilité des prix pourrait s’accroître, si aucune mesure de régulation n’était instaurée.

Par là, le modèle momagri démontre que les anticipations adaptatives (rationalité limitée) des producteurs agricoles, associées à l’accroissement des contrats d’options des investisseurs à court terme sur les marchés à terme des matières premières, et à certaines politiques de taux d’intérêt, expliquent une large partie de la volatilité des cours. Aussi, la volatilité des prix des matières premières agricoles est un phénomène essentiellement endogène, qui peut être exacerbé par certains facteurs exogènes comme les aléas climatiques par exemple. L’irrationalité des acteurs n’a donc pas besoin d’être postulée pour générer de la volatilité dans un modèle d’équilibre général calculable, et plus généralement pour expliquer certaines « exubérances » des cours, comme nous avons pu en constater récemment.

Il s’agit là d’une première conclusion riche d’enseignements, aussi bien théoriques sur le fonctionnement des marchés, que pratiques en matière de régulation des marchés agricoles. Toutefois, le travail mené sur le modèle momagri ne va pas s’arrêter là et d’autres améliorations vont être portées dans les prochaines semaines comme par exemple l’intégration des modules Innovation et Environnement, pour lesquels nous ne manquerons pas de vous tenir informés.


Bastien Gibert, conseiller de momagri



1 L’article peut être consulté à l’adresse suivante : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1508650
2 Cf. www.momagri.org, « Une révolution est nécessaire dans notre manière d’appréhender le fonctionnement des marchés agricoles », Tribune, 8 juin 2009
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